1. "Il s’approcha encore, écarta les bords du carton avec ses mains noircies et gercées, et avec d’infinies précautions il en sortit un bébé, une petite fille pas plus grande qu’une poupée"
a) Donnez la fonction grammaticale de cette expression.
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français
2. « Une voix qui appelait, dans le carton, une voix d’enfant, une voix de bébé nouveau-né. »
a) Relevez les expansions du mot « voix » et donnez leur classe grammaticale.
b) Quelles précisions apportent-elles sur la découverte d’Ali ?
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français
3. Donnez la classe grammaticale de "quelque chose".
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français
4. "Il est poursuivi par un policier qui le suit à la trace."
"Personne ne le reconnaît. Personne, sauf l’épicier chinois du quartier qui le salue quand il entre par son vrai nom…."
Montrez la différence de sens entre ces deux emplois de par, en donnant la fonction grammaticale des deux groupes de mots cités. (1 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français, centres étrangers
5. « Ils sont juifs. » Donnez la fonction de « juifs ». (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Bordeaux)
6. « Je ne veux rien pour ça, je ne veux rien. »
a. Quelle est la nature (ou la classe grammaticale) du terme souligné ? (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Bordeaux)
7. « Veux-tu en être ? »
a) Quelle est la classe grammaticale de « en » ?
b) Que représente ce mot ?
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français
1. "C’était un homme non pas très âgé, mais usé par la vie, pour avoir dormi dehors et avoir bu trop de vin."
a) Quel rapport logique exprime le groupe en italique ?
b) Remplacez ce groupe par une proposition subordonnée exprimant le même rapport logique.
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français
2. « Il y est question d’un homme qui, ayant assassiné, fuit sans trêve vers le nord »
a) Réécrivez la phrase en changeant le groupe de mots souligné par une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle, tout en conservant le même sens. (1 point)
b) Quelle est la fonction de la subordonnée obtenue ? (0,5 pt)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français, centres étrangers
3. "Ils sont juifs et veulent échapper aux Allemands."
a) Quel rapport logique y a-t-il entre ces deux propositions ? (0.5 pt)
b) Remplacez la coordination par une subordination qui exprime ce rapport ; faites les modifications nécessaires. (0.5 pt)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Bordeaux)
4. "Il avait un air grave qui me frappa d'une certaine crainte ; car le grand Michu était un gaillard, aux poings énormes, que, pour rien au monde, je n'aurais voulu avoir pour ennemi."
Relevez les deux propositions subordonnées. Précisez leur classe grammaticale.
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français
5. "Il devait avoir faim. Je m’étais mis en tête de lui préparer à manger."
a. Quel est le lien logique entre ces deux phrases ? (0,5 point)
b. Transformez ces deux phrases en une seule phrase à l’aide d’une conjonction exprimant ce rapport logique. (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Lyon)
6. "Le visage de ma mère avait l'éclat sombre d'un cimetière aux jours de la Toussaint ; visage ouvert sur la mort, qui s'inquiétait, se détournait, fuyait, si bien qu'à chaque peine de ma mère le jour me paraissait plus triste, et la lumière un mensonge."
a) « qui s’inquiétait » : donnez la nature de cette proposition. (0,5 point)
b) « si bien qu'à chaque peine de ma mère le jour me paraissait plus triste » : donnez la nature et la fonction de cette proposition. (0,5 point + 0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français (Pondichéry)
7. « Pour moi, la dictée, c’est le zéro assuré. Pourtant, j’en connais des mots »
a. Relevez le mot de liaison qui unit les deux phrases. Quel rapport logique exprime-t-il ? (1 point)
b. Transformez ces deux phrases en une seule au moyen d’une conjonction de subordination. (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2007, épreuve de français, Antilles-Guyane
1. "Il est poursuivi par un policier qui le suit à la trace."
"Ils sont devenus comme frères jumeaux. "
Donnez le temps, le mode et la voix des verbes suivants : « est poursuivi », « sont devenus ».
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français, centres étrangers
2. « Ne parle jamais de cette histoire à quiconque, sinon, j’irais en prison. »
a. À quel mode est conjugué « parle » ? Donnez sa valeur. (1 point)
b. Qu’exprime le conditionnel « j’irais » ? (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Bordeaux)
3. "Je me souviens encore du singulier effet que me produisit cette menace."
a) Identifiez le temps de chacun des verbes. (0,5 point)
b) Donnez-en la valeur. (1 point)
c) À quelles époques de la vie du narrateur renvoient-ils ? (1 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français
4. « Là, me tournant le dos, était assis mon père. Je jetai un coup d’œil sur mon chargement. Tout était à sa place. Je respirai un grand coup et m’arrêtai à côté de lui. » (l. 24-26)
a. Quels sont les temps utilisés dans ces phrases (1 point)
b. Quelle est ici leur valeur ? (1 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Lyon)
5. "MADAME PERRICHON. - Il ne manquerait plus que ça !"
a. Indiquez le mode du verbe « manquerait », ligne 14. (0,5 point)
b. Quelle est sa valeur ? (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session mars 2008, épreuve de français, Nouvelle Calédonie
1. « Je flotte dans les airs comme un albatros » (l. 31-32). Nommez et expliquez cette figure de style à l’aide des éléments qui la constituent. (1 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2007, épreuve de français, Antilles-Guyane
2. « [...] le vent venait sans y être invité et venait y caresser des rideaux d’un bleu pâle et des bouquets de fleurs des champs »
a. Quelle figure de style reconnaissez-vous dans ce passage ? Trouvez deux mots qui justifient votre réponse. (1 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2007, épreuve de français, Centres étrangers (Nice)
3. "Épaves de barges, de jeeps, de tanks, barbelés, casques, couteaux, fusils, grenades, bombes... sculptures compressées d’une bataille qui ensanglanta la mer et dont les restes, conquis par les algues et les poissons, avaient résisté aux courants."
a. Quelle est la particularité de construction de la première partie de cette longue phrase ? (0,5 point)
b. Quel est le groupe nominal qui reprend cette première partie ? (0,5 point)
c. Citez le nom de la figure de style ainsi produite. (0,5 point)
d. Expliquez-la. (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège Session 2007, épreuve de français, Inde
4. « Quand il toucha la peau, sèche et dure comme du vieux cuir » (l. 37-38).
a. Quelle est la figure de style utilisée ?
b. Sur quel aspect de la vie du grand-père l’accent est-il mis ?
Diplôme national du brevet, série collège, session 2007, Épreuve de français, centres étrangers (Bordeaux)
1. « son état pitoyable » (l. 28) : à partir de quel nom est formé « pitoyable » ? Donnez le sens de cet adjectif. (1 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Bordeaux)
2. « [...] des signes incompréhensibles » (l. 33)
a. Identifiez les éléments qui composent l’adjectif « incompréhensible ». (0,5 point)
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2008, épreuve de français, Centres étrangers (Lyon)
1. « Qui avait mis ce carton là, sur son lit ? Peut-être qu’un autre gars de la chiffe avait décidé de s’installer ici, sous le pont ? »
a) De qui cette phrase retranscrit-elle les pensées ?
b) De quel type de discours s’agit-il ?
c) Transposez ces paroles rapportées au discours direct.
Diplôme national du brevet, série collège, Session 2009, épreuve de français
1. Réécrivez le texte en utilisant le système des temps du passé (plus-que-parfait, imparfait, passé simple).
"Beau temps. On a mis tous les enfants à cuire ensemble sur la plage. Les uns rôtissent sur le sable sec, les autres mijotent au bain-marie dans les flaques chaudes. La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue…
- Maman ! …
- …
- Maman, dis donc, maman ! …
Son gros petit garçon, patient et têtu, attend, la pelle aux doigts, les joues sablées comme un gâteau…
- Maman, dis donc, maman…
Les yeux de la liseuse se lèvent enfin, hallucinés, et elle jette dans un petit aboiement excédé :
- Quoi ?" (2010)
2. Réécrivez la phrase suivante : « Ce matin-là, Ali était fatigué. Il pensait à la bonne lampée de vin qu‘il allait boire avant de se coucher […] sous sa couverture militaire qui l’abritait du froid comme une tente. »
Vous remplacerez Ali par Ali et Marcel en effectuant toutes les modifications nécessaires. (2009)
3. Vous réécrirez ce paragraphe en mettant les verbes au présent de l'indicatif, et en remplaçant "le Grand Michu" par les "deux garçons".
"Aussi, pendant que le grand Michu parlait, étais-je en admiration devant lui. Il m'initia d'un ton un peu rude, comme un conscrit dans l'énergie duquel on a une médiocre confiance. Cependant, le frémissement d'aise, l'air d'extase enthousiaste que je devais avoir en l'écoutant finirent par lui donner une
meilleure opinion de moi." (2008)
4. Réécrivez le passage au plus que parfait en passant de la première personne du singulier à la troisième personne du pluriel.
"En vous voyant entrer, je me suis douté de quelque chose, j'ai envoyé à la mairie, et voici ce qu'on m'a répondu." (2007)
Condamné au bagne pour avoir volé un pain, Jean Valjean a purgé sa peine et vient d'être libéré. Il s'arrête dans une auberge.
1. marmiton : apprenti au service de la cuisine dans un restaurant.
2. laquais : valet
Pendant que le nouveau venu se chauffait, le dos tourné, le digne aubergiste Jacquin Labarre tira un crayon de sa poche, puis il déchira le coin d'un vieux journal qui traînait sur une petite table près de la fenêtre. Sur la marge blanche il écrivit une ligne ou deux, plia sans cacheter et remit ce chiffon de papier à un enfant qui paraissait lui servir tout à la fois de marmiton1 et de laquais2. L'aubergiste dit un mot à l'oreille du marmiton, et l'enfant partit en courant en direction de la mairie. Le voyageur n'avait rien vu de tout cela. Il demanda encore une fois :
- Dîne-t-on bientôt ?
Tout à l'heure, dit l'hôte. L'enfant revint. Il rapportait le papier. L'hôte le déplia avec empressement, comme quelqu'un qui attend une réponse. Il parut lire attentivement, puis hocha la tête, et resta un moment pensif. Enfin il fit un pas vers le voyageur qui semblait plongé dans des réflexions peu sereines.
- Monsieur, dit-il, je ne puis vous recevoir.
L'homme se dressa à demi sur son séant.
- Comment ! Avez-vous peur que je ne paye pas ! Voulez-vous que je paye d'avance ? J'ai de l'argent, vous dis-je.
- Ce n'est pas cela.
- Quoi donc ?
- Vous avez de l'argent...
- Oui, dit l'homme.
- Et moi, dit l'hôte, je n'ai pas de chambre.
L'homme reprit tranquillement :
- Mettez-moi à l'écurie.
- Je ne puis.
- Pourquoi ?
- Les chevaux prennent toute la place.
- Et bien, repartit l'homme, un coin dans le grenier. Une botte de paille. Nous verrons cela après dîner.
- Je ne puis vous donner à dîner.
Cette déclaration, faite d'un ton mesuré, mais ferme, parut grave à l'étranger. Il se leva.
