Les femmes dans la tragédie

Objet d'étude : La tragédie et la comédie au XVIIème siècle : le classicisme

Problématique générale : Quelle est la place de la femme dans l'univers de la tragédie ?

Corpus :

Euripide, Médée

Corneille, Médée

Racine, Iphigénie, Andromaque, Phèdre, Bérénice.

Jean Anouilh, Antigone.

Jean Giraudoux, Electre.

Wajdi Mouawad, Incendies.

Hisoire des arts : Delacroix (Médée), Cabanel (Phèdre)

Progression :

1. Les personnages tragiques. Définition de la tragédie par le rang et l'inspiration.

2. Les situations tragiques. Les héroïnes dolentes.

3. Le monologue tragique. Le lyrisme de la tragédie.

4. Médée. Histoire des arts. L'excès. Le monstre.

5. Les imprécations de Camille. Le héros cornélien, entre la gloire et l'honneur. Un autre monstre ?

6. Les bienséances et la vraisemblance. L'héroïne sacrifiée. Classicisme et baroque.

7. La tragique contemporain. Incendies.

Seance 01

L'univers de la tragédie

Cette séance est destinée à définir le genre tragique

Oral
L'univers tragique

1. Quand utilise-t-on aujourd'hui le mot tragédie dans les médias ? Quelle différence entre tragédie, drame, accident ou crime ?

2. Peut-il y avoir des héros dans une tragédie ?

3. Quelle est la définition littéraire de la tragédie ?

4. Cherchez dans un dictionnaire le mot grec 'hybris' (parfois aussi écrit 'ubris') et 'catharsis'.

5. Quels sont les 'héros' tragiques les plus connus ? Résumez leur histoire.

Prolongement

Distinguez les pièces ci-contre, suivant qu'elles relèvent de la tragédie ou de la comédie. Vous justifierez vos réponses.

Horace

Personnages

Tulle, roi de Rome.

Le vieil Horace, chevalier romain.

Horace, son fils.

Curiace, gentilhomme d’Albe, amant de Camille.

Valère, chevalier romain, amoureux de Camille.

Sabine, femme d’Horace, et sœur de Curiace.

Camille, amante de Curiace, et sœur d’Horace.

Julie, dame romaine, confidente de Sabine et de Camille.

Flavian, soldat de l’armée d’Albe.

Procule, soldat de l’armée de Rome.

La scène est à Rome, dans une salle de la maison d’Horace.

P. Corneille, Horace, 1639

Le Menteur

Personnages

Géronte, père de Dorante.

Dorante, fils de Géronte.

Alcippe, ami de Dorante et amant de Clarice.

Philiste, ami de Dorante et d’Alcippe.

Clarice, maîtresse d’Alcippe.

Lucrèce, amie de Clarice.

Isabelle, suivante de Clarice.

Sabine, femme de chambre de Lucrèce.

Cliton, valet de Dorante.

Lycas, valet d’Alcippe.

La scène est à Paris.

P. Corneille, Le Menteur, 1644

Andromaque

Personnages

Andromaque, veuve d’Hector, captive de Pyrrhus.

Pyrrhus, fils d’Achille, roi d’Épire.

Oreste, fils d’Agamemnon.

Hermione, fille d’Hélène, accordée avec Pyrrhus.

Pylade, ami d’Oreste.

Cléone, confidente d’Hermione.

Céphise, confidente d’Andromaque.

Phœnix, gouverneur d’Achille, et ensuite de Pyrrhus.

Suite d’Oreste.

La scène est à Buthrot, ville d’Épire, dans une salle du palais de Pyrrhus.

J. Racine, Andromaque, 1667.

Les Plaideurs

Personnages

Dandin, juge.

Léandre, fils de Dandin.

Chicanneau, bourgeois.

Isabelle, fille de Chicanneau.

La Comtesse.

Petit Jean, portier.

L'Intimé, secrétaire.

Le Souffleur.

