La Grande Guerre

La 'Grande Guerre' : 10 millions de morts. 1000 morts dans chaque camp chaque jour en moyenne.

Comment les contemporains ont-ils parlé de cette guerre ? Comment les discours ont-ils contribué à faire accepter ces sacrifices ? Ou, au contraire, comment certaines voix se sont-elles élevées contre cette 'boucherie' ?

Le corpus est constitué de documents sur la première guerre mondiale (documentaires, extraits de journaux, lettres, romans, extraits de films) :

- La Grande Guerre, 1914-1918, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard, 1998.

- Folie ou trahison, Henry Jagot, in Le Petit Courrier (quotidien régional de l'Anjou), mercredi 7 octobre 1914.

- Paroles de Poilus, Lettres de la Grande Guerre, Coll. Historia, éd. Tallandier, 1998

- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, coll. Folio, éd. Gallimard, première éd. 1932.

- Céline, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard, 2001.

- Charles Chaplin, Le dictateur, United Artists, 1940.

Les objectifs visés par la séquence sont les suivants :

Outils de la langue Ecriture Lecture Oral
Connaissances (ce que l'élève doit savoir)

Connaître le vocabulaire du courage et de la lâcheté (famille de mots, synonymes, formation des mots)

Avoir des connaissances et des repères relevant du temps : les grands traits de l'histoire de la France (la première guerre mondiale, les martyrs de Vingré)

Avoir des connaissances et des repères relevant de la culture littéraire : Connaître un extrait de Voyage au Bout de la Nuit

Compétences (ce que l'élève doit savoir faire)

Reconnaître la structure de la phrase canonique (principaux groupes) et ses variantes emphatiques ; reconnaître les niveaux ou registres de langue

Produire un document avec une présentation adaptée

Écrire lisiblement un texte cohérent et ponctué, en respectant l'orthographe et la grammaire : une lettre ouverte destinée à persuader ou convaincre.

Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments implicites nécessaires..

Utiliser pour lire ses connaissances sur la langue : Reconnaître les marques de subjectivité dans un texte, les procédés d'emphase, et les différences de niveaux de langue.

Lire un texte à haute voix sans hésiter.

Écouter et faire des observations constructives sur le texte d'un pair, dans le respect mutuel et en acceptant les différences.

Séance 01

La Grande Guerre

Cette séance est destinée à souligner les différences de visée des textes.

Lecture
Lecture orale

Entraînez-vous à lire à haute voix l'un des deux extraits.

Oral

Quelles sont les différences entre les deux textes ?

Notion : Objectivité et subjectivité
Recherche : Folie ou trahison

1. Pour qui ce texte a-t-il été écrit ? A quelle occasion ?

2. Quels sont les principaux pronoms personnels utilisés ? Qui désignent-ils ?

3. Comment chacun des deux peuples est-il présenté ?

Synthèse

Observez le vocabulaire subjectif utilisé. Sur quelles valeurs le locuteur prend-il appui pour convaincre le lecteur de la nécessité de la guerre ?

1. La Grande Guerre

"Le conflit qui débute en 1914 ouvre l'ère des catastrophes pour l'Europe et pour le monde: commencé sur le continent européen, il se transforme en un immense affrontement mondial, non seulement militaire, mais aussi économique et idéologique. Toutes les ressources des sociétés belligérantes ont été mises au service de cette Grande Guerre des patries. La guerre est mondiale: il n'est guère de territoire qui n'ait été touché, sinon par les combats qui se déroulèrent principalement en Europe et au Proche-Orient, du moins en tant que fournisseur d'hommes, de matériel, de ravitaillement.

La guerre devint très vite "totale" dans la mesure où un très grand nombre de civils furent frappés de plein fouet par le conflit : beaucoup connaissent invasion, occupation, ou même proximité des champs de bataille; certains subissent les premiers bombardements aériens de l'histoire; presque tous travaillent directement ou indirectement pour la guerre, pour la nourriture ou l'armement des combattants. Tous enfin ont au moins un proche au front, pour lequel et avec lequel ils souffrent en espérant la fin prochaine du conflit. La guerre, finalement, a étendu la "culture de guerre" aux peuples du monde entier.