- Ah bah ! Mais je meurs de faim, moi. J'ai marché dès le soleil levé. J'ai fait douze lieues. Je paye. Je veux manger.
- Je n'ai rien, dit l'hôte.
L'homme éclata de rire et se tourna vers la cheminée et les fourneaux.
- Rien ! Et tout cela ?
- Tout cela m'est retenu.
- Par qui ?
- Par ces messieurs les rouliers.
- Combien sont-ils ?
- Douze.
- Il y a là à manger pour vingt.
- Ils ont tout retenu et tout payé d'avance.
L'homme se rassit et dit sans hausser la voix :
- Je suis à l'auberge, j'ai faim, et je reste.
L'hôte alors se pencha à son oreille, et lui dit d'un accent qui le fit tressaillir :
- Allez-vous en.
Le voyageur était courbé en cet instant et poussait quelques braises dans le feu avec le bout ferré de son bâton, il se retourna vivement, et, comme il ouvrait la bouche pour répliquer, l'hôte le regarda fixement et ajouta toujours à voix basse :
- Tenez, assez de paroles comme cela. Voulez-vous que je vous dise votre nom ? Vous vous appelez Jean Valjean. Maintenant voulez-vous que je vous dise qui vous êtes ? En vous voyant entrer, je me suis douté de quelque chose, j'ai envoyé à la mairie, et voici ce qu'on m'a répondu. Savez-vous lire ?
Victor Hugo, Les Misérables (1862), Le livre de poche.
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1. a) Quelle est la valeur de l'imparfait de la première ligne et des passés simples des lignes 1 à 5 ? (1 point)
b) Sur quel personnage l'emploi de ces temps attire-t-il l'attention ? (0,5 point)
2. a) Dans le reste du texte, quel nom reprend le terme d'"aubergiste" ? (0,5 point)
b) Quelle qualité peut-on attendre du personnage ainsi désigné ? (0,5 point)
3. a) De la ligne 20 à 27 : quelle forme de phrase l'aubergiste emploie-t-il le plus souvent ?
b) De la ligne 28 à la fin : relevez les trois expressions du texte qui caractérisent la manière dont l'aubergiste parle au voyageur. (1 point)
4. En confrontant l'ensemble de vos réponses, dites si Jacquin Labarre vous semble vraiment être un "digne aubergiste". Justifiez votre réponse. (1 point)
1. Quelles sont les raisons que donne le voyageur pour justifier sa présence à l'auberge ? Vous paraissent-elles justes ? Développer votre réponse. (1 point).
2. « Je suis à l'auberge, j'ai faim, et je reste. » Quelle est la relation logique exprimée par la conjonction de coordination « et » (0.5 point)
3. Dans la phrase : « Mais je meurs de faim, moi. » (ligne 29), relevez le terme mis en relief et commentez l'effet produit. (1 point)
4. En vous appuyant sur les réponses aux questions précédentes, qualifiez l'attitude du voyageur. (0,5 point)
5. Dans l'ensemble du texte, relevez les noms et groupes nominaux utilisés pour désigner le "voyageur"
a) par le narrateur (0,5 point)
b) par l'aubergiste (0,5 point)
c) En quoi la dernière désignation est-elle essentielle pour le "voyageur" ? (1 point)
1. Quel est l'enjeu du débat pour chaque personnage ? (1 point)
2. Dans les lignes 32 à 40 :
a) Jean Valjean se laisse-t-il faire par l'aubergiste ? (0,5 point)
b) Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le type de phrase qu'il emploie le plus souvent. (1 point)
3. Donner l'infinitif, le mode et le temps de "Allez-vous-en". En quoi cette phrase est-elle importante ? (1,5 points)
4. En quoi les propos de l'aubergiste trahissent-ils sa mauvaise foi ? (1 point)
"En vous voyant...répondu" : Réécrivez le passage au plus que parfait en passant de la première personne du singulier à la troisième personne du pluriel.
L'homme baissa la tête, ramassa le sac qu'il avait déposé à terre, et s'en alla. Il prit la grande rue. Il marchait devant lui au hasard, rasant de près les maisons, comme un homme humilié et triste. Il ne se retourna pas une seule fois. S'il s'était retourné, il aurait vu l'aubergiste de La Croix-de-Colbas sur le seuil de sa porte, entouré de tous les voyageurs de son auberge et de tous les passants de la rue, parlant vivement et le désignant du doigt, et, aux regards de défiance et d'effroi du groupe, il aurait deviné qu'avant peu son arrivée serait l'événement de toute la ville.
Victor Hugo, Les Misérables.
Imaginez la suite du texte : l'aubergiste raconte la scène à sa femme qui cherche à lui montrer qu'il a eu tort. Votre récit au passé inclura les arguments échangés entre les deux personnages ainsi que leurs réactions respectives.
Critères de réussite :
Jean-michel RIBES, Tragédie
Ils sont chics. Costumes de gala. Louise, tendue, marche vite. Jean-Claude, visage fermé, traîne derrière. Escaliers, couloirs, ils cherchent un nom sur une porte.
LOUISE. - "bravo", tu lui dis juste "bravo", c'est tout.
JEAN-CLAUDE. - (Soupirs)
LOUISE. - Je ne te demande pas de te répandre en compliments, je te demande de lui dire juste un petit bravo... [...]
JEAN-CLAUDE. - Je ne peux pas.
LOUISE. - Tu ne peux pas dire "bravo" ?
JEAN-CLAUDE. - Non.
LOUISE. - Même pas un petit bravo ?
JEAN-CLAUDE. - Non.
LOUISE. - C'est quoi ? C'est le mot qui te gêne ?
JEAN-CLAUDE. - Non, c'est ce qu'il veut dire.
LOUISE. - Oh ! ce qu'il veut dire, ce qu'il veut dire, si tu le dis comme "bonjour", déjà il veut beaucoup moins dire ce qu'il veut dire.
JEAN-CLAUDE. - Ça veut quand même un peu dire "félicitations", non ?
LOUISE. - Oui mais pas plus. Vraiment pas plus.
JEAN-CLAUDE. - J'ai haï cette soirée, tu es consciente de ça, Louise ?! J'ai tout détesté, les costumes, les décors, la pièce et Elle, surtout Elle !
LOUISE. - Justement, comme ça tu n'es pas obligé de lui dire que tu n'as pas aimé, tu ui dis juste "bravo", un petit bravo et c'est fini, on n'en parle plus, tu es débarassé et moi j'enchaîne... Tiens, sa loge est là !
JEAN-CLAUDE. - Je n'y arriverai pas.
LOUISE. - Jean-Claude, tu as vu où elle nous a placés, au sixième rang d'orchestre*, au milieu de tous les gens connus, elle n'était pas obligée, on n'est pas célèbres, on est même le contraire, elle a fait ça pour nous faire plaisir.
JEAN-CLAUDE. - Je n'ai éprouvé aucun plaisir.
LOUISE. - C'est bien pour ça que je ne te demande pas de lui dire "merci", là d'accord, "merci" ça pourrait avoir un petit côté hypocrite surtout si tu t'es beaucoup ennuyé, mais "bravo", franchement ! [...]
JEAN-CLAUDE. - Si tu dois continuer, dis-le moi tout de suite, parce que je te préviens, avec toi ce ne sera pas comme avec Simone, je sors, je fous le camp de ce théâtre et je ne reviens pas, tu m'entends, Louise, je ne reviens plus jamais... je suis à bout.
LOUISE. - Tout ça parce que je te demande d'être poli avec ta belle-soeur !
JEAN-CLAUDE. - Parce qu'elle l'a été elle, sur scène ?! parce que c'est de l'art, c'est poli?... parce que c'est classique, c'est poli ? parce que ça rime, c'est poli ? C'est ça ?
LOUISE. - Tu n'es quand même pas en train de m'expliquer que Racine est mal élevé ?!?
JEAN-CLAUDE. - Ta soeur m'a torturé, Louise, tu m'entends, torturé pendant toute la soirée. [...]
LOUISE. - Ah oui ! ça j'ai vu, tu l'as regardée, ta montre !
JEAN-CLAUDE. - Tout le temps ! À un moment j'ai même cru qu'elle s'était arrêtée, pendant sa longue tirade avec le barbu, le mari, ça n'avançait plus. Je me suis dit, la garce elle nous tient, huit cent personnes devant elle coincées dans leur fauteuil, elle nous a bloqué les aiguilles pour que ça dure plus longtemps. Je ne sais pas comment j'ai tenu, je ne sais pas...
Jean-Michel RIBES, Tragédie, in Théâtre sans animaux, éd. Actes Sud, coll. Papiers, 2001
1. "je te demande de lui dire juste un petit bravo".
a) A quelle classe gramaticale appartiennent les mots soulignés ?
b) Qui est désigné par chacun de ces mots ?
c) Recherchez toutes les informations sur le personnage désigné par le mot "lui" (prénom, lien familial, profession).
d) "J'ai tout détesté, les costumes, les décors, la pièce et Elle, surtout Elle !" Par quel autre pronom ce personnage est-il désigné ? Comment expliquez-vous la présence de la majuscule ? [2 pts]
2. Du début à "...qui te gêne ?"
a) Quel est le temps verbal utilisé dans ce passage ?
b) Quelle est sa valeur ? [1 pt]
3. En vous appuyant sur les réponses précédentes, le texte et le paratexte, dites à quel genre littéraire appartient cet extrait. Donnez quatre indices pour justifier votre réponse. [1 pt]
4. Relevez dans l'ensemble du texte quatre mots qui vous permettent de savoir où se déroule l'action. [0,5pt]
1. Que s'est-il passé avant que les personnages n'entament ce dialogue ? Rédigez votre réponse en vous appuyant sur le texte. [0,5pt]
2. a) Autour de quel mot la dispute éclate-t-elle ?
b) Comment est-il mis en relief ? [1 pt]
3. De "Tu ne peux pas dire...", à "...qui te gêne ?"
a) Quel type de phrase est principalement utilisé par Louise ?
b) Quelle intention du personnage cela traduit-il ? [1 pt]
4. De "J'ai haï cette soirée..." à "...je suis à bout."
a) Quelles expressions traduisent les sentiments de Jean-Claude ?
b) Dans une réponse rédigée, nommez ces sentiments. [1,5 pt]
1. "Ta soeur m'a torturé, Louise, tu m'entends, torturé pendant toute la soirée."
a) Quel est le sens du verbe "torturer" dans cette phrase ?
b) Quelle est la figure de style utilisée ?
c) Quel effet produit-elle ? Indiquez, dans la même réplique, au moins un autre procédé d'écriture concourant au même effet. [2 pts]
2. De "Si tu dois continuer..." à la fin : "je te demande d'être poli avec ta belle-soeur". Citez deux expressions qui prouvent l'impolitesse de Jean-Claude. [0,5pt]
3. Dans une réponse rédigée, vous montrerez comment la dispute s'envenime. Vous vous appuierez sur la syntaxe, la ponctuation, les registres de langue. [1,5 pt]
4. "Si tu dois continuer... je suis à bout."
a) Indiquez quels gestes, mouvements, intonations peut avoir ici le personnage de Jean-Claude.
b) Quel est l'effet produit par ces jeux de scène ? [1,5 pt]
"LOUISE. - Justement, comme ça tu n'es pas obligé de lui dire que tu n'as pas aimé, tu ui dis juste "bravo", un petit bravo et c'est fini, on n'en parle plus, tu es débarassé et moi j'enchaîne..."