La scène est dans une ville de Basse-Normandie.

J. Racine, Les Plaideurs, 1668.

Notion
La tragédie et la comédie classiques

Seance 02

Le conflit tragique

Cette séance est consacrée à l'étude du conflit dans l'univers de la tragédie

Analyse

1. Comment le spectateur découvre-t-il ces personnages féminins ?

2. Dans quelle situation se trouve chacun des personnages féminins ?

3. Quels sont les éléments du conflit dans lequel chacun des personnages féminins est pris ?

4. Par quels procédés l'émotion des personnages féminins est-elle représentée dans ces oeuvres ?

Pistes

Notion : Le conflit tragique
Invention

Junie raconte à une amie cette nuit terrifiante. Qu'a-t-elle vu, entendu, pensé, éprouvé ?

Imaginez et écrivez un dialogue dramatique.

Texte A

Néron, empereur de Rome, cherche à se libérer de l'influence de ses précepteurs et de sa mère. Il fait enlever de nuit Junie, la fiancée de son demi-frère, pour éliminer ce dernier. Ému par Junie, l'empereur confie son trouble à son confident Narcisse.

Néron

Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux.

Narcisse

Vous ?

Néron

Depuis un moment, mais pour toute ma vie,

J'aime, que dis-je, aimer? j'idolâtre Junie!

Narcisse

Vous l'aimez ?

Néron

Excité d'un désir curieux,

Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,

Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,

Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,

Belle, sans ornements, dans le simple appareil

D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.

Que veux-tu? Je ne sais si cette négligence,

Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,

Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,

Relevaient de ses yeux les timides douceurs,

Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,

J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue:

Immobile, saisi d'un long étonnement,

Je l'ai laissé passer dans son appartement.

J'ai passé dans le mien. C'est là que, solitaire,

De son image en vain j'ai voulu me distraire.

Trop présente à mes yeux je croyais lui parler,

J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.

Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce;

J'employais les soupirs, et même la menace.

Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,

Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour. [...]

Quoi, Narcisse? tandis qu'il n'est point de Romaine

Que mon amour n'honore et ne rende plus vaine,

Qui dès qu'à ses regards elle ose se fier,

Sur le cœur de César ne les vienne essayer,

Seule dans son palais la modeste Junie

Regarde leurs honneurs comme une ignominie,

Fuit, et ne daigne pas peut-être s'informer

Si César est aimable ou bien s'il sait aimer?

J. Racine, Britannicus, 1669.

Texte B

Titus, empereur de Rome, doit se séparer de Bérénice, car les Romains refusent une reine étrangère. Dans cet extrait, Titus avoue enfin à Bérénice son devoir : "il ne s'agit plus de vivre, il faut régner."

Bérénice

Eh bien ! régnez, cruel, contentez votre gloire :

Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire,

Que cette même bouche, après mille serments

D'un amour qui devait unir tous nos moments,

Cette bouche, à mes yeux s'avouant infidèle,

M'ordonnât elle-même une absence éternelle.

Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu.

Je n'écoute plus rien, et pour jamais: adieu...

Pour jamais ! Ah, Seigneur! songez-vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse,

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !

L’ingrat, de mon départ consolé par avance,

Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?

Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.

Titus

Je n’aurai pas, Madame, à compter tant de jours.

J’espère que bientôt la triste Renommée

Vous fera confesser que vous étiez aimée.

Vous verrez que Titus n’a pu, sans expirer...

Bérénice

Ah Seigneur! s’il est vrai, pourquoi nous séparer ?

J. Racine, Bérénice, IV, 5, 1670.

Document C

Phèdre est l'épouse de Thésée. Mais elle aime en secret le fils de ce dernier, Hippolyte ; seule la nourrice de Phèdre connaît le secret.