Le bilan tient en quelques chiffres : sur 70 millions d'hommes ayant porté l'uniforme pendant ces quatre années, près de dix millions sont morts. Trois à quatre fois plus ont été blessés. En moyenne, près de 900 Français et 1300 Allemands sont morts chaque jour entre 1914 et 1918. Et on ne sait pas avec exactitude combien d'orphelins, de veuves, de parents privés d'un ou de plusieurs fils, de soeurs privées d'un ou de plusieurs frères, combien de grands blessés enfin ont vu leur vie définitivement brisée par l'immense conflit."

La Grande Guerre, 1914-1918, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard, 1998

2. Folie ou trahison

Paris, le 5 octobre

Les premières tentatives des pacifistes à outrance n'ont pas été heureuses, et la lettre extraordinaire de M. Anatole France a provoqué un tout autre effet que celui que son auteur en attendait.

Le dilettantisme qui consiste à nous recommander d'admettre dans notre amitié les sauvages sinistres dont les moindres pas sont marqués par le vol, l'incendie et le meurtre, a soulevé un mouvement unanime de réprobation. [...]

Si M. Anatole France s'était mêlé au peuple de Paris pendant les heures à jamais inoubliables du début de la mobilisation, il se serait gardé de choquer le sentiment de ces milliers d'hommes de tous les rangs, des toutes les situations, ouvriers, employés, fonctionnaires, journalistes, rentiers, confondus dans un même élan, obéissant à la même pensée, répétant les mêmes paroles.

- Nous en avons assez ! disaient-ils. Il faut que cela finisse et que nous puissions travailler à l'aise, compter sur le lendemain, vivre en dehors de la perpétuelle inquiétude de la guerre prochaine. ces allemands nous cherchent depuis trop longtemps. Nous allons régler leur compte pour toujours.

Ainsi parlait le peuple de Paris. Ainsi parlait le peuple de toute la France. Chacun comprenait que la guerre qui commençait devait avoir pour dénouement l'écrasement de la force allemande, du militarisme prussien, de cette espèce de banditisme organisé, qui ne cachait point son but et se proposait ouvertement de fouler aux pieds toutes les nations européennes. [...]

Comptez-vous pour rien les villages détruits, les paisibles habitants assassinés, les femmes outragées, les vieillards et les enfants fusillés, les blessés froidement achevés, et tant de monstruosités que la plume se refuse à retracer ? Et comment osez-vous dire que les officiers seuls sont responsables de ces atrocités ? Est-ce qu'on trouverait un soldat français pour obéir à des ordres si sauvages, pour tuer de pauvres gens inoffensifs, pour se couvrir de sang avec ivresse, profaner des tombes et s'amuser à enfermer de vieilles femmes dans des caves, afin de les y brûler vivantes, et de rire, en se tenant les côtes, en entendant leurs cris et en les voyant se tordre sous l'atteinte des flammes ? [...]

Ce n'est pas pour que nous pardonnions, pour que nous accordions un lâche oubli à ces misérables, que les pères, les époux, les fils, les frères combattent et succombent aujourd'hui sur les champs de bataille. Nous devons aller jusqu'au bout de notre tâche, si nous voulons remplir notre devoir envers notre pays, envers le monde, envers la justice et la civilisation.

Seule la disparition de l'empire d'Allemagne peut nous préserver d'un retour offensif de la barbarie. Plaider pour les allemands, c'est de la folie ou de la trahison.

Henry Jagot, in Le Petit Courrier (quotidien régional de l'Anjou), mercredi 7 octobre 1914

Lecture

1. Le texte suivant est-il objectif ou subjectif ? Justifiez votre réponse par des indices tirés du texte.

2. A quelles valeurs le locuteur fait-il appel ?

3. Lettre d'un jeune volontaire

Henri Jacquelin avait 30 ans en 1914. Il habitait Quimper. Agrégé de lettres et d'histoire, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, il avait été réformé pour myopie lors de son service militaire, mais il s'engagea comme simple soldat dès le jour de la mobilisation, à l'exemple de ses trois frères. Gravement blessé pendant la première bataille de la Marne en septembre 1914, il fut soigné pendant plus de deux ans et renvoyé au front comme mitrailleur en mars 1916. Versé ensuite dans l'infanterie d'accompagnement des chars d'assaut, il fut tué à Tahure le 26 septembre 1918, moins de deux mois avant la fin de la guerre. Sa femme Henriette resta seule avec son fils né en novembre 1911.