Récrivez ce passage au futur.
LOUISE. - Quinze ans d'attente, Jean-Claude, quinze ans que Simone attend d'entrer à la Comédie-Française ! Ça y est, c'est fait, elle est engagée ! Et miracle, on lui offre le rôle dont elle rêve depuis toujours ! Ce soir pour la première fois de sa vie elle vient de jouer Phède dans le plus prestigieux théâtre d'Europe, et toi, son beau-frère, tu refuses de lui dire "bravo", juste un petit bravo ? Qu'est-ce que tu es devenu ? un animal ?
JEAN-CALUDE. - Elle vient de jouer Phèdre pour la première fois de sa vie !? Tu te moques ou quoi ? Et le jour de notre mariage, tu as oublié peut-être ? Elle en a déclamé un morceau en plein milieu du repas, comme ça, sans prévenir personne, même qu'après les enfants ont pleuré et qu'aucun invité n'a voulu danser.
Jean-Michel RIBES, Tragédie, in Théâtre sans animaux, éd. Actes Sud, coll. Papiers, 2001
La porte de la loge s'ouvre, Simone apparaît. Imaginez la scène.
En conservant le registre comique, vous écrivez le dialogue qui s'instaure entre les trois personnages en présence (vous avez à écrire une scène de théâtre).
Vous respecterez les règles de présentation d'une scène de théâtre (noms de personnages, didascalies, entrée ou sortie d'un personnage mettant fin à la scène, jeu de scène...). Vous tiendrez compte de ce que vous savez des caractères des personnages et de la situation.
En cuir, le plus souvent brun parisien, parfois un peu plus clair, ou noir.
Deux hémisphères de taille légèrement différente, rabattus et encastrés, rigides. Une petite languette de même matière, permettant de l'ouvrir. Conçu pour accueillir la monnaie, il possède cependant une minuscule poche pour le - les billets. Il apparaît à la fin des années 50, et connaît aussitôt un vif succès.
Avant, il y avait le très viril portefeuille, tiré de la poche revolver ou de la poche poitrine, ou le très féminin porte-monnaie pour faire les courses, avec la fermeture métallique "ailes de papillon". Le porte-monnaie rabattable est une révolution unisexe. Il s'impose grâce à sa commodité, mais surtout parce qu'il incarne les temps modernes, une société où les tâches sont un tout petit peu moins distinctes. Conçu pour séduire à la fois l'homme et la femme, il sera souvent offert aux enfants. Sa matière estimable - un box plus ou moins lisse, parfois délicieusement moucheté de trous pointes d'aiguille - en fait un cadeau - communion possible, pour les moins proches cependant.
Ce qui compte, c'est le geste pour l'ouvrir, et surtout les quelques secondes qui suivent. Les pièces quittent leur habitacle d'origine pour venir se glisser dans la demi-lune inférieure. Elles se chevauchent vaguement, quand il y en a beaucoup. La main s'écarte du corps pour contempler avec le recueillement nécessaire une fortune allègre, presque débonnaire. On ne devient pas pour autant Picsou plongeant dans son coffre-fort. Il s'agit plutôt d'estimer les possibilités offertes, et leur rapport avec l'objet convoité - baguette, journal, ticket de manège.
Quelque chose en tout cas qu'on est censé pouvoir acheter avec de la monnaie. Parfois, pourtant, on a surestimé le pouvoir des pièces. Alors, il faut introduire l'index et le majeur dans la petite poche plate réservée aux billets. L'opération est moins jubilatoire. Pour raison d'avarice, évidemment, mais pas seulement. La volupté du porte-monnaie rabattable est une affaire de pièces, de toucher, de bruit, d'humilité aussi. C'est un objet pour vivre la vraie vie, celle qui n'exagère pas - un passeport pour les possibles.
Philippe Delerm, Petite brocante intime, éd. "Le pré aux clercs", 1999. Illustration de Jacques Ferrandez
1. Ce document forme un ensemble complet. Nommez-en les différentes parties.
A quoi peut-on les repérer ? (1,5 point)
2. A quel type de discours s'apparente une fiche technique ?
Relevez-en deux indices que vous nommerez. (1,5 point)
3. Expliquez la formation du mot "hémisphère", donnez son sens dans le texte en vous aidant de l'illustration, et relevez un synonyme dans la suite du texte. (1,5 point)
4. Quelle forme dérivée de "rabattu" est utilisée par deux fois dans la suite du texte ? Quel est le sens du suffixe ? Citez deux avantages que l'auteur attribue à ce détail. (1,5 point)
1. Relevez les indices temporels qui rythment l'histoire du porte-monnaie telle qu'elle est donnée par le texte. (1 point)
2. Relevez les deux compléments circonstanciels de cause qui justifient le succès du porte-monnaie et précisez leur nature, depuis le début du texte (titre compris) jusqu'à la fin du premier paragraphe. (1 point)
3. Le traitement de l'histoire
a) Quel est le degré des adjectifs "viril" et "féminin" dans le texte ? (0,5 point)
b) "Il incarne les temps modernes". Donnez un synonyme du verbe " incarne".
En quoi l'usage de ce verbe est-il inattendu ? (1 point)
Qualifiez le ton du texte. (0,5 point)
1. "Ce qui compte, c'est le geste pour l'ouvrir..." Nommez cette forme de phrase et justifiez son emploi en début de paragraphe. (1 point)
2. Quels sont la nature et le sens du mot "pourtant" ? Quel événement introduit-il dans le texte ? (1,5 point)
3. Quels sont les sentiments divers que le propriétaire du porte-monnaie éprouve lorsqu'il s'en sert ? (1 point)
4. Au terme de cette étude, quels sont les arguments en faveur du porte-monnaie évoqué que vous paraît contenir le titre : "Une fortune sous les yeux" ? (1,5 point)
Recopiez le texte de : "Le porte-monnaie rabattable est une révolution unisexe" à "[...] enfants." en mettant le sujet au pluriel et en pratiquant les accords qui s'imposent.
C'est une opération qui se fait en demi-cachette, juste avant le départ des grands-parents, dans un coin de la salle à manger, avec des gestes nerveux, précipités :
- Tiens, tu t'achèteras quelque chose...
Et ils vous fourrent dans la poche une enveloppe. On les embrasse, et si on est gêné, c'est surtout parce qu'on a l'impression de jouer un rôle déjà écrit. Les parents reviennent avec un air de joie ennuyée. Ils font semblant de se fâcher contre les grands-parents - c'est ça, leur rôle.
Mais ce qui est très bien, c'est de se retrouver le mercredi matin suivant à l'hypermarché avec un billet de cent francs dans la poche.
On se sent tout léger, et pour un peu on ferait de grandes glissades au milieu des allées. Une heure entière à dépenser !
Philippe Delerm
Comme Philippe Delerm, vous rédigez l'histoire d'un objet pris à la vie quotidienne, après en avoir établi une brève fiche technique.
Consignes :
Vous donnerez un titre à votre texte.
Il sera rédigé au même temps que le texte de Philippe Delerm.
Vous respecterez les différents types de discours qui s'enchaînent dans le texte de Philippe Delerm.
Votre texte présentera une mise en page pertinente.
Aucune exactitude technologique n'est attendue de la fiche technique.
Votre devoir ne comportera aucun dessin.
Vous respecterez la correction de la langue : grammaire, vocabulaire et orthographe.
En regardant des photographies, Anny Duperey cherche à retrouver les souvenirs de sa petite enfance perdus à la suite d'un grave choc émotionnel.
Oh ! Une réminiscence ! Un vague, très vague souvenir d'une sensation d'enfance : les maillots tricotés main qui grattent partout lorsqu'ils sont mouillés... Ce n'est pas le plus agréable des souvenirs mais qu'importe, c'en est au moins un.
Et je suis frappée de constater encore une fois, en regardant sur ces photos les vêtements que nous portons ma mère et moi, que tout, absolument tout, à part nos chaussures et les chapeaux de paille, était fait à la maison. Jusqu'aux maillots de bain.
Que d'attention, que d'heures de travail pour me vêtir ainsi de la tête aux pieds. Que d'amour dans les mains qui prenaient mes mesures, tricotaient sans relâche. Est-ce pour me consoler d'avoir perdu tout cela, pour me rassurer que je passai des années à fabriquer mes propres vêtements, plus tard ?
Et puis qu'importe ces histoires de vêtements, de maniaquerie couturière, et qu'importe cette si vague réminiscence des maillots qui grattent, si fugitive que déjà je doute de l'avoir retrouvée un instant... Ce qui me fascine sur cette photo, m'émeut aux larmes, c'est la main de mon père sur ma jambe. La manière si tendre dont elle entoure mon genou, légère mais prête à parer toute chute, et ma petite main à moi abandonnée sur son cou. Ces deux mains, l'une qui soutient et l'autre qui se repose sur lui.
Après la photo il a dû resserrer son étreinte, m'amener à plier les genoux, j'ai dû me laisser aller contre lui, confiante, et il a dû me faire descendre du bateau en disant "hop là !", comme le font tous les pères en emportant leur enfant dans leurs bras pour sauter un obstacle.
Nous avons dû gaiement rejoindre ma mère qui rangeait l'appareil photo et marcher tous les trois sur la plage. J'ai dû vivre cela, oui...
La photo me dit qu'il faisait beau, qu'il y avait du vent dans mes cheveux, que la lumière de la côte normande devait être magnifique ce jour-là.
Et entre mes deux parents à moi, si naturellement et si complètement à moi pour quelque temps encore, j'ai dû me plaindre des coquillages qui piquent les pieds, comme le font tous les enfants ignorants de leurs richesses.
Anny Duperey, Le voile noir.
1. a. Dans les lignes [Oh! Une réminiscence...] à [...sont mouillés...], relevez les différents signes de ponctuation. (0,5 point)
b. Que constatez-vous dans le rythme de ces phrases ? (1 point)
c. Quel effet l'auteur cherche-t-il à produire ? (1 point)
2. a. De [Oh! Réminiscence...] à [...c'en est au moins un.], relevez deux termes appartenant au champ lexical de la mémoire. (1 point)
b. Quelle différence de sens faites-vous entre eux ? (1 point)
3. a. A partir de [et puis qu'importe ...], par quel détail de la photographie le regard d'Anny Duperey est-il arrêté ? (0,5 point)
b. Relevez un procédé mettant en valeur ce détail. (0,5 point)
c. Pourquoi Anny Duperey est-elle émue "aux larmes" ? Justifiez votre réponse à l'aide de citations. (1 point)
4. Quelle est la représentation du père qui se dégage de la scène décrite ? (1 point)
5. De [Et puis...] à [... de leurs richesses.], le verbe "devoir" est employé à plusieurs reprises.
a. Relevez deux expressions où on le rencontre à deux temps différents que vous nommerez. (1 point)
b. Réécrivez les deux expressions relevées en supprimant "devoir" et en opérant les transformations grammaticales nécessaires. (1 point)
c. Quelle modification de sens cela entraîne-t-il ? (1 point)
6. "Ce qui me fascine..."