A. Cabanel, Phèdre, 1880.

Seance 05

Un monologue tragique

Cette séance est consacrée à l'étude d'un monologue et de sa fonction dans la tragédie

Lecture
Notes

1. Le cruel : Pyrrhus.

2. Alarmes : inquiétudes.

3. Pyrrhus est en train d'épouser Andromaque.

Oral

Le personnage d'Hermione vous paraît-il émouvant ?

Pistes

Recherche

1. Quels sentiments Hermione éprouve-t-elle pour Pyrrhus, à travers ce monologue ? Distinguez différents mouvements.

2. Avec quelles expressions Hermione décrit-elle Pyrrhus ?

3. Quels arguments Hermione utilise-t-elle pour justifier son propre comportement ?

4. Quelle image Hermione donne-t-elle d'elle-même ?

Pyrrhus, roi d'Epire, fils d'Achille, est fiancé à la princesse grecque Hermione. Mais il tombe amoureux de sa captive, Andromaque, veuve d'Hector, et se prépare à l'épouser. Hermione, folle de jalousie, demande à Oreste, qui l'aime, de tuer Pyrrhus. Oreste parti, elle attend.

Hermione, seule.

Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?

Errante et sans dessein je cours dans ce palais.

Ah ! ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ?

Le cruel1 ! de quel oeil il m’a congédiée !

Sans pitié, sans douleur au moins étudiée !

L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?

En ai-je pu tirer un seul gémissement ?

Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes2,

Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ?

Et je le plains encore ! Et pour comble d’ennui,

Mon cœur, mon lâche cœur s’intéresse pour lui !

Je tremble au seul penser du coup qui le menace !

Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce !

Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux :

Qu’il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous.

Le perfide triomphe et se rit de ma rage :

Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;

Il croit que toujours faible et d’un cœur incertain,

Je parerai d’un bras les coups de l’autre main.

Il juge encor de moi par mes bontés passées.

Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées :

Triomphant dans le temple3, il ne s’informe pas

Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.

Il me laisse, l’ingrat, cet embarras funeste.

Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste.

Qu’il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,

Et puisqu’il m’a forcée enfin à le vouloir...

À le vouloir ? Hé quoi ? c’est donc moi qui l’ordonne ?

Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ?

Ce prince, dont mon cœur se faisait autrefois

Avec tant de plaisir redire les exploits,

À qui même en secret je m’étais destinée

Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée,

Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’États,

Que pour venir si loin préparer son trépas ?

L’assassiner ? le perdre ? Ah ! devant qu’il expire...

J. Racine, Andromaque, V, 1, 1667.

Synthèse

1. En quoi Hermione est-elle un personnage tragique ?

2. Selon vous, quelle est l'utilité de ce monologue ?

Prolongement

1. Selon vous, comment ce monologue doit-il être joué ? Ecrivez un bref texte pour indiquer ce que vous diriez à un acteur qui va interpréter ce monologue.

2. Entrainez-vous à lire ce monologue en veillant à la prosodie et aux intonations.

Seance 06

Médée

Cette séance est destinée à étudier un mythe tragique

Observation

1. Médée est-elle présentée comme une reine ?

2. Dans quelle situation se trouve-t-elle ?

3. Comment la composition met-elle en valeur la relation entre cette mère et ses enfants ?

4. A quels indices voit-on que l'héroïne est divisée ?

Esquisse peinte pour Médée, E. Delacroix.

Synthèse

Dans quelle mesure Médée vous paraît-elle être une héroïne tragique ?

Médée, fille du roi de Colchide et magicienne, aide Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’Or, avant de s’enfuir avec eux. Par amour pour Jason, elle est amenée à commettre des crimes atroces : son frère, qui les poursuivait, est découpé en morceaux, et le tyran Pélias, qui avait envoyé Jason chercher la Toison d’Or, est mis à bouillir par ses propres filles. Mais Jason accepte la proposition du roi de Corinthe, Créon, d'épouser sa fille Créuse et répudie Médée. Celle-ci offre une tunique empoisonnée à sa rivale et se venge de Jason en tuant leurs deux enfants.