27 septembre 1915

Cher père,

Ta lettre m'est arrivée Dimanche et je te remercie mon cher Papa de la tendre et de l'ingénieuse affection avec laquelle tu essaies de me donner le plus ingrat des courages, celui de n'être qu'un pauvre malade inutile, à l'heure où mes frères sont au danger et où de grandes choses glorieuses s'accomplissent. Les souvenir de l'an passé ne sont point faits pour me rendre patient. J'ai connu la joie héroïque de se battre, de remonter la route victorieuse. C'est ce qui me donne le mortel regret d'être ici. Mais je tâche d'oublier ces nobles heures, et de m'oublier pour ne sentir que la joie, presque l'ivresse de nos derniers communiqués. Je suis comme hors de moi. Je ris et je trinque avec mes compagnons de maladie. Nous chantons ensemble la Marseillaise.

Dix mille puis vingt mille prisonniers; notre terre reconquise. Tout ce cliquetis me donne la fièvre et m'ôte le sommeil, et Dieu me garde de faire le poète quand j'écris à mon père, mais je sens tout ce qu'il y a de France qui se lève en moi, comme le brouillard du matin sur la terre obscure, et jamais je n'ai éprouvé un sentiment si vif, si passionné et si délicieux d'être un homme de mon pays. Pourquoi, pourquoi suis-je ici loin de la bataille ? Mon vieux régiment est au coeur de la fête, du côté de Mesnil, et il paraît qu'il a bravement fait son devoir. On cite des blessés et des morts. Mon coeur est là-bas avec eux... et j'envie Marcel qui est dans la mêlée, et Charles qui est dans le canon. Parle-moi d'eux dès que tu auras de leurs nouvelles je sais trop qu'ils ne sont pas moins au danger qu'à l'honneur. J'ai une telle envie de guérir qu'elle commence à opérer. [...] On me panse tous les matins, on me sature d'iode. Je passe ma matinée dans les journaux et l'après-midi sur la grande plage d'automne, pluvieuse et désolée. La mer est belle, d'une beauté triste. L'équinoxe roule ses lourdes marées jusqu'au pied des falaises.

Henri

Paroles de Poilus, Lettres de la Grande Guerre, Coll. Historia, éd. Tallandier, 1998

Séance 02

Courage et lâcheté

Cette séance est destinée à enrichir le vocabulaire.

Rappel
Les relations lexicales
Observation

1. Dans le texte 1, on trouve l'expression 'toutes les ressources des sociétés belligérantes'.

a) Que signifie le mot 'belligérant'.

b) Trouvez trois mots de la même famille.

2. Dans le second texte,

a) 'Les premières tentatives des pacifistes à outrance'... Qu'est-ce qu'un 'pacifiste' ?

b) 'Pour que nous accordions un lâche oubli'... Trouvez cinq synonymes, en langage correct, de 'lâche'. Trouvez également cinq antonymes de ce mot.

Séance 03

Ecrire une lettre ouverte

Cette séance est destinée à produire un premier texte à visée argumentative.

Lecture

Ma bien chère Lucie,


Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.

Voici pourquoi:

Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, et alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m'ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J'ai profité d'un moment de bousculade pour m'échapper des mains des Allemands. J'ai suivi mes camarades, et ensuite, j'ai été accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi.

Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple.

Mon portefeuille te parviendra et ce qu'il y a dedans.

Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l'âme en peine. Je te demande à genoux humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l'embarras dans lequel je vais te mettre...

Ma petite lucie, encore une fois, pardon.

Je vais me confesser à l'instant, et espère te revoir dans un monde meilleur.

Je meurs innocent du crime d'abandon de poste qui m'est reproché. Si au lieu de m'échapper des Allemands, j'étais resté prisonnier, j'aurais encore la vie sauve. C'est la fatalité.