"... comme le font tous les enfants..."
a. Quelles sont les valeurs respectives du présent dans ces deux expressions ? (1 point)
b. Quels sont les temps verbaux utilisés pour évoquer le passé ? (1 point)
c. Pourquoi sont-ils employés en complément du présent ? (1 point)
7. Que veut nous faire comprendre Anny Duperey à travers le titre de ce chapitre "Les maillots qui grattent" ? (1 point)
8. En vous appuyant sur vos réponses précédentes dites à quel genre littéraire appartient ce texte. (1 point)
Réécrivez de "Et je suis frappée" ... à "de la tête aux pieds" en remplaçant "je" par "les deux sœurs" et le présent par l'imparfait.
Les fautes de copie seront pénalisées.
Je me mets au travail avec l'ardent désir de réaliser un bon devoir. Je décris mon attente près du poste de garde, la lumière d'automne sur la ville, la pâtisserie, le petit chemin, la maison, la colline, le silence, parle de mon admiration pour le chef, de sa femme et de leur petite fille, du plaisir que j'ai eu à manger à ma faim. Ensuite, aux heures que je vis à la caserne, parfois si grises, si lourdes, si lentes à s'écouler, j'oppose celles que j'ai connues au cours de cet après-midi, mais qui ont passé si vite que je n'ai pu les savourer. Et je termine en essayant de recréer l'émotion qui m'a étreint à cet instant où nous étions tous quatre sur la terrasse.
Charles Juliet, L'année de l'éveil, J'ai lu, 1988.
Sujet :
Anny Duperey regarde d'autres photographies de son enfance. Elle évoque ses réactions et ses pensées dans un autre chapitre de son récit.
Votre devoir contiendra des éléments narratifs, des éléments descriptifs ainsi qu'une analyse des sentiments et des sensations de l'auteur.
Vous respecterez la situation d'énonciation.
Il sera tenu compte, dans l'évaluation, de la correction de la langue et de l'orthographe.
Émile Zola
Le Ventre de Paris, 1873
Cercle du livre précieux, 1967
Déporté au bagne de Cayenne lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Florent s'évade et revient après plusieurs années à Paris dans le quartier des Halles, où il erre toute la nuit à la recherche de son frère Quenu. Gavard, un ancien camarade rencontré par hasard, l'accompagne devant la belle charcuterie des "Quenu-Gradelle"...
[Gavard] poussa une porte, au fond de l'allée. Mais, lorsque Florent entendit la voix de son frère derrière cette porte, il entra d'un bond. Quenu qui l'adorait, se jeta à son cou. Ils s'embrassaient comme des enfants.
-Ah! saperlotte ah! c'est toi, balbutiait Quenu, si je m'attendais, par exemple!... Je t'ai cru mort, je le disais hier encore à Lisa: "Ce pauvre Florent..."
Il s'arrêta, il cria, en penchant la tête dans la boutique:
-Eh! Lisa!... Lisa!...
Puis, se tournant vers une petite fille qui s'était réfugiée dans un coin:
-Pauline, va donc chercher ta mère.
Mais la petite ne bougea pas. C'était une superbe enfant de cinq ans, ayant une grosse figure ronde, d'une grande ressemblance avec la belle charcutière. Elle tenait, entre ses bras, un énorme chat jaune, qui s'abandonnait d'aise, les pattes pendantes; et elle le serrait de ses petites mains, pliant sous la charge, comme si elle eût craint que ce monsieur si mal habillé ne le lui volât.
Lisa arriva lentement.
-C'est Florent, c'est mon frère, répétait Quenu.
Elle l'appela "monsieur", fut très bonne. Elle le regardait paisiblement, de la tête aux pieds, sans montrer aucune surprise malhonnête. Ses lèvres seules avaient un léger pli. Et elle resta debout, finissant par sourire des embrassades de son mari. Celui-ci pourtant parut se calmer. Alors il vit la maigreur, la misère de Florent.
-Ah! mon pauvre ami, dit-il, tu n'as pas embelli, là-bas... Moi, j'ai engraissé, que veux-tu!
Il était gras, en effet, trop gras pour ses trente ans. Il débordait dans sa chemise, dans son tablier, dans ses linges blancs qui l'emmaillotaient comme un énorme poupon. Sa face rasée s'était allongée, avait pris à la longue une lointaine ressemblance avec le groin de ces cochons, de cette viande, où ses mains s'enfonçaient et vivaient, la journée entière. Florent le reconnaissait à peine. Il s'était assis, il passait de son frère à la belle Lisa, à la petite Pauline. Ils suaient la santé; ils étaient superbes, carrés, luisants; ils le regardaient avec l'étonnement de gens très gras pris d'une vague inquiétude en face d'un maigre. Et le chat lui-même, dont la peau pétait de graisse, arrondissait ses yeux jaunes, l'examinait d'un air défiant.
-Tu attendras le déjeuner, n'est-ce pas? demanda Quenu. Nous mangeons de bonne heure, à dix heures.
Une odeur forte de cuisine traînait. Florent revit sa nuit terrible, son arrivée dans les légumes, son agonie au milieu des Halles, cet éboulement continu de nourriture auquel il venait d'échapper. Alors, il dit à voix basse, avec un sourire doux:
-Non, j'ai faim, vois-tu.
1. Précisez les liens de parenté entre Florent, Quenu, Lisa et Pauline. ( 0,5 point)
2. a) Dans le premier paragraphe, relevez une phrase qui montre avec évidence que l'émotion éprouvée par les deux hommes semble réciproque. (0,5 point)
b) Quel est le type de phrases dominant dans les paroles du charcutier dans le second paragraphe ("Ah ! saperlotte, ah !...") ? Précisez les émotions qu'il éprouve devant cette visite inattendue en vous appuyant sur ce passage. ( 1 point)
c) Dans les deux phrases suivantes, quel est le temps utilisé ? Quelle est sa valeur ? (1 point)
"Ah! saperlotte ah! c'est toi, balbutiait Quenu..."
'"C'est Florent, c'est mon frère", répétait Quenu.
3. a) "Je t'ai cru mort, je le disais hier encore à Lisa: "Ce pauvre Florent..."
En faisant toutes les transformations qui permettent d'en respecter le sens, réécrivez ce passage en commançant par "Quenu balbutiait que...". (1 point )
b) Comment les paroles des personnages sont-elles rapportées ? Quel est l'intérêt de rapporter les discours de cette façon ? (0,5 point)
b) Qu'est-ce que l'emploi du mot "monsieur" par Lisa nous apprend sur l'éducation de cette dernière ? (0,5 point)
4. D'après vous, le commerce tenu par les Quenu-Gradelle est-il prospère ? Justifiez votre réponse, en vous appuyant sur le texte et sur les gravures représentant Quenu et Lisa. (2 points)
5. a) Dans la proposition "Sa face rasée s'était allongée, avait pris à la longue une lointaine ressemblance avec le groin de ces cochons", nommez la figure de style utilisée pour décrire Quenu. (0,5 point)
b) "Elle tenait, entre ses bras, un énorme chat jaune, qui s'abandonnait d'aise" : indiquez la nature et la fonction des éléments soulignés. (1 point)
c) Montrez comment la forme, la taille et l'aspect du "cochon" servent à décrire la famille du charcutier ainsi que le chat. Quel jugement le narrateur porte-t-il sur cette apparence physique ? Justifiez votre réponse. (1 point )
6. a) Quel est le sens du mot " emmailloter" ("ses linges blancs qui l'emmaillotaient comme un énorme poupon") ? Décomposez le mot en expliquant précisément sa formation. (1 point)
b) Quelle nouvelle comparaison ce verbe introduit-il ? (0,5 point)
7. a) Compte tenu de la nature du commerce, à quels mots vous font penser les sonorités associées des noms "Quenu" et "Gradelle" ? (0,5 point)
b) Dans les gravures, par quels moyens l'illustrateur a-t-il marqué les oppositions entre Quenu, le gras, et Florent, le maigre ? (0,5 point)
8. Dans la phrase : "Il s'était assis, ... d'un air défiant", différents points de vue se succèdent. Nommez chacun d'eux en précisant à chaque fois qui regarde et qui juge. Vous citerez précisément les éléments correspondant à chaque point de vue. Quel nouvel éclairage cela apporte-t-il sur les relations entre les personnages ? (2 points)
9. Comment expliquez-vous les sentiments de crainte des "gras" devant un "maigre" ? (1 point)
"Elle l'appela "monsieur", fut très bonne. Elle le regardait paisiblement, de la tête aux pieds, sans montrer aucune surprise malhonnête. Ses lèvres seules avaient un léger pli."
Réécrivez ce passage au présent de l'indicatif, en remplaçant la troisième personne du féminin singulier par la troisième personne du féminin pluriel et en effectuant les modifications qui s'imposent.
Les fautes de copie seront pénalisées.
Emile Zola
Le Ventre de Paris, 1873
Cercle du livre précieux, 1967
Florent sentit un frisson à fleur de peau ; et il aperçut une femme, sur le seuil de la boutique, dans le soleil. Elle mettait un bonheur de plus, une plénitude solide et heureuse, au milieu de toutes ces gaietés grasses. C’était une belle femme. Elle tenait la largeur de la porte, point trop grosse pourtant [...] dans la maturité de la trentaine. Elle venait de se lever, et déjà ses cheveux, lissés, collés et comme vernis, lui descendaient en petits bandeaux plats sur les tempes. Cela la rendait très propre. Sa chair, paisible, avait cette blancheur transparente, cette peau fine et rosée des personnes qui vivent d'ordinaire dans les graisses et les viandes crues. Elle était sérieuse plutôt, très calme et très lente, s'égayant du regard, les lèvres graves. Son col de linge empesé bridant sur son cou, ses manches blanches qui lui montaient jusqu'aux coudes, son tablier blanc cachant la pointe de ses souliers, ne laissaient voir que des bouts de sa robe de cachemire noire, les épaules rondes.
Sujet
Le lendemain, Florent, qui avait été injustement accusé d'avoir tué deux policiers et déporté au bagne de Cayenne, avoue à Quenu et à Lisa qu'il s'est évadé. Ceux-ci tentent de le convaincre de partir de chez eux.
Imaginez et écrivez la scène de l'aveu en insistant sur la réaction de Quenu et de Lisa, puis le dialogue qui s'ensuit. Vous ferez alterner récit, description et dialogue. Le dialogue devra comprendre des arguments.
Annie Ernaux, La Place, Gallimard, 1983
Annie Ernaux évoque sa jeunesse et rend hommage à son père. Cet ancien ouvrier, devenu petit commerçant dans un village normand, espérait pour sa fille une "bonne situation".