E. Delacroix, Médée furieuse, 1838.

Seance 07

L'honneur et la révolte

Cette séance est destinée à étudier la tragédie telle qu'elle est représentée par P. Corneille

Oral

* Didascalies ajoutées après coup par l'auteur.

Recherche

1. Comment ce dialogue met-il en scène la rupture des liens familiaux ?

2. Comment s'exprime la fureur vengeresse de Camille ?

3. En quoi ces deux personnages incarnent-ils des valeurs opposées et problématiques ?

Pistes

L'action prend place dans l'Antiquité. Horace, un Romain, et Curiace, un Albain, sont amis et amoureux chacun de la soeur de l'autre. Mais leur cité respective, Rome et Albe, sont en lutte. Chaque ville se choisit trois champions qui devront se battre à mort : pour Rome, ce seront Horace et ses frères ; pour Albe, Curiace et ses frères. Au terme d'un combat difficile, Horace parvient à tuer tous les Curiaces. Rome triomphe donc. Mais Camille, soeur d'Horace, n'accepte pas la mort de son amant.

Horace

Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,

Ne me fais plus rougir d’entendre tes soupirs ;

Tes flammes désormais doivent être étouffées ;

Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées :

Qu’ils soient dorénavant ton unique entretien.

Camille

Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien ;

Et si tu veux enfin que je t’ouvre mon âme,

Rends-moi mon Curiace, ou laisse agir ma flamme :

Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort ;

Je l’adorais vivant, et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l’avais laissée ;

Tu ne revois en moi qu’une amante offensée,

Qui comme une furie attachée à tes pas,

Te veut incessamment reprocher son trépas.

Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes,

Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes,

Et que jusques au ciel élevant tes exploits,

Moi-même je le tue une seconde fois !

Puissent tant de malheurs accompagner ta vie,

Que tu tombes au point de me porter envie ;

Et toi, bientôt souiller par quelque lâcheté

Cette gloire si chère à ta brutalité !

Horace

Ô ciel ! Qui vit jamais une pareille rage !

Crois-tu donc que je sois insensible à l’outrage,

Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ?

Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,

Et préfère du moins au souvenir d’un homme

Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.

Camille

Rome, l’unique objet de mon ressentiment !

Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant !

Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !

Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore !

Puissent tous ses voisins ensemble conjurés

Saper ses fondements encor mal assurés !

Et si ce n’est assez de toute l’Italie,

Que l’orient contre elle à l’occident s’allie ;

Que cent peuples unis des bouts de l’univers

Passent pour la détruire et les monts et les mers !

Qu’elle-même sur soi renverse ses murailles,

Et de ses propres mains déchire ses entrailles !

Que le courroux du ciel allumé par mes vœux

Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !

Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,

Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,

Voir le dernier Romain à son dernier soupir,

Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !

Horace, mettant la main à l'épée et poursuivant sa soeur qui s'enfuit *.

C’est trop, ma patience à la raison fait place ;

Va dedans les enfers plaindre ton Curiace.

Camille, blessée derrière le théâtre *.

Ah ! Traître !

Horace, revenant sur le théâtre *.

Ainsi reçoive un châtiment soudain

Quiconque ose pleurer un ennemi romain !

P. Corneille, Horace, IV, 5, 1640.

Prolongement

Ecrivez la lettre qu'un metteur en scène écrirait à ses comédiens, ainsi qu'au décorateur et au costumier, pour leur expliquer comment il imagine la représentation de ce dialogue : les décors, les costumes, le jeu des acteurs.

Vous veillerez à préciser et à justifier la façon dont chaque personnage est envisagé : Horace est-il inhumain ? sensible ? admirable ? odieux ? généreux ? égoïste ? Camille est-elle violente ? triste ? haineuse ? aimante ? méprisable ? digne de compassion ? Dans toutes vos considérations, vous prendrez en compte l'effet produit sur le spectateur. Enfin, vous serez attentifs à bien préciser si le metteur en scène veut respecter les règles et l'esprit de la tragédie classique, ou au contraire les transgresser, et pour quelle(s) raison(s).