Ma dernière pensée, à toi, jusqu'au bout.

Henry Floch.

Paroles de poilus, éd. Librio, 1998

Ecriture

A la lecture de la dernière lettre de son mari, Lucie Floch décide d'écrire une lettre ouverte pour donner son point de vue sur la Grande Guerre et pour répondre à tous ceux, qui, comme Henry Jagot (v. texte 2), pensent que la guerre est juste et nécessaire.

Imaginez la position qu'elle pouvait avoir par rapport à cette guerre et les arguments qu'elle pouvait donner, et écrivez le texte qu'elle aurait pu écrire.

Votre texte comprendra une introduction, un développement (au moins trois paragraphes), et une conclusion.

Séance 04

Remarques sur les lettres écrites

Cette séance est destinée à revenir sur les textes écrits (cohérence, argumentation).

Observation

Faites toutes les remarques nécessaires sur les textes ci-contre.

Quatre textes d'élèves

Le 14 décembre

Monsieur Jagot,

mon mari s'est fait fusiller, parce qu'il a quitté son poste. Je trouve ça terrible qu'on puisse tuer des hommes. Vous ne savez pas que vous laissez des enfants sans père ni la tristesse que les femmes éprouvent pour la mort de leur mari. En plus, apprendre ceci dans une lettre. Pourquoi voulez-vous absolument tuer les Allemands, la France ne peut pas trouver un arrangement pour avoir la paix entre les deux pays ? Laisser les hommes voir grandir leurs enfants, profiter de la vie. Je vous trouve horrible de dire que les Allemands sont des sauvages, ils sont comme nous, ils ont une famille, des amis.

D'accord, les Allemands n'ont pas à détruire, à tuer de vieilles dames, des enfants, des femmes, mais si nous, les Français, en particulier les soldats, ne faisions pas la même chose aux Allemands, ils arrêteraient.

Je vous demande si vous trouvez ça juste que des hommes soient condamnés à mort pour rien, sinon pour avoir quitté leur poste. Tout ce qui me reste de mon mari, c'est un portefeuille, avec quelques sous. Vous, vous êtes heureux, vous avez sûrement une famille, des enfants, une femme. Mais un jour ou l'autre, si cette guerre ne s'arrête pas, ils se feront tuer. Voulez-vous sacrifier vos enfants, votre femme, vos soeurs, vos frères, vos parents... ?

S'il vous plaît, faites arrêter tout ça, avant qu'il n'y ait plus de français, que les villages soient détruits. Il y a assez de dégâts. En tout cas, vous venez de briser une femme, qui ne pourra plus vivre, mais je vais me battre pour mon mari, je ne les laisserai pas détruire d'autres familles, d'autres couples.

Lucie Floch

Le 28 décembre

M. Henry Jagot,


Mon mari a été fusillé le 4 décembre, je vais vous dire ce qui s'est passé ce jour là. Le 27 novembre, vers cinq heures du soir, après un violent bombardement, dans une tranchée de première ligne alors que mon mari finissait sa soupe, des allemands sont arrivés dans la tranchée et l'ont pris comme prisonnier avec deux de ses camarades. Il a réussi à s'échapper des mains des allemands pendant une bousculade, il a suivi ses camarades et ensuite il a été accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi.

Ils sont passés vingt-quatre au conseil et il a été condamné à mort. Il n'était pas coupable. Il m'a envoyé son portefeuille avec ce qu'il y avait dedans. Il m'a fait ses derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l'âme en peine et il m'a demandé pardon avant de me dire au revoir. Vous savez M. Henry Jagot la guerre n'est pas si facile que ça, on peut mourir à tout moment. Il suffit de quitter son poste pour mourir comme mon mari alors qu'il n'était pas plus coupable que les autres.

Lucie

M. Jagot,


Je pense vraiment que cette guerre est horrible et stupide. Comment peut-on être aussi cruel avec notre patrie ? Fusiller ses propres hommes, qui essaient de sauver la France et leur propre vie.

