Objet d'étude : Le roman et la nouvelle au XIXème siècle : réalisme et naturalisme
Problématique générale : Comment peindre la réalité ? L'art doit- elle créer une réalité supérieure à la réalité ordinaire, ou bien dévoiler les beautés inconnues de la réalité ordinaire ?
Corpus :
- Edgar Allan Poe, Le Portrait Ovale (insister sur les deux lectures possibles ; le registre fantastique et le registre réaliste) (art = vampirisation de la réalité)
- Le mythe de Pygmalion (art = création d'une réalité supérieure)
- Photographies de Roger Fenton, Robert Adamson, David O. Hill, Thomas Annan, Charles Nègre, les grandes enquêtes sociales des années 1890 (cités dans Quentin, Bajac, L'image révélée, l'invention de la photographie, coll. Découvertes Gallimard, éd. Gallimard)
- Zola, un texte programme, une préface insistant sur le côté 'scientifique' de l'art du romancier (art = exploration, enquête, étude de la réalité)
- Henri Bergson, Le rire (l'art est une façon de vraiment percevoir la réalité)
- Villiers de l'Isle- Adam, L'Eve Future (concurrence art / réalité au profit de l'art)
- Honoré de Balzac, un extrait d'Illusions Perdues (l'art transformé en marchandise par la réalité)
- Alfred de Vigny, Réflexions sur la vérité dans l'art (préface de Cinq- Mars).
Déroulement :
1. Qui raconte ?
2. Où et quand se passe l'action ?
3. Combien de temps dure l'action ?
4. Que se passe- t- il ?
5. La fin est- elle surprenante ?
6. Quelle image de l'Art cette nouvelle donne- t- elle ?
1. Lisez le texte d'Ovide ci- dessous. Quels points communs et quelles différences pouvez- vous trouver avec Le portrait ovale ?
2. D'après les deux textes, quelle est la plus grande réussite à laquelle une oeuvre d'art (tableau, sculpture) puisse atteindre ?
Le château dans lequel mon domestique s’était avisé de pénétrer de force, plutôt que de me permettre, déplorablement blessé comme je l’étais, de passer une nuit en plein air, était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Apennins, aussi bien dans la réalité que dans l’imagination de mistress Radcliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné. Nous nous installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins somptueusement meublées. Elle était située dans une tour écartée du bâtiment. Sa décoration était riche, mais antique et délabrée. Les murs étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées héraldiques de toute forme, ainsi que d’une quantité vraiment prodigieuse de peintures modernes, pleines de style, dans de riches cadres d’or d’un goût arabesque. Je pris un profond intérêt, - ce fut peut- être mon délire qui commençait qui en fut cause, - je pris un profond intérêt à ces peintures qui étaient suspendues non seulement sur les faces principales des murs, mais aussi dans une foule de recoins que la bizarre architecture du château rendait inévitables ; si bien que j’ordonnai à Pedro de fermer les lourds volets de la chambre, - puisqu’il faisait déjà nuit, - d’allumer un grand candélabre à plusieurs branches placé près de son chevet, et d’ouvrir tout grands les rideaux de velours noir garnis de crépines qui entouraient le lit. Je désirais que cela fût ainsi, pour que je pusse au moins, si je ne pouvais pas dormir, me consoler alternativement par la contemplation de ces peintures et par la lecture d’un petit volume que j’avais trouvé sur l’oreiller et qui en contenait l’appréciation et l’analyse.
Je lus longtemps, - longtemps ; - je contemplai religieusement, dévotement ; les heures s’envolèrent, rapides et glorieuses, et le profond minuit arriva. La position du candélabre me déplaisait, et, étendant la main avec difficulté pour ne pas déranger mon valet assoupi, je plaçai l’objet de manière à jeter les rayons en plein sur le livre.
Mais l’action produisit un effet absolument inattendu. Les rayons des nombreuses bougies (car il y en avait beaucoup) tombèrent alors sur une niche de la chambre que l’une des colonnes du lit avait jusque- là couverte d’une ombre profonde. J’aperçus dans une vive lumière une peinture qui m’avait d’abord échappé. C’était le portrait d’une jeune fille déjà mûrissante et presque femme. Je jetai sur la peinture un coup d’œil rapide, et je fermai les yeux. Pourquoi, - je ne le compris pas moi- même tout d’abord. Mais, pendant que mes paupières restaient closes, j’analysai rapidement la raison qui me les faisait fermer ainsi. C’était un mouvement involontaire pour gagner du temps et pour penser, - pour m’assurer que ma vue ne m’avait pas trompé, - pour calmer et préparer mon esprit à une contemplation plus froide et plus sûre. Au bout de quelques instants, je regardai de nouveau la peinture fixement.