Seance 08

L'obscène

Cette séance est consacrée au traitement de la violence par le théâtre

Oral

Selon vous, d'où vient le mot 'obscène' ?

Analyse

1. De quelles époques datent chacune des tragédies évoquées dans ce corpus ?

2. Comment le personnage féminin est-il traité dans les trois tragédies évoquées ?

3. Comment chacun des tragédies représente-t-elle la violence ?

4. Quel effet chacune de ces tragédies recherche-t-elle sur le spectateur ?

Notion : La vraisemblance et les bienséances
Prolongement

Sur le récit de Racine :

a. Dans quelle mesure ce dénouement est-il surprenant dans une tragédie classique ?

b. Pourquoi Racine choisit-il un récit ?

c. Quels procédés font de ce récit une hypotypose (description si détaillée qu'on croit la voir) ?

d. En quoi le choix des paroles rapportées accentue-t-il le pathétique et le tragique ?

Document A

Le sacrifice d'Iphigénie, fille du roi Agamemnon, est l'un des épisodes les plus connus de la guerre de Troie. Les Grecs, dont la flotte est réunie à Aulis, se préparent à partir pour la guerre. Or les vents ne sont pas favorables. Calchas expose la volonté des dieux : ces derniers exigent le sacrifice d'Iphigénie. Dans sa tragédie, Euripide opte pour un dénouement miraculeux : la déesse Diane intervient en faveur de la jeune fille et lui subsitue au dernier instant une jeune biche.

Le Sacrifice d'Iphigénie, fresque de Pompéi, Ier s., musée national d'Archéologie, Naples.

Document B

Dans cette tragédie sanglante attribuée à Shakespeare, Tamora, qui va devenir impératrice de Rome, cherche à se venger du général romain Titus Andronicus. La fille de Titus, Lavinia, est enlevée, violée et mutilée par les fils de la reine, Démétrius et Chiron. Titus se vengera en les égorgeant sur scène, puis en faisant manger leur chair à Tamora.

Une autre partie de la forêt.

Entrent Démétrius et Chiron, amenant Lavinia violée, les mains et la langue coupées.

Démétrius

Bon ! Maintenant va dire, si ta langue peut parler, qui t’a coupé la langue et qui t’a violée.

Chiron

Ecris ta pensée, explique ton idée ; et si tes moignons te le permettent, joue de l’écritoire.

Démétrius, à Chiron.

Vois, comme avec des signes et des gestes elle peut encore griffonner !

Chiron

Rentre, demande de l’eau de senteur, et lave-toi les mains.

Démétrius

Elle n’a plus de langue pour demander, ni de mains à laver ! Et sur ce laissons-la à ses silencieuses promenades.

Chiron

Si c’était là mon cas, j’irais me pendre !

Démétrius

Oui, si tu avais des mains pour t’aider à attacher la corde.

Sortent Démétrius et Chiron.

Entre Marcus.

Marcus

Qui est là ? Est-ce ma nièce qui s’enfuit si vite ? Nièce, un mot... Où est votre mari ? Si je rêve, que ne puis-je, pour tout ce que je possède, être réveillé ! Si je suis éveillé, que quelque planète me renverse contre terre et me fasse dormir d’un éternel sommeil !... Parle, gentille nièce, quelles mains atrocement cruelles t’ont mutilée et dépecée ? Quelles mains ont dépouillé ton corps de ses deux branches, de ces douces guirlandes, dans le cercle ombré desquelles des rois ont ambitionné de dormir, impuissants qu’ils étaient à conquérir un bonheur aussi grand que la moitié seulement de ton amour ?... Pourquoi ne me réponds-tu pas ? Hélas ! un flot cramoisi de sang chaud, pareil à une source qui bouillonne agitée par le vent, jaillit et s’écoule entre les lèvres rosées, suivant le va-et-vient de ton haleine embaumée ! Mais, sûrement, quelque Térée t’a déflorée, et, pour t’empêcher de le dénoncer, t’a coupé la langue. Ah ! voilà que tu détournes la face par confusion !