Comment osez-vous leur dire qu'on va leur régler leur compte pour toujours, et si c'était eux qui nous réglaient notre compte pour toujours ? Vous seriez bien embêté. Toute la France vous haïrait pour toujours.

Si vous voulez gagner la guerre, il faut être moins dur avec nos hommes. Si les allemands vont dans les tranchées et que nos hommes arrivent à s'échapper, il ne faut pas les fusiller.

Lucie Floch

M. Jagot,


Je m'appelle Lucie Floch. Il y a quelques temps j'ai lu votre article où vous dénonciez les crimes des Allemands. Vous disiez qu'il fallait faire la guerre pour sauver le pays. Mais en ce moment, j'aurais beaucoup plus envie de faire la guerre contre vous, car mon mari a été fusillé par les Français. Alors qu'il avait réussi à échapper aux mains des Allemands qui voulaient le faire prisonnier, il a été accusé d'abandon de poste, il a donc été condamné à mort par le conseil de guerre alors qu'il n'y était pour rien.

Vous dénonciez les crimes des Allemands, eh bien moi je dénonce les crimes des Français. Combien d'hommes fusillés non pas par les Allemands mais par vous, les Français, avec comme seul motif l'exemple ? Combien d'hommes qui aimaient leur pays, qui combattaient pour lui sont morts fusillés par leurs propres chefs ou anciens compagnons de guerre ?

Vous dites qu'il faut des volontaires, mais si après on les tue pour l'exemple, cette guerre ne sert à rien. Tout cela est inadmissible. Alors vous, les Français, réagissez !

Lucie Floch

Rappels
Les codes épistolaires ; l'introduction, le développement et la conclusion

Séance 05

Remédiation : Orthographe

Cette séance est consacrée à des exercices de remédiation sur les lacunes observées.

Observation
Extraits de textes d'élèves

1. Mon mari à été tué pour une raison injuste. J'aurais préférer que ce soit par les Allemands qu'il meure plutôt que par son propre pays. Les Français on tué un homme parce qu'il à été enlever par les Allemands et qu'il à donc déserté son poste.

2. Me voilà priver de mon mari et mes enfants de leur père. Réfléchissez a ce que vous dites désormais. La guerre ne fait qu'entassé des morts.

3. Il ma envoyé son portefeuille avec ce qu'il y avait dedans. Il ma fait ses derniers adieux à la hâte, et il ma demandé pardon avant de me dire au revoir.

Notion
Les homophones courants
Exercices
Les homophones courants

1. Mon mari a été fusiller par les Français car il avait quitter son poste à cause des Allemands qui sont entrer dans leur tranchée et qui les ont enlever. Mais mon mari s'est échapper.

2. Henry Floch à été condamné à mort par son propre batailon parce qu'il à quitté son poste en présence de l'ennemi. La cruauté de cette guerre à tué mon mari.

3. Imaginez un bref texte (4-5 lignes) dans lequel vous mettrez le plus possible de a/à, é/er, ma/m'a.

Séance 06

Un extrait de roman sur la Grande Guerre

Cette séance est consacrée à l'étude d'un extrait romanesque consacré à la Grande Guerre.

Lecture
Oral

1. En quoi cet extrait est-il surprenant ?

2. Comment pourriez-vous qualifier le ton de cet extrait: triste / amusant / sérieux ? Justifiez votre réponse.

Recherche

1. Dans quelle situation se trouvent les personnages de cet extrait ?

2. Dans cette situation, un personnage donne l'image d'un militaire exemplaire, héroïque et extraordinaire. Qui est-ce ? Que lui arrive-t-il ?

3. Le narrateur prend-il position sur l'héroïsme, le courage, etc. ? Comment ?

4. Qu'est-ce que la façon de raconter du narrateur a de particulier ?

5. Le narrateur prend-il position sur la guerre ?

Notion

L'argumentation implicite

Voyage au Bout de la Nuit

On avait fini par se mettre, le colonel et moi, au beau milieu de la route, moi tenant son registre où il inscrivait ses ordres.

Tout au loin sur la chaussée, aussi loin qu'on pouvait voir, il y avait deux points noirs, au milieu, comme nous, mais c'était deux allemands bien occupés à tirer depuis un bon quart d'heure. [...]