Il n'osait plus me raconter des histoires de son enfance. Je ne lui parlais plus de mes études. Sauf le latin, parce qu'il avait servi la messe, elles lui étaient incompréhensibles et il refusait de s'y intéresser, à la différence de ma mère. Il se fâchait quand je lui parlais du travail ou critiquais les cours. Le mot "prof" lui déplaisait, ou "dirlo", même "bouquin". Et toujours la peur OU PEUT-ÊTRE LE DESIR que je n'y arrive pas.
Il s'énervait de me voir à longueur de journée dans les livres, mettant sur leur compte mon visage fermé et ma mauvaise humeur. La lumière sous la porte de ma chambre le soir lui faisait dire que je m'usais la santé. Les études, une souffrance obligée pour obtenir une situation et ne pas prendre un ouvrier. Mais que j'aime me casser la tête lui paraissait suspect. Une absence de vie à la fleur de l'âge. Il avait parfois l'air de penser que j'étais malheureuse.
Devant la famille, les clients, de la gêne, presque de la honte que je ne gagne pas encore ma vie à dix-sept ans, autour de nous toutes les filles de cet âge allaient au bureau, à l'usine ou servaient derrière le comptoir de leurs parents. Il craignait qu'on ne me prenne pour une paresseuse et lui pour un crâneur. Comme une excuse: "On ne l'a jamais poussée, elle avait ça dans elle." Il disait que j'apprenais bien, jamais que je travaillais bien. Travailler, c'était seulement travailler de ses mains.
Les études n'avaient pas pour lui de rapport avec la vie ordinaire. Il lavait la salade dans une seule eau, aussi restait-il souvent des limaces. Il a été scandalisé quand, forte des principes de désinfection reçus en troisième, j'ai proposé qu'on la lave dans plusieurs eaux. Une autre fois, sa stupéfaction a été sans bornes, de me voir parler anglais avec un auto-stoppeur qu'un client avait pris dans son camion. Que j'aie appris une langue étrangère en classe, sans aller dans le pays, le laissait incrédule.
1. Dans le premier paragraphe, relevez les quatre termes qui montrent la présence de la narratrice dans le texte. Quelles sont les catégories grammaticales auxquelles appartiennent ces quatre termes ? (1,5 point)
2. Quel est le temps dominant de ce récit ? Quelle en est la valeur ? A quelle période de la vie de la narratrice ce temps renvoie-t-il ? (1 point )
3. Quel niveau de langue utilisait-elle alors ? Appuyez votre réponse sur une expression tirée du premier paragraphe. (0,5 point)
4. A quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Justifiez votre réponse. (1 point)
5. a) A quelle forme sont les deux premières phrases ? (0,5 point)
b) Expliquez le sens du mot "incompréhensible" (ligne 2) en partant de la formation de ce mot. (1 point)
c) Qu'en déduisez-vous sur les relations entre le père et la fille ? (0,5 point)
6. Quelle expression traduit pourtant le mieux, selon vous, l'affection du père pour sa fille ? (0,5 point)
7. Dégagez trois arguments avancés par le père pour justifier ses craintes à l'égard des études de sa fille. Citez le texte pour illustrer votre réponse. ( 1,5 point)
8. montrez, en prenant appui sur le texte, que le père n'est pas totalement opposé aux études. (1 point)
9. Recopiez la seule phrase rapportant directement les paroles du père. Quel intérêt cette tournure présente-t-elle pour comprendre son point de vue ? (1 point)
10. Dans le troisième paragraphe, relevez quatre termes montrant que le père redoute le regard des autres. Comment expliquez-vous cette réaction ? (1,5 point)
11. "Il disait que j'apprenais bien, jamais que je travaillais bien."
Pourquoi le père fait-il une distinction entre "apprendre" et "travailler" ? Comment la construction de la phrase met-elle cette opposition en valeur ? Relevez dans le troisième paragraphe une phrase définissant la conception que le père a du travail. (2 points)
12. Selon la jeune fille, quels avantages les études présentent-elles ? Trouvez-en une illustration dans le texte. (1,5 point)
"Il craignait qu'on ne me prenne pour une paresseuse et lui pour un crâneur. Comme une excuse: "On ne l'a jamais poussée, elle avait ça dans elle." Il disait que j'apprenais bien, jamais que je travaillais bien."
Réécrivez le passage en remplaçant "je" par "nous" (Annie et sa soeur). Vous veillerez à effectuer toutes les transformations nécessaires.
Fred Vargas, Debout les morts, éd. Viviane Hamy, 1995
Ce texte est la première page du roman.
- Pierre, il y a quelque chose qui déraille dans le jardin, dit Sophia.
Elle ouvrit la fenêtre et examina ce bout de terrain qu'elle connaissait herbe par herbe. Ce qu'elle voyait lui faisait froid dans le dos.
Pierre lisait le journal au petit déjeuner. C'était peut-être pour ça que Sophia regardait si souvent par la fenêtre. Voir le temps qu'il faisait. C'est quelque chose qu'on fait assez souvent quand on se lève. Et chaque fois qu'il faisait moche, elle pensait à la Grèce, bien entendu. Ces contemplations immobiles s'emplissaient à la longue de nostalgies qui se dilataient certains matins jusqu'au ressentiment1. Ensuite, ça passait. Mais ce matin, le jardin déraillait.
- Pierre, il y a un arbre dans la jardin.
Elle s'assit à côté de lui.
- Pierre, regarde-moi.
Pierre leva un visage lassé vers sa femme. Sophia ajusta son foulard autour de son cou, une discipline conservée du temps où elle était cantatrice. Garder la voix au chaud. Vingt ans plus tôt, sur un gradin de pierre du théâtre d'Orange, Pierre avait édifié une montagne compacte de serments d'amour et de certitudes. Juste avant une représentation.
Sophia retint dans une main ce morne2 visage de lecteur de journal.
- Qu'est-ce qui te prend, Sophia ?
- J'ai dit quelque chose.
- Oui ?
- J'ai dit: "il y a un arbre dans le jardin."
- J'ai entendu. Ça paraît normal, non ?
- Il y a un arbre dans le jardin, mais il n'y était pas hier.
- Et après ? Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
Sophia n'était pas calme. Elle ne savait pas si c'était le coup du journal, ou le coup du regard lassé, ou le coup de l'arbre, mais il était clair que quelque chose n'allait pas.
- Pierre, explique-moi comment fait un arbre pour arriver tout seul dans un jardin.
Pierre haussa les épaules. Ça lui était complètement égal.
- Quelle importance ? Les arbres se reproduisent. Une graine, une pousse, un surgeon3 et l'affaire est faite. Ensuite, ça fait des grosses forêts, sous nos climats. Je suppose que tu es au courant.
- Ce n'est pas une pousse. C'est un arbre ! Un arbre jeune, bien droit, avec les branches et tout le nécessaire, planté tout seul à un mètre du mur du fond. Alors ?
1. Quel lien familial unit les deux personnages ? Justifiez votre réponse en citant le texte. (0,5 point)
2. Qu'apprend-on sur le passé de Sophia ? (0,5 point)
3. "Pierre avait édifié une montagne compacte de serments d'amour et de certitudes".
a) Nommez l'image. (0,5 point)
b) A quel moment de leur relation cette image renvoie-t-elle ? Citez une expression du texte à l'appui de votre réponse. (0,5 point)
c) Quelle vision cette image donne-t-elle de l'amour de Pierre ? (1 point )
4. a) De "Pierre lisait le journal ..." à "... le jardin déraillait", quel est le temps verbal qui domine ? Quelle est sa valeur ? (0,5 point)
b) Que révèle-t-elle de la relation entre les deux personnages ? (1 point )
5. a) De "Pierre lisait le journal ..." à "... ce morne visage de lecteur de journal", à quoi Sophia s'occupe-t-elle ? (0,5 point)
b) Pourquoi agit-elle ainsi ? (1 point)
6. a) Par quel type de phrases Pierre s'adresse-t-il le plus souvent à Sophia ? (0,5 point)
b) Pour quelle raison selon vous ? (1 point)
c) Quel est selon vous l'intérêt du discours direct ? Donnez au moins deux éléments de réponse. (1 point)
7. Quels sentiments Pierre éprouve-t-il ? Vous en indiquerez deux que vous illustrerez par deux citations du texte. (1 point)
"il y a quelque chose qui déraille dans le jardin".
8. a) Donnez la composition du mot "dérailler". (0,5 point)
b) Vous en déduirez le sens. (0,5 point)
c) Quelle est la signification de ce verbe dans le texte ? (0,5 point)
9. a) Quel sentiment éprouve Sophia en prononçant cette phrase ? (0,5 point )
b) Vous éclairerez votre réponse par une citation du texte. (0,5 point)
10. a) Pierre partage-t-il ce sentiment ? Quel type d'explication donne-t-il au phénomène ? (0,5 point)
b) Cette explication vous paraît-elle valable ? Pourquoi ? (1 point)
11. a) Quelle atmosphère ce début de roman met-il en place ? (0,5 point )
b) A quelle sorte de roman peut-on s'attendre ? (1 point)
"Elle ouvrit la fenêtre et examina ce bout de terrain qu'elle connaissait herbe par herbe. Ce qu'elle voyait lui faisait froid dans le dos. Pierre lisait le journal au petit déjeuner. C'était peut-être pour ça que Sophia regardait si souvent par la fenêtre."
Réécrivez le passage au présent de l'indicatif.
Remplacez "elle" par "elles".
Faites toutes les transformations nécessaires.
Sujet
"Il y a quelque chose qui déraille dans la cour... !", dis-je en arrivant au collège.
Vous poursuivez votre dialogue avec un camarade pour tenter de trouver des explications à cette apparition étrange de "quelque chose" qui n'était pas là la veille.
Consignes
Les explications s'appuieront sur une description précise de ce qui a surgi. Chacun avancera une ou des explications différentes et cherchera à persuader l'autre.
Vous respecterez les règles du dialogue. Il sera tenu compte dans l'évaluation de la correction de la langue.
Gilles Boulan, Queneau que si, Avant-scène théâtre, 2003
Le Jeune Homme : Mademoiselle, je ne voudrais pas vous déranger.
La Jeune Femme : Non ?
Le Jeune Homme : Je cherche...
La Jeune Femme : Oui ?
Le Jeune Homme : Mon chapeau.
La Jeune Femme : Je ne suis pas cette personne.
Le Jeune Homme : Je l'ai oublié sur cette banquette...
La Jeune Femme : Ah... Bien !
Le Jeune Homme : Celle même où vous siégez?
La Jeune Femme : Oui ?
Le Jeune Homme : Et je crains que vous ne soyez, précisément, assise dessus...
La Jeune Femme : Sur la banquette ?
Le Jeune Homme : Sur mon chapeau...
La Jeune Femme : Quelle drôle d'idée ! Alors qu'il y a tant de banquettes libres...
Le Jeune Homme : Peut-être est-ce par inadvertance...?
La Jeune Femme : Comment est-il votre chapeau ?
