Sauvages et civilisés

Cette séquence est destinée à faire découvrir aux élèves des textes d'explorateurs

Outils de la langue Ecriture Lecture Oral
Connaissances

Connaître le vocabulaire de la différence (tolérance, ouverture, etc.)

Connaître le vocabulaire emprunté (cacao, etc.)

Connaître le vocabulaire permettant de désigner la couleur rouge

Connaître les récits des grands explorateurs

Connaître les problématiques liées à l'altérité

Compétences

Savoir reconnaître les degrés de l'adjectif

Savoir identifier le vocabulaire valorisant / dévalorisant

Savoir analyser la formation d'un adverbe en -ment

Savoir produire un récit adoptant un point de vue différent sur un évènement connu

Savoir interroger les visées d'une description ou d'un récit

Savoir mettre en scène un débat entre plusieurs points de vue opposés.

Séance 01

Des terres inexplorées

Cette séance est destinée à introduire les enjeux et les difficultés des récits d'exploration

Observation
Carte

Tirée de l'Atlas Miller (vers 1519), parchemin enluminé, BnF, Paris.

Observation

1. a) À quoi les noms qui figurent le long de la côte correspondent-ils ?

b) Qui peutavoir élaboré cette carte ?

2. a) Identifiez les éléments géographiques, la faune et la flore.

b) Que font les hommes ?

3. En quoi le nom du pays est-il en rapport avec les éléments représentés sur la carte ?

4. Quel est l'animal merveilleux représenté ? Où se trouve-t-il ? Pour quelle raison ?

Synthèse

D'après cette carte, quels problèmes se posaient aux explorateurs ?

Portulan

Séance 02

La découverte de l'Hispaniola

Cette séance est consacrée à l'étude des visées du récit de voyage

Lecture

Après les petites îles Caraïbes dans lesquelles il a rencontré des Indiens pour la première fois, Christophe Colomb va explorer l'île d'Hispaniola (l'actuelle île d'Haïti) et celle de Juana (l'actuelle Cuba). Luis de Santangel intendant général d'une province espagnole, est le riche et puissant protecteur qui a financé la moitié du premier voyage de Colomb.

Cette île est, ainsi que toutes les autres, fertile au suprême degré, mais celle-ci plus encore que les autres. Elle a sur la rive de la mer nombre de ports auxquels ceux de la Chrétienté que je connais ne sauraient être comparés, et à foison des fleuves si beaux et si grands que c'est merveille. Les terres de ces îles sont élevées, et on y rencontre beaucoup de sierras et d'immenses montagnes, incomparablement plus hautes que l'île de Ténériffe, toutes magnifiques, de mille formes, toutes accessibles et pleines d'arbres de mille essences, si hauts qu'ils semblent atteindre au ciel, et dont je me suis persuadé qu'ils ne perdent jamais leurs feuilles, selon ce que j'ai pu comprendre, les voyant aussi verts et aussi beaux qu'ils le sont au mois de mai en Espagne. Certains étaient en fleur, d'autres avaient leurs fruits, les autres se trouvaient en un état différent selon leur espèce. Et le rossignol et mille autres sortes d'oiseaux chantaient en ce mois de novembre partout où je suis passé.

Il y a des palmiers de six ou huit essences dont la belle diversité ravit les yeux d'admiration, mais aussi celle des autres arbres, des fruits et des herbes. Il y a là encore des pinèdes en quantité, des campagnes magnifiques et du miel, toutes sortes de volatiles et des fruits fort divers. A l'intérieur des terres, il y a maintes mines de métaux et d'innombrables habitants.