Je ne pouvais pas douter, quand même je l’aurais voulu, que je n’y visse alors très nettement ; car le premier éclair du flambeau sur cette toile avait dissipé la stupeur rêveuse dont mes sens étaient possédés, et m’avait appelé tout d’un coup à la vie réelle.
Le portrait, je l’ai déjà dit, était celui d’une jeune fille. C’était une simple tête, avec des épaules, le tout dans ce style qu’on appelle, en langage technique, style de vignette ; beaucoup de la manière de Sully dans ses têtes de prédilection. Les bras, le sein, et même les bouts des cheveux rayonnants, se fondaient insaisissablement dans l’ombre vague, mais profonde, qui servait de fond à l’ensemble. Le cadre était ovale, magnifiquement doré et guilloché dans le goût moresque. Comme œuvre d’art, on ne pouvait rien trouver de plus admirable que la peinture elle- même. Mais il se peut bien que ce ne fût ni l’exécution de l’œuvre, ni l’immortelle beauté de la physionomie qui m’impressionna si soudainement et si fortement. Encore moins devais- je croire que mon imagination, sortant d’un demi- sommeil, eût pris la tête pour celle d’une personne vivante. - Je vis tout d’abord que les détails du dessin, le style de vignette et l’aspect du cadre auraient immédiatement dissipé un pareil charme, et m’auraient préservé de toute illusion même momentanée. Tout en faisant ces réflexions, et très vivement, je restai, à demi étendu, à demi assis, une heure entière peut- être, les yeux rivés à ce portrait. À la longue, ayant découvert le vrai secret de son effet, je me laissai retomber sur le lit. J’avais deviné que le charme de la peinture était une expression vitale absolument adéquate à la vie elle- même, qui d’abord m’avait fait tressaillir, et finalement m’avait confondu, subjugué, épouvanté. Avec une terreur profonde et respectueuse, je replaçai le candélabre dans sa position première. Ayant ainsi dérobé à ma vue la cause de ma profonde agitation, je cherchai vivement le volume qui contenait l’analyse des tableaux et leur histoire. Allant droit au numéro qui désignait le portrait ovale, j’y lus le vague et singulier récit qui suit :
« C’était une jeune fille d’une très rare beauté, et qui n’était pas moins aimable que pleine de gaieté. Et maudite fut l’heure où elle vit, et aima, et épousa le peintre. Lui, passionné, studieux, austère, et ayant déjà trouvé une épouse dans son Art ; elle, une jeune fille d’une très rare beauté, et non moins aimable que pleine de gaieté : rien que lumière et sourires, et la folâtrerie d’un jeune faon ; aimant et chérissant toutes choses ; ne haïssant que l’Art qui était son rival ; ne redoutant que la palette et les brosses, et les autres instruments fâcheux qui la privaient de la figure de son adoré. Ce fut une terrible chose pour cette dame que d’entendre le peintre parler du désir de peindre sa jeune épouse. Mais elle était humble et obéissante, et elle s’assit avec douceur pendant de longues semaines dans la sombre et haute chambre de la tour, où la lumière filtrait sur la pâle toile seulement par le plafond. Mais lui, le peintre, mettait sa gloire dans son œuvre, qui avançait d’heure en heure et de jour en jour. - Et c’était un homme passionné, et étrange, et pensif, qui se perdait en rêveries ; si bien qu’il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait si lugubrement dans cette tour isolée desséchait la santé et les esprits de sa femme, qui languissait visiblement pour tout le monde, excepté pour lui. Cependant, elle souriait toujours, et toujours sans se plaindre, parce qu’elle voyait que le peintre (qui avait un grand renom) prenait un plaisir vif et brûlant dans sa tâche, et travaillait nuit et jour pour peindre celle qui l’aimait si fort, mais qui devenait de jour en jour plus languissante et plus faible. Et, en vérité, ceux qui contemplaient le portrait parlaient à voix basse de sa ressemblance, comme d’une puissante merveille et comme d’une preuve non moins grande de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle qu’il peignait si miraculeusement bien. - Mais, à la longue, comme la besogne approchait de sa fin, personne ne fut plus admis dans la tour ; car le peintre était devenu fou par l’ardeur de son travail, et il détournait rarement ses yeux de la toile, même pour regarder la figure de sa femme. Et il ne voulait pas voir que les couleurs qu’il étalait sur la toile étaient tirées des joues de celle qui était assise près de lui. Et, quand bien des semaines furent passées et qu’il ne restait plus que peu de chose à faire, rien qu’une touche sur la bouche et un glacis sur l’œil, l’esprit de la dame palpita encore comme la flamme dans le bec d’une lampe. Et alors la touche fut donnée, et alors le glacis fut placé ; et pendant un moment le peintre se tint en extase devant le travail qu’il avait travaillé ; mais, une minute après, comme il contemplait encore, il trembla, et il fut frappé d’effroi ; et, criant d’une voix éclatante : « En vérité, c’est la Vie elle- même ! » il se retourna brusquement pour regarder sa bien- aimée : - elle était morte ! »