Le Jeune Homme : C'est un chapeau de paille tressée.
La Jeune Femme : Assez voisin du canotier1 ?
Le Jeune Homme : Assez oui, en effet !
La Jeune Femme : Avec un galon de velours à la place du ruban ?
Le Jeune Homme : Vous êtes observatrice !
La Jeune Femme : Un galon de couleur foncée !
Le Jeune Homme : Noir ! Je crois qu'il est noir.
La Jeune Femme : Un peu comme le chapeau de ce bellâtre2 indiscret qui n'arrête pas de nous zieuter.
Le Jeune Homme : Tout à fait le même ! Je suis heureux que vous l'ayez remarqué avant de vous asseoir dessus...
La Jeune Femme : Sur la banquette ?
Le Jeune Homme : Sur mon chapeau... Je craignais l'avoir perdu.
La Jeune Femme : Vous ne l'avez pas perdu ?
Le Jeune Homme : Si ! Mais je l'ai retrouvé.
La Jeune Femme : Sur la tête de ce monsieur !
Le Jeune Homme : C'est vrai qu'il lui ressemble. Pour un peu, on croirait le mien... Voyez-vous, il n'est pas d'une très rare élégance. Mais j'l'ai acheté porte d'Italie dans une boutique de mercerie tenue par une jeune dame brestoise, la ville où je suis né...
La Jeune Femme : Moi, je suis née à La Rochelle.
Le Jeune Homme : Un port aussi !
La Jeune Femme : Je vous demande pardon...
Le Jeune Homme : Brest, La Rochelle, Le Havre. Il n'y a que des ports dans notre rencontre.
La Jeune Femme : J'aime la mer, je suis modiste3.
Le Jeune Homme : Modeste ?
La Jeune Femme : Pas spécialement, je travaille chez un chapelier.
Le Jeune Homme : Justement, auriez-vous l'obligeance de vous lever un court instant ? J'aimerais assez le récupérer.
La Jeune Femme : Sur la tête de ce monsieur ? Allez lui demander vous-même !
Le Jeune Homme : Non ! Sous vos fesses !
La Jeune Femme : Je vous prie de rester convenable.
Le Jeune Homme : Excusez-moi mais par quel mot désignerais-je sans vous froisser cette partie respectable de votre anatomie qui depuis dix minutes, déforme mon couvre-chef ?
1. a) "Mademoiselle, je ne voudrais pas vous déranger".
Quel est le temps du verbe conjugué ? Quelle est sa valeur ? (1 point × 2 )
b) Trouvez, dans le texte, un autre verbe conjugué au même temps et ayant la même valeur. (0,5 point)
c) Qu'est-ce que ces verbes nous apprennent donc sur la personnalité du jeune homme ? (0,5 point)
2. Quel registre de langue emploie le plus souvent le jeune homme ? Relevez deux mots ou expressions appartenant à ce registre dans ses répliques. (1 point)
3. Quels procédés d'écriture l'auteur utilise-t-il pour montrer que le jeune homme n'est pas sûr de lui ? (1 point)
4. "Je ne suis pas cette personne."
a) Expliquez pourquoi cette réplique est comique. (0,5 point)
b) Imaginez une didascalie qui soulignerait cette effet comique. (0,5 point )
5. "vous êtes observatrice !" .
a) Partagez-vous l'avis du jeune homme ? Pourquoi ? Vous justifierez votre réponse à l'aide de deux expressions du texte. (1 point)
b) La jeune femme s'y connaît-elle en chapeaux ? Pourquoi ? (0,5 point)
6. "Un peu [...] qui n'arrête pas de nous zieuter".
a) A quel registre appartient le verbe "zieuter" ? Donnez un synonyme dans le registre courant. (1 point)
b) Expliquez la formation du mot "bellâtre". (0,5 point)
c) Quels sentiments ressent la jeune femme devant ce "bellâtre indiscret" ? (0,5 point)
7. "Allez lui demander vous-même !".
a) Quel est le temps verbal utilisé ? (0,5 point)
b) Imaginez une réplique du jeune homme en aparté et située après la réplique de la jeune femme. (1 point)
8. Quels traits de caractère cette jeune femme montre-t-elle ? Justifiez votre réponse en citant des indices du texte. (1 point)
9. "Je l'ai oublié sur cette banquette...".
Quels sont les deux destinataires de cette réplique ? (1 point)
10. a) Comparez les deux extraits suivants :
"Le Jeune Homme : Et je crains que vous ne soyez, précisément, assise dessus...La Jeune Femme : Sur la banquette ?" ;
"Le Jeune Homme : Tout à fait le même ! Je suis heureux que vous l'ayez remarqué avant de vous asseoir dessus...La Jeune Femme : Sur la banquette ?"
Quel est le procédé utilisé ? (1 point)
b) Nommez trois sortes de comique caractéristiques du théâtre que l'on retrouve dans cet extrait et illustrez-les. (1,5 point)
"Le Jeune Homme: C'est vrai qu'il lui ressemble. Pour un peu, on croirait le mien... Voyez-vous, il n'est pas d'une très rare élégance."
Réécrivez ce passage au style indirect en commençant par :"Le jeune homme lui répondit..."
Vous ferez toutes les transformations nécessaires.
Vous avez certainement déjà voyagé en utilisant les transports en commun ( train, autobus, métro, avion...) et il vous est arrivé d'engager une conversation avec votre voisin(e), par curiosité ou pour demander quelque chose. Vous imaginerez une de ces conversations sous forme de dialogue de théâtre en adoptant le registre comique. Vous aurez soin de préciser le décor et d'introduire dans votre texte des didascalies.
Jean Giono, L'Eau vive, Gallimard, 1974
Le 16 octobre 1939, un bateau en provenance d'Alexandrie (ville d'Egypte) arrive à Marseille...
La visite des bagages fut vite faite, surtout pour les officiers; ils n'avaient d'ailleurs que des sabretaches1 de cuir, pleines de papier, de cartes et de tabac.
Le petit garçon était vêtu d'un costume de golf en velours noir; mais un très beau foulard rouge, plein d'anges d'or, bouillonnait autour de son cou.
"Venez voir, maman", dit-il.
C'était une gazelle dans une caisse à claire-voie2. La bête était couchée sur le flanc. Les yeux fermés, elle pleurait; les larmes avaient fait un ruisseau dans ses poils clairs. Hors de ses babines, un petit bout de langue tremblait.
"Elle a soif, dit la jeune femme. Elle a soif depuis longtemps, on chéri. On ne lui a pas donné à boire."
Elle se tourna vers le porteur de Cook3 qui sanglait les valises.
"Où est la fontaine ?
- Il n'y a pas de fontaine ici, madame.
- Allez m'acheter un bol", dit-elle.
L'homme la regarda sans comprendre.
"Je veux donner à boire à cette bête.
- C'est difficile, dit l'homme, il faut que je remonte jusqu'à la rue de la République."
Mais il prit l'argent et s'en alla.
"Venez, dit-elle à l'enfant. Nous allons attendre plus loin. (Ils marchaient tous les deux, sans bruit, sur de somptueux souliers de cuir vert.) On ne doit jamais s'habituer à la souffrance, même pour de bons motifs. On la regarde, mon chéri, juste le temps de la connaître, après, si l'on est un homme, on soigne sans ouvrir les yeux." [...]
Un bataillon d'infanterie de marine arriva au pas cadencé derrière les docks de la douane, et compagnie par compagnie, s'arrêta en reposant durement l'arme.
L'homme revint avec un petit bol bleu à pois blancs. Il avait acheté aussi un quatr Vichy; car, dit-il, il n'y a pas de fontaines; il faut aller jusqu'à Saint-Henry, et il essaya de faire sauter la capsule de la bouteille, mais il lui fallut emprunter le couteau d'un douanier.
La jeune femme déganta sa main et la passant à travers les barreaux de la caisse, approcha le bol bleu des babines où la langue tremblait. la bête ne bougea pas et continua de pleurer.
"Venez, mon chéri, elle boira quand nous serons éloignés."
Comme ils arrivaient à la grande porte de sortie, devant laquelle grouillait le boulevard Maritime, le jeune femme caressa les cheveux de l'enfant.
"Parfois, dit-elle, on arrive trop tard, mon chéri, mais promettez-moi, il faut toujours acheter le bol bleu."
1. "...de golf en velours noir" (ligne ...); "rouge" (ligne ...): donnez la fonction de chacune de ces expansions du nom. A quel type de texte appartiennent les lignes ... à ... ? (1 point)
2. "Très beau" (ligne ...): quel est le degré de cet adjectif qualificatif ? A quel milieu social l'enfant appartient-il ? De "Elle se tourna..." (ligne ...) à "sans ouvrir les yeux." (ligne ...), trouvez un autre adjectif justifiant votre réponse. (1,5 point)
3. "Venez" (lignes ... et ...); "promettez" (ligne ...): identifiez le mode de ces verbes et la personne à laquelle ils sont conjugués. Peut-on en conclure que la jeune femme est distante avec son enfant ? Justifiez votre réponse. (1,5 point)
4. Relevez dans le texte une expression traduisant les sentiments qui unissent la mère et le fils. Quels sont ces sentiments ? (1 point)
5. "Venez voir, maman" (ligne ...): en quoi le regard de l'enfant diffère-t-il de celui des autres personnages ? Quelle qualité morale cette phrase révèle-t-elle ? (1 point)
6. "On ne lui a pas donné à boire." (ligne ...)
a) de quelle forme de phrase s'agit-il ?
b) Que représente le pronom "on" ?
c) Qu'en déduisez-vous sur la situation de l'animal ? (1,5 point)
7. "Les yeux fermés, elle pleurait; les larmes avaient fait un ruisseau dans ses poils clairs" (ligne ...). Identifiez dans cette phrase les temps des verbes et expliquez leur emploi. relevez, dans la suite du texte, la phrase qui évoque la même idée. (1,5 point)
8. A votre avis, que symbolise la gazelle dans le texte ? Rédigez votre réponse de manière argumentée. (1 point)
9. Donnez deux exemples concrets qui montrent que la mère agit pour tenter de soulager la souffrance de la bête. (1 point)
10. "...si l'on est un homme, on soigne sans ouvrir les yeux" (ligne ...): quel sens l'expression "être un homme" prend-elle ici ? (1 point)
11. "...il faut toujours acheter le bol bleu" (ligne ...): identifiez deux procédés de généralisation utilisés dans cette proposition. Que représente, finalement, "le bol bleu" ? (2 points)
12. A partir de vos réponses précédentes, dites quelle est la visée de ce texte. (1 point)
"L'homme la regarda sans comprendre."Je veux donner à boire à cette bête.
- C'est difficile, dit l'homme, il faut que je remonte jusqu'à la rue de la République."
Mais il prit l'argent et s'en alla."
Réécrivez le texte en remplaçant "l'homme" par "les hommes" et "la" par "les". Opérez les modifications nécessaires.
Les fautes de copie seront sanctionnées.