L 'Hispaniola est une merveille: les sierras et les montagnes, les plaines et les vallées, les terres si belles et grasses, bonnes pour planter et semer, pour l'élevage des troupeaux de toutes sortes, pour édifier des villes et des villages. On ne croira pas sans les avoir vus ce que sont ses ports de mer et ses fleuves nombreux, grands, aux bonnes eaux, et dont la plupart charrient de l'or. Pour ce qui est des arbres, des fruits et des plantes, il y a de grandes différences entre eux et ceux de la Juana. Dans l'Hispaniola, on trouve beaucoup d'épices, de grandes mines d'or et d'autres métaux. Les gens de cette île et de toutes les autres que j'ai découvertes ou dont j'ai eu connaissance vont tout nus, hommes et femmes, comme leurs mères les enfantent, quoique quelques femmes se couvrent un seul endroit du corps avec une feuille d'herbe ou un fichu de coton qu'à cet effet elles font. Ils n'ont ni fer, ni acier, ni armes, et ils ne sont point faits pour cela; non qu'ils ne soient bien gaillards et de belle stature, mais parce qu'ils sont prodigieusement craintifs.

Christophe Colomb, « Lettre à Luis de Santangel », (février-mars 1493).

Recherche

1. Trouvez différents indices de la grande richesse de l’île et de sa beauté.

2. Soulignez trois comparaisons entre Hispaniola et les pays que connaît Colomb. Pourquoi Colomb les fait-il ? Que veut-il prouver ?

3. Parmi toutes les richesses naturelles d'Hispaniola, lesquelles devaient séduire le plus Luis de Santangel et les souverains d'Espagne ? Justifiez votre réponse.

4. Quelles informations Colomb donne-t-il sur l'apparence physique et sur le caractère des indigènes ? Quelle est leur importance ?

5. Rappelez qui est le destinataire de la lettre. Qu'est-ce que ce personnage attend des découvertes de Colomb ?

Synthèse

Dans quel but C. Colomb fait-il une description si enthousiaste du pays qu’il a découvert ?

Prolongement

1. Remplacez "des arbres de mille essences" par "un arbre" et faites tous les changements nécessaires.

Les terres de ces îles sont élevées, et on y rencontre des arbres de mille essences, si hauts qu'ils semblent atteindre au ciel, et dont je me suis persuadé qu'ils ne perdent jamais leurs feuilles, selon ce que j'ai pu comprendre, les voyant aussi verts et aussi beaux qu'ils le sont au mois de mai en Espagne.

2. Remplacez "les gens" par "la population" et faites tous les changements nécessaires.

Les gens de cette île vont tout nus, quoique quelques femmes se couvrent un seul endroit du corps avec une feuille d'herbe ou un fichu de coton qu'à cet effet elles font. Ils n'ont ni fer, ni acier, ni armes, et ils ne sont point faits pour cela; non qu'ils ne soient bien portants, mais parce qu'ils sont prodigieusement craintifs.

Evaluation

Dictée

Séance 04

De surprenants indigènes

Cette séance est destinée à mettre en évidence les réactions des explorateurs

Lecture
I

« Dans cette île de la Guadeloupe [...] personne ne se soucie d'amasser quoi que ce soit et de l'or pas davantage, dont je sais qu'il y en a plus que je ne le disais ou que je ne l'ai écrit dans ma lettre. Cela provient de ce que tous les gens de cette terre sont nus, sans avoir de biens propres et n'attachent d'importance qu'à leur nourriture; de tout le reste ils font peu de cas, et n'en recueillent que pour leur entretien. Je crois que s'ils commençaient à recevoir quelque chose, ils travailleraient pour un salaire, car ils sont avides outre mesure, et c'est pourquoi ils se mettraient à amasser tout ce dont ils pourraient croire qu'ils tireraient un prix; [...] je vois qu'il n'est pas bon pour l'instant qu'ils sachent que nous désirons quelque chose et en particulier de l'or, car bien qu'ils donnent celui qu'ils ont pour presque rien, ils sauraient bien changer d'avis et le vendre cher si on leur en laissait la possibilité; et c'est pourquoi on le recueillera , pour Vos Altesses dans toutes les mines qui sont nombreuses. » Christophe Colomb, Deuxième voyage, 1494-1496.

