Cette courte séquence est consacrée à l'étude d'une oeuvre cinématographique.
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| Compétences |
1. Dans la première partie, jusqu'au meurtre de Mr Whybrow, qu'est-ce que la narration a de particulier ? Quel est l'effet recherché ?
2. Dans le paragraphe après le meurtre, quel est le temps utilisé ? Pourquoi ?
3. Quelles sont les données du problème qui est donné au lecteur ?
4. Quelle différent entre un récit comme celui-ci et un récit fantastique ?
Proposez une solution possible pour expliquer le 'modus operandi' (mode opératoire, façon d'agir) du meurtrier.
A dix-huit heures, un soir de janvier, Mr. Whybrow rentrait chez lui par le labyrinthe des petites rues de l'East End. Il avait quitté l'atmosphère dorée de High Street qu'il avait atteinte par le tram, venant des quais après le travail quotidien. Il marchait maintenant dans le labyrinthe des ruelles connues sous le nom de Mallon End. [...] Ici, quelques silhouettes errantes et la vie au ralenti. Il était dans le dépotoir de Londres, le dernier refuge des vagabonds d'Europe. […]
Il détourna les yeux des briques noires qui bornaient son horizon et s’imagina cinq cents mètres plus loin. Il voyait une cuisine éclairée au gaz, un feu flambant et le couvert mis pour le thé. Les toasts rôtissaient sur le foyer, la bouilloire chantait à côté, le tout accompagné d'une piquante odeur de hareng ou de haddock, ou peut-être de saucisse. Cette vision donna à ses jambes fatiguées une nouvelle énergie. Il secoua les épaules pour faire glisser les imperceptibles gouttelettes de pluie et se hâta vers la réalité de son rêve.
Mais Mr. Whybrow ne prendrait pas son thé ce soir-là, ni aucun autre soir. Mr. Whybrow allait mourir. Quelque part, à cent mètres de lui, un homme marchait. […] Cet homme n'était pas un mauvais homme. Il était même aimable et fort sociable. Il passait pour respectable, comme la plupart des criminels qui réussissent. Mais dans son esprit malade, l'idée qu'il aimerait tuer quelqu'un s'était fait jour, et il allait le faire, puis il rentrerait chez lui boire son thé. […]
Marchez donc, Mr. Whybrow, marchez, et en avançant jetez un dernier regard sur les formes familières de votre trajet de retour. […] Vous êtes maintenant dans Lagos Street, parmi les abris des émigrés de l'Europe orientale. [...] Derrière ces fenêtres grouille une vie curieuse, dont les formes n'appartiennent ni à Londres ni à l'Angleterre. Cependant, dans son essence, c'est la même vie agréable que vous avez vécue, que vous ne vivrez plus ce soir. Très haut au-dessus de vous, une voix fredonne La Chanson de Katta. A travers une fenêtre, vous apercevez une famille exécutant un rite religieux ; par une autre, vous voyez une femme verser le thé à son mari. Un homme répare ses chaussures; une mère baigne son bébé. Vous avez déjà vu cela, sans le remarquer. Ce soir non plus vous ne remarquez rien. Mais si vous saviez que vous ne le reverrez jamais, vous feriez attention. [...] Finis pour vous ces délicieux moments de votre tâche terrestre; un instant de terreur, puis vous plongerez dans l'obscurité.
Toujours plus près, cette ombre de massacre avance, elle est maintenant à vingt mètres derrière vous. Vous pouvez entendre ses pas, mais vous ne tournez pas la tête. Vous les connaissez. Vous êtes à Londres, en sécurité sur votre territoire. Vous êtes presque chez vous, maintenant. Vous êtes dans votre rue, Gaspar Street, au centre de l'échiquier. Vous pouvez voir la façade de votre petite maison de quatre pièces. La rue est sombre, et les trois becs de gaz qui l'éclairent jettent une lueur si falote qu'elle est plus gênante que l'obscurité. Il fait sombre; la rue est vide. Personne aux alentours. […]
Maintenant, vous voilà devant votre porte. Vous avez trouvé votre clef. Vous voilà chez vous, suspendant votre manteau et votre chapeau. Votre femme vous a crié « bonsoir » de la cuisine; la bonne odeur de harengs fumés sert d'écho à ce salut, et vous lui avez répondu au moment où un petit coup sec fait trembler la porte d'entrée.
Fuyez, Mr. Whybrow, éloignez-vous de cette porte. Ne la touchez pas. Fuyez. Courez avec votre femme jusqu'au fond du jardin, sautez la palissade. Ou bien appelez les voisins. Mais ne touchez pas cette porte ! N'ouvrez pas, Mr. Whybrow. N'ouvrez pas...
