Comment le fonctionnement de la justice permet-il de mesurer le pouvoir d'une parole convaincante ? A l'encontre de ce que croient trop souvent les élèves, cet ensemble de cours vise à souligner l'incertitude des preuves matérielles, et l'importance des discours tenus dans un procès. A travers l'exemple de la justice, un des premiers cadres de l'argumentation, c'est une réflexion sur l'efficacité de la parole qui est proposé.
Corpus :
- 10ème chambre, instants d'audience, Raymond Depardon, Les Films du Losange, 2004.
- André Gide, Souvenirs de la cour d'assise, coll. Folio 2€, éd. Gallimard (première édition 1914).
- Discours de Robert Badinter à l'assemblée nationale, Journal officiel - Débats parlementaires - Assemblée nationale - 1ère séance du jeudi 17 septembre 1981.
- Steven Spielberg, Minority Report, 20th Century Fox, 2002.
- Franz Kafka, Le Procès, trad. A. Vialatte, éd. Gallimard, coll. Folio (première édition française 1933).
Objectifs visés :
| Outils de la langue | Écriture | Lecture | Oral | |
| Connaissances |
Connaître le vocabulaire du tribunal, de l'incertitude, de l'erreur judiciaire. |
Avoir un comportement responsable : Comprendre l’importance du respect mutuel et accepter toutes les différences. |
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|---|---|---|---|---|
| Compétences |
Reconnaître les conjonctions de coordination, de subordination, les adverbes ; l'organisation de la phrase complexe, les différents types de proposition. |
Écrire lisiblement un texte cohérent et ponctué, en respectant l'orthographe et la grammaire : argumenter sur un sujet concret (innocence d'un condamné) ou abstrait (philosophie d'un système judiciaire). |
Utiliser pour lire ses connaissances sur la langue, des outils appropriés : reconnaître les procédés de l'argumentation (thèse, arguments, exemples), les liens logiques (cause, conséquence,opposition). |
Adapter sa prise de parole à la situation de communication. Développer de façon suivie un propos en public sur un sujet déterminé : l'innocence ou la culpabilité d'un accusé. |
1. Qui est présent à l'audience ? Quel est le rôle de chacun ?
2. Quelles sont les différentes étapes de l'audience ?
3. Quelles sont les différentes prises de parole ? A qui sont-elles destinées ?
Cherchez la signification des mots suivants : la plaidoirie, le plaidoyer, le réquisitoire.
Écoutez le réquisitoire et la plaidoirie.
1. De quoi chacun des interlocuteurs cherche-t-il à convaincre ?
2. Quelles sont les grandes idées utilisées pour convaincre ? Résumez, en quelques phrases, les deux prises de parole.
3. Les orateurs s'appuient-ils sur des raisonnements, sur des principes, sur des sentiments pour convaincre ? Qu'est-ce qui vous paraît le plus efficace ? Justifiez votre réponse.
1. Dans l'extrait suivant, identifiez le thème, la thèse et les arguments.
On m'accuse d'avoir volé un sac. Mais ce n'est pas vrai. Si j'étais à la gare, c'était pour accueillir ma femme, qui arrivait de Belgique. J'attendais tranquillement, quand les policiers m'ont sauté dessus. Je me suis défendu et j'ai essayé de m'enfuir parce que j'ai eu peur.
2. Même question.
Je n'avais bu qu'un verre. En plus, je n'avais pas loin à aller. De toutes façons, je conduis toujours très prudemment. Vous dites que j'étais en état d'ébriété, mais il n'y avait aucun risque.
3. a) Séparez les arguments et les exemples.
b) Quelle est la thèse défendue ?
Récemment, l'affaire d'Outreau, où six innocents ont passé trois ans en prison, a ému l'opinion. Témoignages d'enfants, Expertises douteuses, partialité des magistrats ont donné l'image d'une justice aveugle et trop pressée. Il faut du temps et de la raison pour instruire des affaires complexes, où il est difficile de démêler le vrai du faux.
Après avoir observé l'audience présentée dans le chapitre 10 du documentaire, choisissez le rôle de procureur ou d'avocat, et préparez votre prise de parole.