II

« Les hommes comme les femmes et les enfants, non seulement sans cacher aucune partie de leur corps, mais aussi sans en montrer aucun signe d'en avoir honte ni vergogne, demeurent et vont habituellement aussi nus qu'ils sortent du ventre de leur mère. [...] Je soutiens que les toilettes, les fards, les fausses perruques, les cheveux tressés, les cols fraisés, les jupons, les robes sur robes et autres infinies bagatelles avec lesquelles les femmes et les filles de chez nous se déguisent et dont elles n'ont jamais assez, sont, sans comparaison, causent de plus de maux que n'est la nudité habituelle des femmes indigènes, qui cependant ne sont pas moins belles que les autres. [. ..] Et plût à Dieu, pour mettre fin à ce sujet, que chacun de nous s'habillât modestement, plus selon les convenances et la nécessité que pour la gloire et les mondanités. » Jean de Léry, Voyage en terre de Brésil, 1578.

Recherche

1. Relevez les expressions qui désignent les indigènes.

2. Relevez deux adjectifs qui caractérisent les indigènes dans l'un et l'autre texte. L’un des ces adjectifs est valorisant ; l’autre est dévalorisant. Précisez quel adjectif est valorisant et quel adjectif est dévalorisant.

3. Dans le texte de Jean de Lery, relevez plusieurs expressions dévalorisantes. Sur quoi ces expressions dévalorisantes portent-elles ?

4. Qu’est-ce qui intéresse chacun des locuteurs ? A quelle conclusion chacun d’entre eux aboutit-il ?

Synthèse

Quel est le jugement porté sur les indiens par chacun des locuteurs ? L’un des deux textes tire une leçon des différences entre européens et indiens ; lequel ? A qui donne-t-il l’avantage ?

Séance 03

Deux points de vue sur l'arrivée des Européens

Cette séance est consacrée à une étude de l'image

  • Observation : Deux points de vue sur l'arrivée des Européens (travail individuel)
Observation

John Vanderlyn, 1847, Architect of the Capitol (source : wikimedia commons)

Albert Bierstadt, 1893, Plainfield, New Jersey (source : wikimedia commons)

Pour chacun des deux tableaux, répondez aux questions suivantes.

1. Quelles sont les attitudes des Européens ?

2. Quelle est l'attitude des indigènes ?

3. Qu'est-ce qui est au centre du tableau ?

4. Quelle est l'attitude de Colomb ? Comment est-il représenté par rapport aux autres ?

5. Quel sentiment est suggéré par le tableau ? Justifiez votre réponse ?

Séance 05

Les indiens sont-ils des êtres humains ?

Cette séance est consacrée à l'étude d'un dialogue argumentatif

  • Lecture : Un débat sur les indiens (travail individuel)
  • Recherche : Le dialogue et les arguments (travail à deux)
  • Synthèse : La relativité des coutumes (travail collectif)
Lecture

En 1550, des représentants de l'Église catholique se réunissent à Valladolid, en Espagne, pour décider du sort que l'on doit réserver aux Indiens. Dans ce dialogue, le moine Las Casas, qui plaide pour qu'on les respecte, s’oppose à l'inquisiteur Sépulvéda qui accumule les preuves de leur sauvagerie.

Les indiens sont-ils des êtres humains ?

Sépulvéda prend une liasse de feuillets et commence une lecture faite à voix plate, comme un compte rendu précis, indiscutable :

« Ils ignorent l'usage du métal, des armes à feu et de la roue. Ils portent leurs fardeaux sur leur dos, comme des bêtes, pendant de longs parcours. Leur nourriture est détestable, semblable à celle des animaux. Ils se peignent grossièrement le corps et adorent des idoles affreuses. Je ne reviens pas sur les sacrifices humains, qui sont la marque la plus haïssable, la plus offensante à Dieu, de leur état. »

Las Casas ne parle pas pour le moment. Il se contente de prendre quelques notes. Tout cela ne le surprend pas.