Mr. Whybrow ouvrit la porte…
Ce fut le début de ce qu'on appela par la suite « Les horreurs de l'étrangleur de Londres ». Horreurs parce qu'elles étaient plus que des crimes. Elles étaient commises sans motif et prenaient une tournure magique. Chaque meurtre était commis à une heure où les rues étaient vides de tout meurtrier perceptible ou même possible.
C'était des ruelles vides. Un policeman veillait à l'extrémité. Il tournait le dos à la ruelle pendant moins d'une minute, il se retournait, puis courait dans la nuit annoncer un nouvel étranglement. Dans toutes les directions, pas âme qui vive, et aucun rapport possible sur une personne quelconque. Ou il était en faction dans une longue rue tranquille, puis soudain on l'appelait dans une maison où il trouvait morts les habitants qu'il venait de voir vivants. Et toujours personne. Bien que les sifflets de la police créent immédiatement un cordon autour de la zone dangereuse et fouillent toutes les maisons- impossible de trouver le meurtrier.
Les premières nouvelles de la mort de Mr. et Mrs. Whybrow furent rapportées par le sergent policeman. Il avait parcouru Gaspar Street en allant prendre son poste, quand il aperçut la porte du n° 98 ouverte. Jetant un coup d’œil à l'intérieur, il vit, grâce à la lampe du corridor, un corps immobile sur le sol. Ayant regardé d'un peu plus près, il siffla. Quand les policiers lui répondirent, il en prit un avec lui pour fouiller la maison; il envoya les autres surveiller toutes les rues avoisinantes et faire des recherches dans les maisons les plus proches. On interrogea les voisins de gauche et de droite, ceux d'en face, mais ils n'avaient ni vu ni entendu quoi que ce soit. […]
On n'avait vu personne entrer ou sortir, côté rue comme côté jardin, et les cous des personnes assassinées ne révélaient ni traces ni empreintes digitales. On fit venir un neveu pour visiter la maison, mais aucun objet ne manquait. D'abord, son oncle ne possédait rien qui valût la peine d'être volé. Le peu d'argent qu'il y avait à la maison était intact, et l'on ne voyait aucun signe de fouille, de désordre ou de lutte. Rien qu'un meurtre brutal, gratuit. [...] La police, donc, se trouva devant une situation impossible. Pas d'indices du meurtrier, pas de motifs pour les meurtres, rien que le fait qu'ils aient été commis. Les premières nouvelles de l'affaire créèrent un remous dans Londres tout entier et une tension considérable dans Mallon End. Voilà le meurtre de deux personnes innocentes commis ni par cupidité ni par vengeance, et le meurtrier, pour qui, selon toute vraisemblance, tuer était un instinct naturel, était en liberté. Il n'avait pas laissé de traces et s'il n'avait pas de complices, rien ne prouvait qu'il n'allait pas conserver cette liberté.
N'importe quel homme lucide, qui agit seul et ne craint ni Dieu ni homme peut, s'il le veut, tenir une ville, une nation même, sous sa domination. [...]
Bien que les asiles de nuit et les débits de boissons aient été écumés et surveillés et que la police répandit le bruit qu’une forte récompense et protection seraient assurées aux personnes susceptibles d’apporter des informations, on ne put rien découvrir qui se rattachât au cas Whybrow.
Thomas Burke, Les mains de Mr. Ottermole (1931), Anthologie de la littérature policière.
Quelles sont les données de ce problème ?
Au début du roman, un article retrace les évènements d'un inexplicable meurtre survenu quelques jours plus tôt.
"Il était minuit et demi, nous a raconté ce brave homme (?), et je me trouvais dans le laboratoire où travaillait encore M. Stangerson quand l'affaire est arrivée. [...] Mlle Mathilde avait travaillé avec son père jusqu'à minuit; les douze coups de minuit sonnés au coucou du laboratoire, elle s'était levée, avait embrassé M. Stangerson, lui souhaitant une bonne nuit. Elle m'avait dit : « Bonsoir, père Jacques ! » et avait poussé la porte de la « Chambre Jaune ». Nous l'avions entendue qui fermait la porte à clef et poussait le verrou. […] Nous étions donc restés, M. Stangerson et moi, dans le pavillon. […]
Et tout à coup, pendant que le coucou faisait entendre la demie passé minuit, une clameur désespérée partit de la « Chambre Jaune ». C'était la voix de mademoiselle qui criait : « À l'assassin ! À l'assassin ! Au secours ! » Aussitôt des coups de revolver retentirent et il y eut un grand bruit de tables, de meubles renversés, jetés par terre, comme au cours d'une lutte, et encore la voix de mademoiselle qui criait: « À l'assassin !... Au secours !... Papa ! Papa ! »
Vous pensez si nous avons bondi et si M. Stangerson et moi nous nous sommes rués sur la porte. Mais, hélas ! Elle était fermée et bien fermée « à l'intérieur » par les soins de mademoiselle. [...] M. Stangerson frappait des coups terribles contre la porte, et il pleurait de rage et il sanglotait de désespoir et d'impuissance.