Ces allemands accroupis sur la route, têtus et tirailleurs, tiraient mal, mais ils semblaient avoir des balles à en revendre, des pleins magasins sans doute. La guerre, décidément, n'était pas terminée ! Notre colonel, il faut dire ce qui est, manifestait une bravoure stupéfiante ! Il se promenait au beau milieu de la chaussée et puis de long en large parmi les trajectoires aussi simplement que s'il avait attendu un ami sur le quai de la gare, un peu impatient seulement.

Moi, d'abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvé triste, avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir. [...]

Ce colonel, c'était donc un monstre ! A présent, j'en étais assuré, pire qu'un chien, il n'imaginait pas sa mort. Je conçus en même temps qu'il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre armée, des braves, et puis tout autant sans doute dans l'armée d'en face. Qui savait combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dès lors ma frousse devint panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité infernale pouvait continuer indéfiniment... [...]

A l'instant même, arriva vers nous au pas de gymnastique, fourbu, dégingandé, un cavalier à pied (comme on disait alors) avec son casque renversé à la main, comme Bélisaire, et puis tremblant et bien souillé de boue, le visage plus verdâtre encore que celui de l'autre agent de liaison. [...]

Nos allemands accroupis au fin fond de la route venaient justement de changer d'instrument. C'est à la mitrailleuse qu'ils poursuivaient leurs sottises; ils en craquaient comme de gros paquets d'allumettes et tout autour de nous venaient voler des essaims de balles rageuses, pointilleuses comme des guêpes.

L'homme arriva tout de même à sortir de sa bouche quelque chose d'articulé:

- Le maréchal des logis Barousse vient d'être tué, mon colonel, qu'il dit tout d'un trait.

- Et alors ?

- Il a été tué en allant chercher le fourgon à pain sur la route des Etrapes, mon colonel !

- Et alors ?

- Il a été éclaté par un obus !

- Et alors, nom de Dieu !

- Et voilà ! Mon colonel... [...]

- Et le pain ? demanda le colonel.

Ce fut la fin de ce dialogue parce que je me souviens bien qu'il a eu le temps de dire tout juste: "Et le pain ?" Et puis ce fut tout. Après ça, rien que du feu et puis du bruit avec. Mais alors un de ces bruits comme on croirait jamais qu'il en existe. On en a eu tellement plein les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, tout de suite, du bruit, que je croyais bien que c'était fini que j'étais devenu du feu et du bruit moi-même.

Et puis non, le feu est parti, le bruit est resté longtemps dans ma tête et puis les bras et les jambes qui tremblaient comme si quelqu'un vous les secouait de par derrière. Ils avaient l'air de me quitter, et puis ils me sont restés quand même mes membres. Dans la fumée qui piqua les yeux encore pendant longtemps, l'odeur pointue de la poudre et du souffre nous restait comme pour tuer les punaises et les puces de la terre entière.

Tout de suite après ça, j'ai pensé au maréchal des logis Barousse qui venait d'éclater comme l'autre nous l'avait appris. C'était une bonne nouvelle. Tant mieux ! que je pensais tout de suite ainsi: "C'est une bien grande charogne en moins dans le régiment !" Il avait voulu me faire passer au Conseil pour une boîte de conserve. "Chacun sa guerre !" que je me dis. De ce côté-là, faut en convenir, de temps en temps, elle avait l'air de servir à quelque chose la guerre ! J'en connaissais bien encore trois ou quatre dans le régiment, de sacrées ordures que j'aurais aidé bien volontiers à trouver un obus comme Barousse.

Quant au colonel, lui, je ne lui voulais pas de mal. Lui pourtant aussi il était mort. Je ne le vis plus, tout d'abord. C'est qu'il avait été déporté sur le talus, allongé sur le flanc par l'explosion et projeté jusque dans les bras du cavalier à pied, le messager, fini lui aussi. Ils s'embrassaient tous les deux pour le moment et pour toujours, mais le cavalier n'avait plus sa tête, rien qu'une ouverture au-dessus du cou, avec du sang dedans qui mijotait en glouglous comme de la confiture dans la marmite. Le colonel avait son ventre ouvert, il en faisait une sale grimace. Ça avait dû lui faire du mal ce coup-là au moment où c'était arrivé. Tant pis pour lui ! S'il était parti dès les premières balles, ça ne lui serait pas arrivé.