Présentez votre plaidoirie ou votre réquisitoire à la classe comme si vous étiez au tribunal.
Imaginez une conversation dans un café à notre époque : à partir d'un crime, deux personnes en viennent à exposer leur opinion sur les criminels et à proposer des solutions pour réduire ou empêcher les crimes.
Imaginez les arguments utilisés. Chacun des personnages présentera au moins deux arguments et un exemple.
Ecrivez cette conversation.
Vous pouvez faire des personnages qui s'écoutent, ou au contraire qui restent chacun dans leur idée.
Votre dialogue sera inséré dans une courte narration.
1. Cherchez le principal sens du mot 'opinion'.
2. Quelle différence faites-vous entre 'opinion' et 'réflexion' ?
1. Qui sont tous les interlocuteurs présents dans cette scène ?
2. Résumez en une phrase l'opinion de chacun de ces personnages sur les criminels.
3. Par quels exemples deux des personnages justifient-ils leur opinion ?
4. Comment réagissent les personnages aux réponses qui leur sont faites ?
5. Ce texte nous montre-t-il un dialogue ?
La scène se passe en wagon, entre Narbonne [...] et Nîmes.
Dans un compartiment de troisième classe : un petit gars, de seize ans environ, point laid, l'air sans malice, sourit à qui veut lui parler ; mais il comprend mal le français, et je parle mal le languedocien. Une femme d'une quarantaine d'années, en grand deuil, aux traits inexpressifs, au regard niais, aux pensées irrémédiablement enfantines, coupe sur du pain une saucisse plate dont elle avale d'énormes bouchées. Elle se fait l'interprète du jouvenceau et la conversation s'engage avec mon voisin de droite, une épaisse citrouille qui sourit du haut de son ventre aux choses, aux gens, à la vie.
En projetant beaucoup de nourriture autour d'elle, la femme explique que cet adolescent est appelé des environs de Perpignan à Montpellier où il doit comparaître ce même jour devant le tribunal ; non point en accusé, mais en victime : il y a quelques jours, des apaches de la campagne l'ont attaqué sur une route à minuit et laissé pour mort dans un champ, après lui avoir pris le peu d'argent qu'il avait sur lui.
On commence à parler des criminels :
"Ces gens-là, il faudrait les tuer, dit la femme.
- Vous leur donnez des vingt, des trente condamnations, explique mon voisin ; vous les entretenez aux frais de l'Etat ; tout ça ne donne rien de bon. Qu'est-ce que cela rapporte à la société ? je vous le demande un peu, monsieur, qu'est-ce que cela lui rapporte ?"
Un autre voyageur, qui semblait dormir dans un coin du wagon : "D'abord ces gens-là, quand ils reviennent de là-bas, ils ne peuvent plus trouver à se placer."
LE GROS MONSIEUR : Mais, monsieur, vous comprenez bien que personne n'en veut. On a raison ; ces gens-là, au bout de quelque temps, recommencent.
Et comme l'autre voyageur hasarde qu'il en est qui, soutenus, aidés, feraient de passables et quelquefois de bons travailleurs, le gros monsieur, qui n'a pas écouté : "Le meilleur moyen pour les forcer à travailler, c'est de les mettre à pomper au fond d'une fosse qui s'emplit d'eau ; l'eau monte quand ils s'arrêtent de pomper ; comme ça ils sont bien forcés."
LA DAME EN DEUIL : Quelle horreur !
"J'aimerais mieux les tuer tout de suite", gémit une autre dame.
Mais, comme la dame en deuil l'approuve, celle qui d'abord avait émis cette opinion, sans doute de cette sorte de gens qui trouvent un cheveu à une opinion dès qu'elle n'est plus exprimée par eux-mêmes : "Mon père, qui était du jury, il avait coutume de ne les condamner qu'à perpétuité. Il disait qu'on devait leur laisser le temps de se repentir."
Le gros monsieur hausse les épaules. Pour lui, un criminel, c'est un criminel ; qu'on ne cherche pas à le sortir de là.