C'est alors que j'ai eu une inspiration. L'assassin se sera introduit par la fenêtre, m'écriai-je, je vais à la fenêtre ! Et je suis sorti du pavillon courant comme un insensé !
Le malheur était que la fenêtre de la « Chambre Jaune » donne sur la campagne, de sorte que le mur du parc qui vient aboutir au pavillon m'empêchait de parvenir tout de suite à cette fenêtre. Pour y arriver, il fallait d'abord sortir du parc. Je courus du côté de la grille. […] Cinq minutes plus tard, nous étions, la concierge et moi, devant la fenêtre de la « Chambre Jaune ». Il faisait un beau clair de lune et je vis bien qu'on n'avait pas touché à la fenêtre. Non seulement les barreaux étaient intacts, mais encore les volets, derrière les barreaux, étaient fermés, comme je les avais fermés moi-même, la veille au soir […]. L'assassin n'avait donc pas passé par là et ne pouvait se sauver par là ; mais moi non plus, je ne pouvais entrer par là ! [...]
Nous avons repris notre course, la concierge et moi, et nous sommes revenus au pavillon. La porte tenait toujours, malgré les coups furieux de M. Stangerson et de Bernier. Enfin elle céda sous nos efforts enragés et alors, qu'est-ce que nous avons vu ? [...] Mademoiselle, dans sa chemise de nuit, était par terre, au milieu d'un désordre incroyable. Tables et chaises avaient été renversées montrant qu'il y avait eu là une sérieuse « batterie ». On avait certainement arraché mademoiselle de son lit; elle était pleine de sang avec des marques d'ongles terribles au cou -la chair du cou avait été quasi arrachée par les ongles- et un trou à la tempe droite par lequel coulait un filet de sang qui avait fait une petite mare sur le plancher.
Quand M. Stangerson aperçut sa fille dans un pareil état, il se précipita sur elle en poussant un cri de désespoir que ça faisait pitié à entendre. Il constata que la malheureuse respirait encore et ne s'occupa que d'elle. Quant à nous, nous cherchions l'assassin, le misérable qui avait voulu tuer notre maîtresse, et je vous jure, monsieur, que, si nous l'avions trouvé, nous lui aurions fait mauvais parti. Mais comment expliquer qu'il n'était pas là, qu'il s'était déjà enfui ? Cela dépasse toute imagination. Personne sous le lit, personne derrière les meubles, personne ! […] Par où cet homme était-il passé ? Par où s'était-il évanoui ? N'oubliez pas, monsieur, qu'il n'y a pas de cheminée dans la Chambre Jaune. Il ne pouvait s'être échappé par la porte, qui est très étroite et sur le seuil de laquelle la concierge est entrée avec sa lampe, tandis que le concierge et moi nous cherchions l'assassin dans ce petit carré de chambre où il est impossible de se cacher et où, du reste, nous ne trouvions personne. La porte défoncée et rabattue sur le mur ne pouvait rien dissimuler, et nous nous en sommes assurés. Par la fenêtre restée fermée avec ses volets clos et ses barreaux auxquels on n'avait pas touché, aucune fuite n'avait été possible. Alors ? "
Gaston Leroux, Le mystère de la Chambre Jaune, 1908
1. Comment passe-t-on du présent au passé ?
2. Quelle est la particularité de cette séquence ?
3. Comment, techniquement, cette séquence a-t-elle été réalisée ?
En quoi cette séquence traduit-il le problème posé par le film, et le secret de Mathilde ?
1. Comparez les deux séquences : quelles différences remarquez-vous dans les cadrages utilisés ? Pourquoi ?
2. Dans la suite de l'enquête de Joseph Rouletabille, que fait la caméra ? (19'13-20')
3.
1. Dans la première séquence (66'34-67'08), qui voit ? Pourquoi le mystère est-il inexplicable ?
2. Dans la deuxième séquence (92'50-94'24), qui voit ? Comment le film explique-t-il au spectateur le mystère ?