Toutes ces viandes saignaient énormément ensemble.

Des obus éclataient encore à la droite et à la gauche de la scène.

J'ai quitté ces lieux sans insister, joliment heureux d'avoir un aussi beau prétexte pour foutre le camp. J'en chantonnais même un brin, en titubant, comme quand on a fini une bonne partie de canotage et qu'on a les jambes un peu drôles. "Un seul obus ! C'est vite arrangé les affaires tout de même, avec un seul obus", que je me disais. "Ah ! dis donc ! que je me répétais tout le temps. Ah ! dis donc !..."

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, coll. Folio, éd. Gallimard, 1952.

Séance 07

La langue de Céline

Cette séance est destinée à revoir les structures de la phrase de base et ses variantes.

Oral

Trouvez plusieurs exemples montrant le niveau de langue utilisé dans le texte de Céline.

Observation

1. Observez les phrases suivantes. Comment faudrait-il les réorganiser pour que les mots soient dans l'ordre habituel ?

a) Moi, d'abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir.

b) Ce colonel, c'était donc un monstre !

c) On en a eu tellement plein les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, tout de suite, du bruit, que je croyais bien que c'était fini que j'étais devenu du feu et du bruit moi-même.

d) J'en connaissais bien encore trois ou quatre dans le régiment, de sacrées ordures que j'aurais aidé bien volontiers à trouver un obus comme Barousse.

2. Quel est l'intérêt de ces tournures ?

Notion
Exercices

1. Dans les phrases suivantes, indiquez quel est le sujet, le verbe et le complément d'u verbe.

a) Le chien qui aboie est agressif.

b) L'enfant a déjà fini l'assiette qu'on lui a donné.

c) Il s'est mis à faire un scandale incroyable devant tout le monde.

2. Indiquez si les phrases suivantes sont des phrases neutres ou des phrases emphatiques. Dans le cas de phrases emphatiques, indiquez quel est le mot ou le groupe de mots mis en valeur.

a) Moi, mon colon, celle que je préfère, c'est la guerre de 14-18. ( Brassens)

b) Je préfère la guerre de 14-18, mon colonel.

c) Les hommes sont morts en braves.

d) Les hommes, ils sont morts en brave.

e) La guerre de 14-18 a été la guerre la plus impressionnante.

f) C'est la guerre de 14-18 qui a été la plus impressionnantes.

3. Mettez en relief l'élément souligné en le détachant du reste de la phrase et en le redoublant.

a) Jean est parti à la guerre.

b) Les gens de cette espèce sont rares dans nos pays.

c) Les hommes du village se réunissaient tous les soirs sous les arbres de la grande place.

4. Même exercice en utilisant une tournure présentative (c'est ... qui / que)

a) Pierre arrive en courant.

b) Nous avons pris ce bateau pour aller en Angleterre.

c) On découvre ses vrais amis dans l'adversité.

Synthèse

Pourquoi, selon vous, trouve-t-on autant de tournures emphatiques dans cet extrait de Voyage au Bout de la Nuit ?

Evaluation

Grammaire

Séance 08

Critiquer une oeuvre littéraire

Cette séance est destinée à étudier différents points de vue sur une oeuvre littéraire

Lecture
Recherche

1. Pour chaque extrait, indiquez si il prend position pour ou contre le roman de L.-F. Céline.

2. Résumez les arguments en faveur du livre, et ceux utilisés contre le livre.

Expression

1. a) Relisez le texte de Céline. Aimez-vous ce genre de texte ?

b) Quels arguments utiliseriez-vous pour faire comprendre votre point de vue ? (Vous pouvez reprendre des arguments déjà utilisés, et en inventer de nouveaux.)

2. Ecrivez un bref texte de critique sur le Voyage. Vous commencerez par présenter le livre de façon objective, puis vous donnerez un point de vue argumenté, d'après ce que vous avez lu, sur le texte.