François Place, De la Rivière Rouge au pays des Zizotls, Casterman, éd. Gallimard, 2000
Les chasseurs du Roi des Rois avaient capturé une magnifique gazelle. Gracieuse, robuste, elle courait et bondissait d'un bout à l'autre des palissades qui l'emprisonnaient, soulevant de fins nuages de poussière. Lorsqu'elle reprenait souffle, l'oeil aux aguets, la tête droite au bout de sa fine encolure, elle semblait défier la flèche ou la lance qui viendrait tuer la course de son coeur généreux. Puis elle se remettait à décrire de grands cercles à l'intérieur de son enclos. Un prêtre lui portait à l'aube une écuelle de lait et une brassée d'herbes de la savane, puis il se retirait, discrètement, soucieux simplement de montrer les marques de la bienveillante attention du peuple des hommes.
Sujet
Vous participez dans votre collège à un débat sur la solidarité.
Vous racontez d'abord à vos camarades une scène d'indifférence à la détresse, à laquelle vous avez assisté ou dont vous avez eu connaissance. Puis vous tentez de les convaincre de la nécessité d'aider les autres. Votre argumentation se fondera sur votre culture (littéraire, cinématographique, historique) ainsi que sur votre expérience personnelle.
Consignes
Il sera tenu compte dans l'évaluation:
- de la présentation (lisibilité et mise en page);
- de l'orthographe;
- de la correction de la langue.
Muriel Gilbert, "Au secours, mon fils m'apprend la vie", Top Famille, n°19, décembre 2001
"Maman, regarde un peu ça !" Je me retourne, boîte de tomates pelées en main. Triomphant, mon fiston a l'air absolument tri-om-phant. Le visage fendu d'un sourire gigantesque, il me tend une feuille format A4, qui n'a l'air d'absolument rien. sauf peut-être, m'aperçois-je, ayant déposé boîte et ouvre-boîte sur le plan de travail, d'être étrangement chaude. Le Sherlock Holmes qui ne dort jamais en moi que d'un oeil en déduit qu'elle sort tout juste de son imprimante.
"Tu vois, je viens de trouver ça sur le site Internet Actu", explique-t-il, pour appuyer la crédibilité de la nouvelle. "Les jeux vidéo rendraient intelligent !", c'est le titre de l'article. Instantanément, je comprends son enthousiasme: il y a des mois que je me tue à lui affirmer le contraire. "regarde, c'est un institut de recherche qui le dit !" Et de lire à voix haute, par-dessus mon épaule (au cas, sans doute, où je montrerais quelque mauvaise volonté à poursuivre au-delà du titre): "'Les enfants qui jouent régulièrement aux jeux vidéo sont plus intelligents que les autres, ils ont plus de chances que d'autres d'aller à l'université, leur taux de concentration et de coordination est plus élevé que la moyenne', et même ils disent: 'comparables à celui des athlètes de haut niveau' ! Alors, tu vois ! Là, tu pourras plus m'empêcher de jouer."
Je ne me rappelle pas ce que j'ai répondu. Sans doute pas grand-chose qui vaille de s'en souvenir. Mes arguments pédago-parentaux volaient en éclats. Merci la presse, merci les chercheurs...
Bon, songeai-je à part moi, d'un côté, puisque mon fiston est jeuvidéomaniaque - il faut bien que je me résolve à le reconnaître - la nouvelle serait plutôt positive. [...] Le doute m'assaillait.
Jusqu'à ce matin. Par hasard, je suis tombée sur un article publié, lui aussi, sur Internet. Il reprenait deux dépêches arrivées quelques heures plus tôt: en Thaïlande, on venait de retrouver le corps d'un garçon de 22 ans, mort d'une crise cardiaque sur son clavier après avoir joué à un jeu de guerre toute la nuit; et à Singapour, un jeune homme en avait poignardé un autre, dans une salle de jeux en réseau, pour venger la mort de son personnage virtuel.
J'ai imprimé la page et déposé une feuille toute chaude entre les mains de mon héritier. Ça n'a pas eu l'air de l'impressionner. [...]
Allez, salut, bande de parents !
1. Déterminez la nature du document et donnez au moins deux indices qui justifient votre réponse. (1 point)
2. « Au secours, mon fils m'apprend la vie » : en quoi ce titre surprend-il le lecteur ? Citez deux raisons. (1 point)
3. Expliquez la formation de « jeuvidéomanie ». Quelle est sa signification ? Pourquoi ce mot est-il entre guillemets ? (1 point)
4. A qui s'adresse précisément ce texte ? Justifiez votre réponse (1 point)
5. Quelle est la valeur du présent dans le premier paragraphe ? Donnez au moins deux valeurs différentes, en justifiant chacune par une citation du texte. (1 point)
6. Quels sont les deux personnages qui s'expriment dans le texte ? (0,5 point)
7. Les jeux vidéo rendraient intelligent !" Quel est le temps utilisé ? Pour quelle raison ? (1 point)
8. « "Les enfants qui jouent régulièrement aux jeux vidéo sont plus intelligents que les autres, ils ont plus de chances que d'autres d'aller à l'université, leur taux de concentration et de coordination est plus élevé que la moyenne" , et même ils disent: "comparable à celui des athlètes de haut niveau !" Alors, tu vois ! Là, tu pourras plus m'empêcher de jouer. »
a) Dans « ils disent » : que représente « ils » ? (0,5 point)
b) Dans cette dernière citation, expliquez pourquoi on ouvre deux fois les guillemets. (0,5 point)
c) Qui prononce ces paroles ? (0,5 point)
9. "Puisque mon fiston est jeuvidéomaniaque [...] la nouvelle serait plutôt positive." Quelles sont les différentes propositions contenues dans cette phrase ? Indiquez leur fonction. Quel est leur rapport logique ? Quel mot de liaison est utilisé ? (1 point)
9. « Triomphant, mon fiston a l'air absolument tri-om-phant ». (premier paragraphe)
a) Donnez les fonction des adjectifs soulignés. (1 point)
b) Commentez la graphie et la place de cet adjectif dans la phrase. (1 point)
10. Enoncez la thèse que défend le fils dans le texte. (1 point)
11. « C'est un institut de recherche qui le dit ! » : quelle est la tournure grammaticale utilisée dans la phrase, quel est son intérêt ? (1 point)
12. « Je comprends son enthousiasme: il y a des mois que je me tue à lui affirmer le contraire » .
a) Quel rapport logique unit les propositions ? Réécrivez la phrase en faisant apparaître une proposition subordonnée de même sens. (1 point)
b) Quelle est la thèse défendue par la mère ? (1 point)
Dans le premier paragraphe, remplacez « je » par « elle » et mettez les verbes au passé. Vous choisirez entre passé-simple, imparfait et plus que parfait pour produire un texte correct.
1. Article jeux vidéo, Collection Microsoft Encarta 2002, © 1993-2001 Microsoft Corporation.
"La popularité spectaculaire de ces jeux a donné naissance à une nouvelle industrie à partir de la fin des années 1970. Pour jouer, l'utilisateur doit appuyer sur des boutons et se servir d'un levier. On peut jouer seul contre l'ordinateur, ou à deux ou trois personnes (les unes contre les autres ou contre l'ordinateur). Les jeux sont répartis en plusieurs catégories thématiques : apprentissage, aventures et sports. Les jeux les plus appréciés comportent des sons et des images d'une haute qualité."
2. Le succès des univers virtuels s'étend au monde de l'entreprise, Laurent Checola, Le Monde, 29 mai 2007
En 2011, le monde comptera plus de 6,5 milliards d'êtres humains, et peut-être près de 60 millions d'avatars virtuels.
Les mondes virtuels investissent aussi les grandes entreprises, qui voient dans ces interfaces un système de communication efficace. Des sociétés informatiques comme IBM et Sun produisent des applications destinées à un usage interne, où le virtuel devient l'extension naturelle du travail. Dans [une application] de Sun, les employés du groupe peuvent échanger des documents, organiser des réunions, mais également converser, permettant aux membres du groupe de mieux se connaître. Au bureau ou à la maison, l'avatar semble être l'avenir de l'homme.
La journaliste décide de donner un droit de réponse à son fils en lui permettant d'écrire un article dans la même rubrique. Dans celui-ci, le jeune garçon raconte la scène (lignes 1 à 46) de son point de vue pour donner son avis sur la question et tenter de convaincre les lecteurs.
Pierre Péju, La Petite Chartreuse, Gallimard, 2002
Eva est une enfant de dix ans. Elle vient de déménager et fréquente depuis peu son école. il est seize heures trente en ce jour pluvieux de novembre: c'est l'heure où les parents et les enfants ont la joie de se retrouver devant les grilles. la mère d'Eva, elle, arrive souvent en retard...
Ce jour-là, Eva se sent de plus en plus mal entre les imperméables humides, les parapluies dégoulinants. Son coeur cogne douloureusement et elle plisse les yeux afin de découvrir, à l'autre bout de rue, la seule présence qui lui importe. Non ! Rien que des silhouettes qui s'éloignent. Aucune dame qui pourrait être sa maman ne vient par ici. Le silence comme une brume qui s'épaissit. La porte de l'école est close, et comme Eva n'a rien osé demander à la dame en blouse bleue, elle ne peut que s'abriter sous le proche. Nerveusement, elle se hausse sur la pointe des pieds et commence à remuer comme une bête affolée. Elle s'accroupit, grenouille triste, résignée, grenouille écarlate. Elle soupire, se redresse, se gratte la cheville. Elle sait qu'elle connaît très mal l'itinéraire entre l'école et l'appartement qui n'est pas très proche. Un appartement où sa mère et elle n'habitent que depuis deux mois.
Les yeux noirs d'Eva scrutent de plus en plus vite dans toutes les directions.
Cette fois, elle a entendu sa propre voix prononcer «maman». Toute personne qui approche se révèle insupportablement étrangère. C'est elle là-bas ! Non ce n'est pas elle !
Détresse sur ce trottoir hostile, avec cette fissure pleine d'eau dans l'asphalte et ce journal trempé, froissé, au bord du caniveau. Sensation confuse de n'être plus rien, d'être invisible.
Brutalement, la petite s'arrache au mur auquel elle était adossée et part en courant. Eva, si maigre, si peu résistante, court à travers la ville avec ce cartable bourré de livres qui lui frappe les reins. Les trottoirs sont glissants. Les feux des voitures font de grandes étoiles rouges dans ses yeux inondés de larmes. Tout est brouillé. Sans le vacarme de la ville, on pourrait entendre la plainte qui coule de sa gorge tandis qu'elle traverse, sans ralentir, sans regarder à droite ni à gauche, une rue puis deux, puis trois ou quatre, au hasard.
Eva court au-delà de ses forces, le souffle lui manque. Gorge brûlante, jambes douloureuses, et ce cartable si lourd qui la ralentit, qu'elle voudrait jeter par terre mais dont la perte l'affolerait davantage encore.