La dame, qui n'a presque rien dit, émet timidement cette pensée que la mauvaise éducation est souvent pour beaucoup dans la formation du criminel, de sorte que souvent les parents sont les premiers responsables.
Le gros monsieur, lui, croit qu'après tout l'éducation n'est pas toute-puissante et qu'il est des natures qui sont vouées au mal comme d'autres sont vouées au bien.
Le monsieur du coin se rapproche et parle d'hérédité : "la meilleure éducation ne triomphera jamais des mauvaises dispositions d'un fils d'alcoolique. les trois quarts des assassins sont des enfants d'alcooliques. L'alcoolisme..."
La dame en deuil l'interrompt : [...] elle croit qu'il y aurait moins de crimes si les parents n'étaient pas si faibles.
"On en a jugé un à Perpignan, continue-t-elle ; il avait commencé comme cela : tout petit enfant, un jour, il a pris une petite pelote de fil dans le panier à ouvrage de sa mère ; sa mère l'a vu et ne l'a pas grondé ; alors, quand l'enfant a vu qu'on ne le punissait pas, il a continué : il a volé d'autres personnes et puis, vous comprenez, il a fini par assassiner. On l'a condamné à mort, et voici ce qu'il a dit au pied de l'échafaud." (Elle gonfle sa voix, et mon manteau se couvre de débris de mangeaille:) 'Pèrres et mèrres de famille, j'ai commencé par voler un peloton de fil, et si cette première fois ma mère m'avait puni, vous ne me verriez pas sur l'échafaud aujourd'hui !' Voilà ce qu'il a dit ; et qu'il ne se repentait de rien, sauf d'avoir étranglé dans un berceau un petit enfant qui lui souriait."
Le gros monsieur, qui n'écoute pas plus la dame que celle-ci ne l'écoute, revient à son idée : on ne traite pas assez sévèrement ces gens là : "on n'en fera jamais rien de bon. [...] Ces criminels, ils se plaignent toujours ; rien n'est assez bon pour eux... Je connais l'histoire d'un qui avait été condamné par erreur ; au bout de vingt-sept ans, on l'a fait revenir, parce que le vrai coupable, au moment de mourir, a fait des aveux complets ; alors le fils de celui qu'on avait condamné par erreur a fait le voyage, il a ramené de là-bas son père, et savez-vous ce que celui-ci a dit à son retour ? - Qu'il n'était pas trop mal là-bas. C'est-à-dire, monsieur, qu'il y a bien des honnêtes gens en France qui sont moins heureux qu'eux." [...]
- Ça m'étonne tout de même que le prêtre ait raconté la confession, dit l'autre dame ; ils n'ont pas le droit. Le secret de la confession, c'est sacré.
- Mais, madame, ils étaient plusieurs qui ont entendu cette confession ; quand il s'est vu mourir, qu'est-ce qu'il risquait ? Il a demandé, au contraire, qu'on le répète. Il y a sept ans de cela. Vingt-sept ans après le crime. Vingt-sept ans ! pensez. Et personne ne s'en doutait ; il avait continué à vivre, considéré dans le pays.
- Quel crime avait-il donc commis, demande le monsieur du coin.
- Il avait assassiné une femme."
MOI : Il me semble, monsieur, que cet exemple contredit un peu ce que vous avanciez tout à l'heure.
le gros monsieur devient tout rouge : "Alors vous ne croyez pas ce que je vous raconte ?!
- Mais si ! Mais si ! vous ne me comprenez pas. Je dis simplement que cet exemple prouve que quelquefois un homme peut commettre un crime isolé et ne pas s'enfoncer ensuite dans de nouveaux crimes. Voyez celui-ci : après ce crime il a mené, dites-vous, vingt-sept ans de vie honnête. Si vous l'aviez condamné, il y a de grandes chances pour que vous l'ayez amené à récidiver." [...]
Le second monsieur hausse les épaules et se renfonce dans son coin. La citrouille s'endort.
A Montpellier, le petit gars descend ; et sitôt qu'il est parti, la dame en deuil, qui cependant a achevé son repas et remet dans son panier le reste du saucisson et du pain :
"A voyager comme ça depuis le matin, il doit avoir faim, cet enfant !"