W. Shakespeare, Titus Andronicus, II, 4, 1593-1594, trad. de F. V. Hugo.

Document C

Iphigénie est appelée à Aulis par son père Agamemnon. Là, elle pense épouser son amant Achille. Cependant, Agamemnon apprend à Iphigénie que les dieux exigent son sacrifice. Au nom de la piété filiale, elle accepte la mort. Achille se révolte contre le sacrifice de son amante. Cependant, Eriphile, une jeune femme amoureuse d'Achille, se réjouit de la mort d'Iphigénie, et cherche à presser le sacrifice. Dans l'ultime scène, Ulysse raconte le sacrifice à Clytemnestre.

Clytemnestre

Ma fille ! Ah, Prince ! Ô ciel ! Je demeure éperdue.

Quel miracle, Seigneur, quel dieu me l'a rendue ?

Ulysse

Vous m'en voyez moi-même, en cet heureux moment,

Saisi d'horreur, de joie et de ravissement.

Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce.

Déjà de tout le camp la Discorde maîtresse

Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal,

Et donné du combat le funeste signal.

De ce spectacle affreux votre fille alarmée

Voyait pour elle Achille, et contre elle l'armée.

Mais, quoique seul pour elle, Achille furieux

Épouvantait l'armée et partageait les dieux.

Déjà de traits en l'air s'élevait un nuage ;

Déjà coulait le sang, prémices du carnage.

Entre les deux partis Calchas s'est avancé,

L'œil farouche, l'air sombre et le poil hérissé,

Terrible, et plein du dieu qui l'agitait sans doute :

« Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu'on m'écoute.

Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix

M'explique son oracle, et m'instruit de son choix.

Un autre sang d'Hélène, une autre Iphigénie

Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie.

Thésée avec Hélène uni secrètement

Fit succéder l'hymen à son enlèvement.

Une fille en sortit, que sa mère a celée ;

Du nom d'Iphigénie elle fut appelée. [...]

Je vis moi-même alors ce fruit de leurs amours ;

D'un sinistre avenir je menaçai ses jours.

Sous un nom emprunté sa noire destinée

Et ses propres fureurs ici l'ont amenée.

Elle me voit, m'entend, elle est devant vos yeux,

Et c'est elle, en un mot, que demandent les dieux. »

Ainsi parle Calchas. Tout le camp immobile

L'écoute avec frayeur, et regarde Ériphile. [...]

Elle était à l'autel, et peut-être en son cœur

Du fatal sacrifice accusait la lenteur.

Elle-même tantôt, d'une course subite,

Était venue aux Grecs annoncer votre fuite.

On admire en secret sa naissance et son sort.

Mais puisque Troie enfin est le prix de sa mort,

L'armée à haute voix se déclare contre elle,

Et prononce à Calchas sa sentence mortelle.

Déjà pour la saisir Calchas lève le bras :

« Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas.

Le sang de ces héros dont tu me fais descendre

Sans tes profanes mains saura bien se répandre. »

Furieuse, elle vole, et sur l'autel prochain,

Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein.

À peine son sang coule et fait rougir la terre,

Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre,

Les vents agitent l'air d'heureux frémissements,

Et la mer leur répond par ses mugissements.

La rive au loin gémit, blanchissante d'écume.

La flamme du bûcher d'elle-même s'allume.

Le ciel brille d'éclairs, s'entr'ouvre, et parmi nous

Jette une sainte horreur qui nous rassure tous.

J. Racine, Iphigénie, V, 6, 1674.

Seance 09

Incendies

Cette séance est destinée à étudier le tragique contemporain

Observation

Evaluation

La tragédie

Cette évaluation est destinée à vérifier la compréhension de la tragédie par les élèves

Observation