L'accident n'est toujours pas arrivé. Il s'en faudrait d'un rien pour qu'il ne se produise pas. Eva pourrait suivre miraculeusement le bon itinéraire, s'effondrer de fatigue sur le seuil d'une boutique jusqu'à ce qu'un passant lui demande : « Tu t'es perdue ? » Mais rien de tout cela n'arrive et la pluie froide achève de dissoudre les chances.
Eva file sur sa petite trajectoire d'abandon, ignorant qu'au même instant sa mère, qui s'est administrée une forte dose d'oubli solitaire, une grande rasade d'indifférence pure, fonce pourtant vers elle. Mais elle est encore bien trop loin pour arriver à temps à la sortie de l'école.
1. a) Qui les expressions «imperméables humides»,«parapluies dégoulinants» et «silhouettes» désignent-elles ? (0,5 point)
b) Quelle impression produisent ces désignations ? (0,5 point)
2. «Sans le vacarme de la ville, on pourrait entendre la plainte qui coule de sa gorge»
a) Remplacez le groupe nominal prépositionnel par une subordonnée de même sens. (0,5 point)
b) Donnez la classe et la fonction grammaticale de cette subordonnée. (1 point)
3. De «Ce jour-là...» à «... au hasard»
a) relevez les mots ou expressions qui caractérisent la porte de l'école, l'appartement, le trottoir puis les trottoirs. (1 point)
b) Quel est l'effet produit ? (0,5 point)
4. «Le silence comme une brume qui s'épaissit.»
a) Quelle est la figure de style utilisée ici ? (0,5 point)
b) Quels sont, parmi les cinq sens, ceux qui sont évoqués ici ? (0,5 point )
c) Expliquez le lien établi entre eux dans la figure que vous venez de nommer. (0,5 point)
5. Relevez deux adjectifs qui montrent qu'Eva est ignorée des gens qui l'entourent (de «Les yeux noirs...» à «...d'être invisible»). (0,5 point )
6. «Aucune dame qui pourrait être sa maman ne vient par ici.»
a) De qui cette phrase retranscrit-elle les pensées ? (0,5 point)
b) Relevez un autre emploi du discours indirect libre plus loin dans le texte. (0,5 point)
7. a) «grenouille triste», «grenouille écarlate»: donnez la classe et la fonction de ces groupes de mots. (1 point)
b) Vous expliquerez le sens de ces deux groupes de mots. (1 point)
8. «Gorge brûlante, jambes douloureuses, et ce cartable si lourd qui la ralentit, qu'elle voudrait jeter par terre mais dont la perte l'affolerait davantage encore.»
a) Nommez la particularité grammaticale de cette phrase. (0,5 point)
b) Quel est l'effet produit ? (0,5 point)
9. Eva ressent physiquement la montée de l'angoisse. Citez trois expressions qui l'expriment de «Eva, si maigre, si peu résistante...» à «...l'affolerait davantage encore.» (0,5 point)
10. a) Dans l'avant-dernier paragraphe, justifiez l'emploi des conditionnels simples. (1 point)
b) Quel adverbe souligne la valeur de ces conditionnels ? (0,5 point)
c) Expliquez la formation de cet adverbe. (0,5 point)
11. En tenant compte des deux questions précédentes, d'après vous, l'accident va-t-il se produire ? Justifiez votre réponse. (1 point)
12. Qui le dernier pronom «elle» du texte représente-t-il ? (0,5 point)
13. Comment comprenez-vous l'expression «trajectoire d'abandon» ?
«L'accident n'est toujours pas arrivé. Il s'en faudrait d'un rien pour qu'il ne se produise pas. Eva pourrait suivre miraculeusement le bon itinéraire, s'effondrer de fatigue sur le seuil d'une boutique jusqu'à ce qu'un passant lui demande : « Tu t'es perdue ? » Mais rien de tout cela n'arrive et la pluie froide achève de dissoudre les chances.»
Vous réécrirez tout ce passage au passé en respectant la concordance des temps, et en remplaçant «se produire» par avoir lieu et «demander» par «dire».
Sujet
Relisez le texte de Pierre Péju jusqu'à "dont la perte l'affolerait davantage encore." Imaginez une autre évolution possible de cette situation, qui aboutirait à un dénouement heureux dissipant les angoisses de l'enfant.
Consignes
Tenez compte du récit qui précède de façon à assurer la cohérence de votre suite par rapport au début de la narration.
Votre récit comportera des descriptions, et le dialogue argumentatif de l'enfant avec elle-même (ses pensées).
Vous pourrez, s'il y a lieu, introduire un dialogue avec un autre personnage.

Le jardin d'une ville d'eaux1 de style très 1880, autour du kiosque à musique.
Dans le kiosque un seul musicien, un clarinettiste, figurera l'orchestre. Au lever du rideau il joue quelque chose d'extrêmement brillant.
La chaisière2 va et vient. Les estivants se promènent sur le rythme de la musique. Au premier plan, Eva et Hector unis dans un baiser très cinéma.
La musique s'arrête, le baiser aussi. Hector en sort un peu titubant. On applaudit la fin du morceau.
HECTOR, confus.
Attention, on nous applaudit.
EVA, éclate de rire.
Mais non, c'est l'orchestre ! Décidément vous me plaisez beaucoup.
HECTOR, qui touche malgré lui ses moustaches et sa perruque.
Qu'est-ce qui vous plaît en moi ?
EVA
Tout.
Elle lui fait un petit bonjour.
Ne restons pas là, c'est dangereux. A ce soir, huit heures, au bar du Phœnix. Et surtout si vous me rencontrez avec ma tante, vous ne me reconnaissez pas.
HECTOR, langoureux.
Votre main encore.
EVA
Attention, lord Edgard, le vieil ami de ma tante, est en train de lire son journal devant le kiosque à musique. Il va nous voir.
Elle tend sa main, mais elle s'est détournée pour observer lord Edgard.
HECTOR, passionné.
Je veux respirer votre main.
Il se penche sur sa main, mais tire subrepticement3 une loupe de bijoutier et en profite pour examiner les bagues de plus près.
Eva a retiré sa main sans rien voir.
EVA
A ce soir !
Elle s'éloigne.
HECTOR, défaillant.
Mon amour...
Il redescend sur scène, rangeant son outil et murmurant très froid.
Deux cent mille. Ce n'est pas du toc.
A ce moment entre le crieur public avec son tambour.
On s'est massé autour de lui. On l'écoute.
LE CRIEUR PUBLIC
Ville de Vichy. La municipalité, soucieuse de la sécurité et du bien-être des malades et des baigneurs, les met en garde et les informe : que nombre de plaintes ont été déposées par les estivants tant à la mairie qu'au commissariat central, place du Marché. Une dangereuse bande de pilpockets4...
Il a prononcé difficilement ce mot, la clarinette le souligne, il se détourne furieux.
Qu'une dangereuse bande de ...
Il bute encore sur le mot, c'est la clarinette qui le joue...
est en ce moment dans nos murs. La police municipale est alertée... Tant en civil qu'en uniforme, les agents de la force publique veillent sur les estivants...
En effet, suivant un gracieux trajet à travers la foule, des agents entrecroisent leurs sinuosités5 pendant qu'il parle.
Cependant chacun est invité à observer la plus grande prudence, particulièrement sur la voie publique, dans les parcs et tous autres lieux fréquentés. Une prime en nature est offerte par le Syndicat d'initiative à qui donnera un indice permettant l'arrestation des voleurs... Et qu'on se le dise !...
Roulement de tambour. Pendant qu'il lisait, Hector lui a subtilisé son gros oignon de cuivre6 et son gros porte-monnaie [...]
Jean ANOUILH, Le Bal des voleurs, 1938.
1) a) Pourquoi certains passages sont-ils écrits en italiques ? Comment appelle-t-on ce genre d'indications ? (1 point)
b) Quel temps est utilisé dans ces indications ? Quelle est sa valeur ? (1 point)
2) Selon vous, à quel moment du Bal des voleurs se situe l'extrait proposé ? Justifiez votre réponse. (1 point)
3) Dans le passage allant de "Le jardin d'une ville d'eaux de style très 1880" à "On applaudit la fin du morceau", relevez les indications
a) qui correspondent le plus à l'illustration proposée. (0,5 point)
b) qui ne correspondent pas à l'illustration proposée. (0,5 point)
4. A quel genre de texte a-t-on affaire ? Justifiez votre réponse par deux indices tirés du texte. (1 point)
1) a) Indiquez la catégorie grammaticale de "vous", "me" et "moi" dans :
"Décidément, vous me plaisez beaucoup" ;
"Qu'est-ce qui vous plaît en moi". (0,5 point)
b) A qui renvoient ces quatre mots ? (0,5 point)
2) a) De "Hector, confus..." à "...très froid", relevez les quatre adjectifs utilisés dans les indications en italique. (0,5 point)
b) Hector est-il amoureux d'Eva ? Relevez et commentez le passage qui donne sur ce point une indication essentielle. (1 point)
c) Expliquez l'attitude d'Hector. Que cherche-t-il ? (0,5 point)
3) Quelle est l'activité essentielle d'Hector ? Justifiez votre réponse à partir de deux extraits du texte. (1 point)
4) a) Qu'est-ce qu'un crieur public ? Justifiez votre réponse par deux références au texte. (1 point).
b) Dans l'intervention du crieur public, quelle anomalie de ponctuation relevez-vous ? Que marque-t-elle ? (1 point)
1) Quels procédés comiques sont employés ici ? Justifiez votre réponse. (2 points)
"Cependant, chacun est invité...l'arrestation des voleurs"
Réécrivez le passage au passé composé, en faisant toutes les transformations nécessaires.
Je te l'ai dit, je suis une vieille carcasse qui s'ennuie. J'ai eu tout ce qu'une vieille femme peut raisonnablement et même déraisonnablement souhaiter. L'argent, la puissance, les amants. Maintenant que je suis vieille, je me retrouve aussi seule que lorsque j'étais une petite fille qu'on faisait tourner en pénitence contre le mur. Et ce qui est plus grave, je me rends compte qu'entre cette petite fille et cette vieille femme, il n'y a eu, avec beaucoup de bruit, qu'une solitude pire encore.
Toutes les femmes sont pareilles. Ma petite Juliette, elle, sera sauvée parce qu'elle est romanesque et simple. C'est une grâce qui n'est pas donnée à toutes.
Jean Anouilh, Le Bal des voleurs, Tableau II, Répliques de Lady Hurf.
" A ce soir, huit heures, au bar du Phœnix ", dit Eva à Hector. Juste avant d'aller au rendez-vous, Eva apprend par sa tante l'arrestation d'Hector. Bouleversée, la jeune fille avoue connaître Hector. Va-t-elle le défendre ou non ? A vous de décider. En fonction de votre choix, rédigez le dialogue entre Eva et sa tante.
- Votre texte est un dialogue. Vous lui donnerez une forme théâtrale.
- Eva doit défendre ou accuser Hector. Vous lui ferez exprimer des arguments adaptés à votre choix.
- Votre texte comportera au moins une dizaine de répliques. Cinq d'entre elles doivent compter plusieurs phrases complètes.
L'orthographe sera prise en compte dans l'évaluation du devoir.