A. Gide, Souvenirs de la cour d'assises (1914), coll. Folio 2€, éd. Gallimard.
Lisez les extraits suivants et indiquez ce qui vous paraît intéressant, et ce qui pourrait, selon vous, être amélioré.
... Cela m'intrigua, je tendis l'oreille pour mieux entendre, et elles disaient :
"- Tu connais pas la nouvelle qui s'est produite chez nous ?"
- Bah non ! Dis-moi tout, tu me fais peur...
- Eh bien voilà : la police à retrouver un cadavre dans le champ de monsieur Maurice. À ce que j'ai entendue, c'est une jeune fille âgée de 12 ans. Les parents sont sous le choc, démoraliser.
Oh mon Dieu ! Mais c'est horrible, comment cela à-t-il pu se produire ? Comment à-t-elle fait pour se retrouver ainsi ?
- Bah vois-tu mon mari est dans la police et je me suis renseigné. Il m'a dit que ses parents lui avaient demander d'aller au boulanger du coin et de revenir ensuite. Mais leur fille ne rentrait pas, pris de panique, ils ont alerter la police.
... Des gens comme ça mériteraient la perpétuité
- Non je pense qu'il faudrait 30 ans de prison sa laisse au prisonnier le temps de changer
- Et s'il recommence 30 ans après
- Dans ce cas, je serais pour la peine de mort pour les récidivistes, car ils ne changeront pas.
Ce matin-là, j'avais rendez-vous avec ma meilleure amie au petit café près de la gare. On s'y retrouvait une fois par semaine, tous les samedis. On discutant en buvant notre café. Je la rejoins, elle me sourit, je lui fais la bise et lui demande si elle va bien. On s'assoie ensuite à notre table habituelle, on commande deux tasses de café à Jacques. Puis elle me dit :
- As-tu entendu parlé du crime près du parc de la Garenne ?
Comme tous les dimanches midi, Jack et Lucas sont au café royal de M. Bap.
"Lucas : tiens, le foot c'est fini tôt aujourd'hui.
Jack : oui c'est vrai tu as raison, tiens, les infos à cette heure-là, c'est bizarre.
Infos : Une jeune fille de 12 ans qui circulait à vélo c'est fait faucher par une voiture. En sortant de chez elle, la jeune fille n'a pas respecter le stop et elle à débouler à toute vitesse sur la route principale alors qu'au même moment une voiture arrivait ; la jeune fille à essayé d'éviter la voiture mais rien n'y a fait, la voiture à percutez la jeune fille qui a voler par-dessus le véhicule...
Préparez la lecture orale de ce texte.
Indiquez la définition des mots suivants :
1. Quels sont deux arguments, dans ce texte, en faveur de la peine de mort ? Résumez-les en une phrase chacun.
2. Quelles réponses Robert Badinter propose-t-il à ces deux arguments ?
3. Relevez différents exemples utilisés. Qu'est-ce que ces exemples tendent à montrer ?
4. Vers la fin du texte, Robert Badinter résume les convictions qui motivent les partisans de la peine de mort. Quelles sont ces deux convictions. Comment y répond-il ?
Trouvez trois exemples d'erreurs judiciaires contemporaines célèbres.
Pour les partisans de la peine de mort, disais-je, la mort du coupable est une exigence de justice. Pour eux, il est en effet des crimes trop atroces pour que leurs auteurs puissent les expier autrement qu'au prix de leur vie.
La mort et la souffrance des victimes, ce terrible malheur, exigeraient comme contrepartie nécessaire, impérative, une autre mort et une autre souffrance. A défaut, déclarait un ministre de la justice récent, l'angoisse et la passion suscitées dans la société par le crime ne seraient pas apaisées. Cela s'appelle, je crois, un sacrifice expiatoire. Et justice, pour les partisans de la peine de mort, ne serait pas faite si à la mort de la victime ne répondait pas, en écho, la mort du coupable.
Soyons clairs. Cela signifie simplement que la loi du talion demeurerait, à travers les millénaires, la loi nécessaire, unique de la justice humaine.