« J'ajoute qu'on les décrit stupides comme nos enfants ou nos idiots. Ils changent très fréquemment de femmes, ce qui est un signe très vrai de sauvagerie. Ils ignorent de toute évidence la noblesse et l'élévation du beau sacrement du mariage. Ils sont timides et lâches à la guerre. Ils ignorent aussi la nature de l'argent et n'ont aucune idée de la valeur respective des choses. Par exemple, ils échangeaient contre de l'or le verre cassé des barils.

-Eh bien? s'écrie Las Casas. Parce qu'ils n'adorent pas l'or et l'argent au point de leur sacrifier corps et âme, est-ce une raison pour les traiter de bêtes ? N'est-ce pas plutôt le contraire ?

-Vous déviez ma pensée, répond le philosophe.

-Et pourquoi jugez-vous leur nourriture détestable ? Y avez-vous goûté ? N'est-ce pas plutôt à eux de dire ce qui leur semble bon ou moins bon ? Parce qu'une nourriture est différente de la nôtre, doit-on la trouver répugnante ?

-Ils mangent des oeufs de fourmi, des tripes d'oiseaux...

-Nous mangeons des tripes de porc ! Et des escargots !

-Ils se sont jetés sur le vin, dit Sépulvéda, au point, dans bien des cas, d'y laisser leur peu de raison.

-Et nous avons tout fait pour les y encourager ! Mais ne vous a-t-on pas appris, d'un autre côté, qu'ils cultivent des fruits et des légumes qui jusqu'ici nous étaient inconnus ? Et que certains de leurs tubercules sont délicieux ? Vous dites qu'ils portent leurs fardeaux sur le dos: ignorez-vous que la nature ne leur a donné aucun animal qui pût le faire à leur place ? Quant à se peindre grossièrement le corps, qu'en savez- vous ? Que signifie le mot grossier ? »

Jean-Claude Carrière, La Controverse de Valladolid, 1992.

Recherche

1. Quel est le sens de ce mot (« controverse ») ? Cherchez le plus possible de mots ayant un sens voisin.

2. Relevez les expressions qui montrent les sentiments de Sépulvéda pour les Indiens. Ces expressions sont-elles valorisantes ou dévalorisantes ?

3. Relevez dans un tableau les différents arguments de Sépulvéda, et les contre-arguments que Las Casas lui oppose.

Arguments de Sépulvéda Contre-arguments de Las Casas

4. Observez les paroles des deux hommes. Quel type de phrase est utilisé par chacun ? Pourquoi ?

5. Relevez deux phrases où Las Casas critique nettement l'attitude des conquistadores.

6. Dans les deux phrases soulignées, indiquez a) de quelle qualité Las Casas fait preuve ; b) ce qu’il cherche à faire comprendre.

Synthèse

D’après ce dialogue, quelles ont été les deux principales réactions des européens face aux indiens ?

Evaluation

Ecriture

Cette évaluation est destinée à faire écrire un dialogue argumentatif par les élèves.

Ecriture

Suite aux actions commises par les européens, deux indiens s'interrogent et discutent entre eux : est-ce que les européens sont des êtres humains ? Imaginez et écrivez leur débat.

Votre texte commencera par une description d'un endroit où les deux indiens se retrouvent.

Puis il racontera leur rencontre.

Enfin, il présentera leur dialogue. Chaque indien utilisera au moins deux arguments.

Barême

Présentation du texte

Respect de la présentation (paragraphes, dialogue)

... / 2 pts

Contenu du texte

Description d'un lieu

Intérêt de la rencontre

Intérêt du dialogue

Justesse des arguments

... / 10 pts

Maîtrise de la langue

Orthographe

Syntaxe

Ponctuation

.../ 8 pts