E. A. Poe, Le Portrait Ovale, 1842, trad. C. Baudelaire.

Gérôme, Pygmalion et Galatée, 88,9 × 68,6 cm, 1890.
Pygmalion vivait sans compagne, célibataire ; jamais une épouse n’avait partagé sa couche. Cependant, grâce à une habileté merveilleuse, il réussit à sculpter dans l’ivoire blanc comme la neige un corps de femme d’une telle beauté que la nature n’en peut créer de semblable et il devint amoureux de son œuvre. C’est une vierge qui a toutes les apparences de la réalité : on dirait qu’elle est vivant et que, sans la pudeur qui la retient, elle voudrait se mouvoir ; tant l’art se dissimule à force d’art. Emerveillé, Pygmalion s’enflamme pour cette image ; souvent il approche ses mains du chef- d’œuvre pour s’assurer si c’est là de la chair ou de l’ivoire et il ne peut encore convenir que ce soit de l’ivoire. Il donne des baisers à sa statue et il s’imagine qu’elle les rend ; il lui parle, il la serre dans ses bras ; il se figure que la chair cède au contact de ses doigts et il craint qu’ils ne laissent une empreinte livide sur les membres qu’ils ont pressés ; tantôt il caresse la bien- aimée, tantôt il lui apporte ces cadeaux qui plaisent aux jeunes filles, des coquillages, des cailloux plis, de petits oiseaux, des fleurs de mille couleurs, des lis, des balles peintes, des larmes tombées de l’arbre des Héliades ; il la pare aussi de beaux vêtements ; il met à ses doigts des pierres précieuses, à son cou de longs colliers ; à ses oreilles pendent des perles légères, sur sa poitrine des chaînettes. Tout lui sied et, nue, elle ne semble pas moins belle. Il la couche sur des tapis teints de la pourpre de Sidon ; il l’appelle sa compagne de lit et il pose son cou incliné sur des coussins de plumes moelleuses, comme si elle pouvait y être sensible.
Le jour était venu où Chypre tout entière célébrait avec éclat la fête de Vénus : des génisses, dont on avait revêtu d’or les cornes recourbées, étaient tombées sous le couteau qui avait frappé leur cou de neige ; l’encens fumait de toutes parts ; alors, après avoir déposé son offrande, Pygmalion, debout devant l’autel, dit d’une voix timide : « O dieux, si vous pouvez tout accorder, donnez- moi pour épouse, je vous en supplie, (il n’ose pas dire : la vierge d’ivoire) une femme semblable à la vierge d’ivoire ». Vénus, parée d’or, qui assistait elle- même à sa fête, comprit ce que signifiait cette prière ; présageant les dispositions favorables de la déesse, trois fois la flamme se ralluma et dressa sa crête dans les airs. De retour chez lui, l’artiste va vers la statue de la jeune fille ; penché sur le lit il lui donne un baiser ; il croit sentir que ce corps est tiède. De nouveau il en approche sa bouche, tandis que ses mains tâtent la poitrine ; à ce contact, l’ivoire s’attendrit ; il perd sa dureté, il fléchit sous les doigts ; il cède ; ainsi la cire de l’Hymette s’amollit au soleil ; ainsi, façonnée par le pouce, elle prend les formes les plus variées et se prête à de nouveaux services, à force de servir. L’amant reste saisi ; il hésite à se réjouir, il craint de se tromper ; sa main palpe et palpe encore l’objet de ses désirs ; c’était bien un corps vivant : il sent des veines palpiter au contact de son pouce. Alors le héros de Paphos adresse à Vénus de longues actions de grâces ; sa bouche presse enfin une bouche véritable ; la jeune fille a senti les baisers qu’il lui donne et elle a rougi ; levant vers la lumière un timide regard, elle a vu en même temps le ciel et son amant. La déesse assiste à leur mariage, qui est son œuvre ; puis, quand la lune eut neuf fois rapproché ses cornes autour de son disque rempli, la jeune épouse mit au monde une fille, Paphos, dont l’île a retenu le nom.