Une citation de l'auteur...

"Ce projet remonte à 10 ans. Le boulot dura 6 ans et me tint 50.000 pages manuscrites."

Louis-Ferdinand Céline, lettre à Edmond Jaloux, Paris, 19 novembre 1932, in Céline, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard.

...Et six extraits de critiques contemporaines
1

"Le livre de M. Louis-Ferdinand Céline couvre [...] six cent pages; tant de grossièretés et d'obscénités le déparent qu'on ne peut en parler qu'avec précaution. [...] Le talent de l'auteur est incontestable; son imitation de la langue parlée brille par un naturel et une fécondité rares."

André Thérive, dans Le Temps, 24 novembre 1932, in Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, coll. Folio, éd. Gallimard

2

"Ce livre asphyxiant dont on n'a que trop parlé à l'occasion des derniers prix, et dont il ne faut conseiller la lecture à personne, possède le pouvoir de nous faire vivre au plus épais de cette humanité désespérée qui campe aux portes de toutes les grandes villes du monde moderne."

François Mauriac, L'Echo de Paris, 31 décembre 1932, in Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, coll. Folio, éd. Gallimard

3

"Il y a longtemps qu'on n'a pas parlé d'un livre autant que du Voyage au bout de la nuit. J'entends parlé au sens propre. Il ne s'agit pas des articles des critiques, il s'agit de conversations de dîners, de thés, de vacances, de rencontres. Dans le déjeuner d'affaires ou dans le jeudi académique autour du tapis vert, il est rare qu'il n'y ait pas les trois minutes de Céline. Trois minutes seulement. Le livre ne se prête guère à de longues discussions. On est pour ou on est contre. Il dégoûte ou il enthousiasme."

Albert Thibaudet, "De Magny à Drouant", dans La Dépêche, 24 janvier 1933, in Céline, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard.

4

"Pour nous la question n'est pas de savoir si la peinture de M. Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l'est. Et plus vrai encore que la peinture ce langage inouï [...]. Oui, telle est la part maudite, la part honteuse, la part réprouvée de notre peuple. Et certes, nous conviendrons volontiers qu'il est des images plus rassurantes de la société moderne, et par exemple l'image militaire: à droite les Bons Pauvres gratifiés d'un galon de premier soldat, de l'autre côté les Mauvais, qu'on fourre au bloc... Seulement n'importe quel vieux prêtre de la Zone, auquel il arrive parfois de confesser les héros de M. Céline, vous dira que Céline a raison."

Georges Bernanos, "Au bout de la nuit", dans Le Figaro, 13 décembre 1932, in Céline, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard.

5

"Une invitation au voyage est toujours tentante, même si ce voyage doit nous conduire "au bout de la nuit", et c'est celui-là que nous propose M. Louis-Ferdinand Céline. [...] Pour le suivre en ce "voyage au bout de la nuit", mettons-nous des bottes d'égoutier et bouchons-nous le nez. [...] M. Céline s'en tient à un réalisme bassement terre à terre que ne relève ni l'originalité de l'observation ni la qualité du style."

Henry de Régnier, dans le Figaro, 3 janvier 1933, in Céline, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard.

6

"Quand on a lu pour la première fois Voyage au bout de la nuit, c'était comme une délivrance: tout à coup, la langue parlée faisait irruption dans la littérature . Pour quelques-uns d'entre nous, Céline était un sauveur."

Nathalie Sarraute, Interview, Libération, 29 septembre 1989, in Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, coll. Folio, éd. Gallimard

Evaluation

Lecture

cette évaluation est destinée à mesurer l'acquisition des notions étudiées

Notions à réviser

Pour le devoir de lecture, vous devez connaître les notions suivantes :

  • Le genre d'un texte (roman, poésie, documentaire, théâtre, lettre, etc.)
  • La formation des mots (préfixe, base, suffixe, etc.)
  • La distinction objectif/subjectif
  • Les fonctions dans la phrase (sujet, verbe, complément)
  • La distinction phrase neutre/phrase emphatique
  • Les classes de mots (nom, pronom, adjectif, déterminant, verbe, etc.)