Du malheur et de la souffrance des victimes, j'ai, beaucoup plus que ceux qui s'en réclament, souvent mesuré dans ma vie l'étendue. Que le crime soit le point de rencontre, le lieu géométrique du malheur humain, je le sais mieux que personne. Malheur de la victime elle-même et, au-delà, malheur de ses parents et de ses proches. Malheur aussi des parents du criminel. Malheur enfin, bien souvent, de l'assassin. Oui, le crime est malheur, et il n'y a pas un homme, pas une femme de cœur, de raison, de responsabilité, qui ne souhaite d'abord le combattre.
Mais [...] cette sensibilité et ce combat ne sauraient impliquer la nécessaire mise à mort du coupable. Que les parents et les proches de la victime souhaitent cette mort, par réaction naturelle de l'être humain blessé, je le comprends, je le conçois. Mais c'est une réaction humaine, naturelle. Or tout le progrès historique de la justice a été de dépasser la vengeance privée. Et comment la dépasser, sinon d'abord en refusant la loi du talion ?
La vérité est que, au plus profond des motivations de l'attachement à la peine de mort, on trouve, inavouée le plus souvent, la tentation de l'élimination. Ce qui paraît insupportable à beaucoup, c'est moins la vie du criminel emprisonné que la peur qu'il récidive un jour. Et ils pensent que la seule garantie, à cet égard, est que le criminel soit mis à mort par précaution.
Ainsi, dans cette conception, la justice tuerait moins par vengeance que par prudence. Au-delà de la justice d'expiation, apparaît donc la justice d'élimination, derrière la balance, la guillotine. L'assassin doit mourir tout simplement parce que, ainsi, il ne récidivera pas. Et tout paraît si simple, et tout paraît si juste !
Mais quand on accepte ou quand on prône la justice d'élimination, au nom de la justice, il faut bien savoir dans quelle voie on s'engage. Pour être acceptable, même pour ses partisans, la justice qui tue le criminel doit tuer en connaissance de cause. Notre justice, et c'est son honneur, ne tue pas les déments. Mais elle ne sait pas les identifier à coup sûr, et c'est à l'expertise psychiatrique, la plus aléatoire, la plus incertaine de toutes, que, dans la réalité judiciaire, on va s'en remettre. Que le verdict psychiatrique soit favorable à l'assassin, et il sera épargné. La société acceptera d'assumer le risque qu'il représente sans que quiconque s'en indigne. Mais que le verdict psychiatrique lui soit défavorable, et il sera exécuté.[...]
Enfoui, terré, au cœur même de la justice d'élimination, veille le racisme secret. [...] Je baisse la voix et je me tourne vers vous tous pour rappeler qu'en France même, sur trente-six condamnations à mort définitives prononcées depuis 1945, on compte neuf étrangers, soit 25 p. 100, alors qu'ils ne représentent que 8 p. 100 de la population ; parmi eux cinq Maghrébins, alors qu'ils ne représentent que 2 p. 100 de la population. Depuis 1965, parmi les neuf condamnés à mort exécutés, on compte quatre étrangers, dont trois Maghrébins. Leurs crimes étaient-ils plus odieux que les autres ou bien paraissaient-ils plus graves parce que leurs auteurs, à cet instant, faisaient secrètement horreur ? C'est une interrogation, ce n'est qu'une interrogation, mais elle est si pressante et si lancinante que seule l'abolition peut mettre fin à une interrogation qui nous interpelle avec tant de cruauté.
Il s'agit bien, en définitive, dans l'abolition, d'un choix fondamental, d'une certaine conception de l'homme et de la justice. Ceux qui veulent une justice qui tue, ceux-là sont animés par une double conviction : qu'il existe des hommes totalement coupables, c'est-à-dire des hommes totalement responsables de leurs actes, et qu'il peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité au point de dire que celui-là peut vivre et que celui-là doit mourir.
A cet âge de ma vie, l'une et l'autre affirmations me paraissent également erronées. Aussi terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n'est point d'hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Aussi prudente que soit la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les hommes qui jugent, la justice demeure humaine, donc faillible.