Ovide, Les Métamorphoses, Tome II, Coll. des Universités de France, éd. Les Belles Lettres, 1955 (1 ap J.C.).
Quel est le projet de création littéraire exposé par Balzac ?
1. Buffon : naturaliste et écrivain connu pour son Histoire naturelle, dans laquelle il décrit toutes les espèces animales (36 volumes, publiés de 1749- 1789).
2. Leuwenhoëc, Swammerdam, Spallanzani, Réaumur, Charles Bonnet, Muller, Haller : zoologues, botanistes, etc.
3. Moeurs : habitudes de vie, coutumes d'un peuple, d'une civilisation.
Dans ce texte, H. de Balzac explique le principe d'un vaste ensemble de romans regroupés sous le nom de Comédie Humaine.
La Société ne fait- elle pas de l’homme, suivant les milieux où son action se déploie, autant d’hommes différents qu’il y a de variétés en zoologie ? Les différences entre un soldat, un ouvrier, un administrateur, un avocat, un oisif, un savant, un homme d’état, un commerçant, un marin, un poète, un pauvre, un prêtre, sont, quoique plus difficiles à saisir, aussi considérables que celles qui distinguent le loup, le lion, l’âne, le corbeau, le requin, le veau marin, la brebis, etc. Il a donc existé, il existera donc de tout temps des Espèces Sociales comme il y a des Espèces Zoologiques. Si Buffon1 a fait un magnifique ouvrage en essayant de représenter dans un livre l’ensemble de la zoologie, n’y avait- il pas une œuvre de ce genre à faire pour la société ? Mais la Nature a posé, pour les variétés animales, des bornes entre lesquelles la Société ne devait pas se tenir. Quand Buffon peignait le lion, il achevait la lionne en quelques phrases ; tandis que dans la Société la femme ne se trouve pas toujours être la femelle du mâle. Il peut y avoir deux êtres parfaitement dissemblables dans un ménage. La femme d’un marchand est quelquefois digne d’être celle d’un prince, et souvent celle d’un prince ne vaut pas celle d’un artiste. L’Etat Social a des hasards que ne se permet pas la Nature, car il est la Nature plus la Société. La description des Espèces Sociales était donc au moins double de celle des Espèces Animales, à ne considérer que les deux sexes. Enfin, entre les animaux, il y a peu de drames, la confusion ne s’y met guère ; ils courent sus les uns aux autres, voilà tout. Les hommes courent bien aussi les uns sur les autres ; mais leur plus ou moins d’intelligence rend le combat autrement compliqué. Si quelques savants n’admettent pas encore que l’Animalité se transborde dans l’Humanité par un immense courant de vie, l’épicier devient certainement pair de France, et le noble descend parfois au dernier rang social. Puis, Buffon a trouvé la vie excessivement simple chez les animaux. L’animal a peu de mobilier, il n’a ni arts ni sciences ; tandis que l’homme, par une loi qui est à rechercher, tend à représenter ses mœurs, sa pensée et sa vie dans tout ce qu’il approprie à ses besoins. Quoique Leuwenhoëc, Swammerdam, Spallanzani, Réaumur, Charles Bonnet, Muller, Haller2 et autres patients zoographes aient démontré combien les mœurs3 des animaux étaient intéressantes, les habitudes de chaque animal sont, à nos yeux du moins, constamment semblables en tout temps ; tandis que les habitudes, les vêtements, les paroles, les demeures d’un prince, d’un banquier, d’un artiste, d’un bourgeois, d’un prêtre et d’un pauvre sont entièrement dissemblables et changent au gré des civilisations. [...]
Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n’y a qu’à l’étudier. La Société française allait être l’historien, je ne devais être que le secrétaire. En dressant l’inventaire des vices et des vertus, en rassemblant les principaux faits des passions, en peignant les caractères, en choisissant les événements principaux de la Société, en composant des types par la réunion des traits de plusieurs caractères homogènes, peut- être pouvais- je arriver à écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs. [...]