Et je ne parle pas seulement de l'erreur judiciaire absolue, quand, après une exécution, il se révèle, comme cela peut encore arriver, que le condamné à mort était innocent et qu'une société entière - c'est-à-dire nous tous - au nom de laquelle le verdict a été rendu, devient ainsi collectivement coupable puisque sa justice rend possible l'injustice suprême. Je parle aussi de l'incertitude et de la contradiction des décisions rendues qui font que les mêmes accusés, condamnés à mort une première fois, dont la condamnation est cassée pour vice de forme, sont de nouveau jugés et, bien qu'il s'agisse des mêmes faits, échappent, cette fois-ci, à la mort, comme si, en justice, la vie d'un homme se jouait au hasard d'une erreur de plume d'un greffier. Ou bien tels condamnés, pour des crimes moindres, seront exécutés, alors que d'autres, plus coupables, sauveront leur tête à la faveur de la passion de l'audience, du climat ou de l'emportement de tel ou tel. [...]
Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société [...] accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales - celles qui l'ont faite grande et respectée entre toutes - la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c'est l'élimination.
Cette justice d'élimination, cette justice d'angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce qu'elle est pour nous l'anti-justice, parce qu'elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l'humanité.
1. Dans les phrases suivantes, quels mots relient les différentes phrases ou propositions entre elles ?
a) La justice demeure humaine, donc elle est faillible.
b) Leurs crimes paraissent plus graves parce que leurs auteurs font horreur.
c) Tout homme souhaite combattre le crime. Mais ce combat n'implique pas la mise à mort du coupable.
2. A quoi servent ces mots ? Peut-on les échanger les uns avec les autres ?
1. Dans les phrases suivantes, identifiez les liens logiques, et le mot de liaison utilisé.
a) Pour les partisans de la peine de mort, la mort du coupable est une exigence de justice. Pour eux, il est en effet des crimes trop atroces pour que leurs auteurs puissent les expier autrement qu'au prix de leur vie.
b) c'est une réaction humaine, naturelle. Or tout le progrès historique de la justice a été de dépasser la vengeance privée.
c) Je ne parle pas de l'erreur judiciaire, quand, après une exécution, il se révèle que le condamné à mort était innocent et qu'une société entière devient ainsi collectivement coupable.
d) Une société entière devient collectivement coupable, puisque sa justice rend possible l'injustice suprême.
e) Tels condamnés, pour des crimes moindres, seront exécutés, alors que d'autres, plus coupables, sauveront leur tête à la faveur de la passion de l'audience.
f) Les mêmes accusés, condamnés à mort une première fois, sont de nouveau jugés et, bien qu'il s'agisse des mêmes faits, échappent, cette fois-ci, à la mort.
2. Rétablissez, entre les phrases suivantes, les liaisons logiques au moyen de conjonctions de coordination.
Au plus profond des motivations de l'attachement à la peine de mort, on trouve la tentation de l'élimination. Ce qui paraît insupportable à beaucoup, c'est la peur que le criminel récidive un jour. Et ils pensent que la seule garantie est que le criminel soit mis à mort par précaution.
3. Rétablissez, entre les propositions suivantes, les liaisons logiques au moyen de conjonctions de subordinations.
a) Notre justice, et c'est son honneur, ne tue pas les déments. Mais elle ne sait pas les identifier à coup sûr, et c'est à l'expertise psychiatrique, la plus aléatoire, la plus incertaine de toutes, que, dans la réalité judiciaire, on va s'en remettre.
1. Qu'est-ce que les toutes premières images ont de surpenant ?
2. Que deviennent ces images ?
3. En quoi le début du film illustre-t-il parfaitement le principe du suspense ?
4. Quel est le fonctionnement de la justice dans ce monde ?
5. Quelle est la place des policiers dans ce monde ?
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Steven Spielberg, Minority Report, 2002, Fox
Cet extrait de film propose-t-il une vision de la justice séduisante ? Inquiétante ? Justifiez votre opinion.
Connaissances à réviser :