Ce n’était pas une petite tâche que de peindre les deux ou trois mille figures saillantes d’une époque, car telle est, en définitif, la somme des types que présente chaque génération et que LA COMEDIE HUMAINE comportera. Ce nombre de figures, de caractères, cette multitude d’existences exigeaient des cadres, et, qu’on me pardonne cette expression, des galeries. De là, les divisions si naturelles, déjà connues, de mon ouvrage en Scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, militaire et de campagne. Dans ces six livres sont classées toutes les Études de mœurs qui forment l’histoire générale de la Société, la collection de tous ses faits et gestes, eussent dit nos ancêtres. [...] Mon ouvrage a sa géographie comme il a sa généalogie et ses familles, ses lieux et ses choses, ses personnes et ses faits ; comme il a son armorial, ses nobles et ses bourgeois, ses artisans et ses paysans, ses politiques et ses dandies, son armée, tout son monde enfin !
H. De Balzac, Avant- propos à la Comédie Humaine, 1842.
Observez le texte, et rassemblez des éléments de réponse aux questions suivantes :
1. Quelle image de l'homme Balzac donne- t- il dans ce texte ? Observez en particulier les analogies et les oppositions.
2. Comment Balzac justifie- t- il son projet de création littéraire ?
3. Décrivez l'oeuvre telle que Balzac la présente. Quelles sont ses caractéristiques ?
1. Ce projet est- il réaliste ? Justifiez.
2. En quoi le projet d'H. de Balzac repousse- t- il les frontières de la création littéraire ?
1. Quels sont les différents sens du mot 'réalisme' ?
2. Parmi les livres et les films que vous connaissez, lesquels peuvent être qualifiés de 'réalistes' ? Justifiez votre réponse.
3. Selon vous, quel est l'intérêt d'un film ou d'un livre réaliste ? Illustrez votre propos par des exemples tirés de votre culture personnelle.
Soit deux extraits : l'ouverture de It's a free world (2007), K. Loach, et l'ouverture du Voleur de bicyclette (1948), de V. De Sica.
Quelles sont les caractéristiques de ces deux oeuvres qui permettent de les qualifier comme 'réalistes' ?
Introduction : une conquête du XIXème siècle
Le réalisme : les visées et les moyens
Histoire de l'esthétique réaliste
Conclusion : une esthétique qui a envahi roman et cinéma
Imaginez un récit réaliste à la 3ème personne au passé, sur le sujet suivant : un personnage se rend dans une agence de recherche d'emploi pour un entretien.
Vous veillerez à produire une forte impression de réalité, en introduisant des descriptions détaillées des personnages et des environnements.
Barême :
Composition : 4 points
Contenu : 10 points. Un récit construit avec un entretien. Personnages ordinaires. Situation de la vie contemporaine. Environnement détaillé et réaliste. Langage de la vie courante.
Expression : 6 points
Qu'apelle- t- on Réalisme en littérature et en peinture ? Faites une recherche documentaire, pour expliquer les principes suivis par les artistes réalistes, avec des citations commentées, et des exemples d'oeuvres.

Vallou de Villeneuve, Étude d'après nature, nu n°1930, Bibliothèque nationale de France, 1854.
Sous- titre : Allégorie Réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (et morale)

G. Courbet, L'Atelier du peintre, 596x361cm, Musée du Quai d'Orsay
1. Comment le tableau est- il organisé ? Que pouvez- vous dire sur les personnages représentés ? Aidez- vous de la citation ci- dessous.
2. Quels sont tous les genres présents dans ce tableau ?
3. Observez les ombres et les lumières. Quel est le pouvoir du peintre ?
4. Commentez la place et la position de la femme nue.
5. Observez le sous- titre. Quel paradoxe pouvez- vous y trouver ?
« Le tableau est divisé en deux parties. Je suis au milieu peignant. A droite sont les actionnaires, c'est- à- dire les amis, les travailleurs, les amateurs du monde de l’art. A gauche, l’autre monde de la vie triviale, le peuple, la misère, la pauvreté, la richesse, les exploités, les exploiteurs, les gens qui vivent de la mort. [...]
Je vais vous énumérer les personnages en commençant par l’extrême gauche. Au fond de la toile se trouve un juif que j’ai vu en Angleterre, traversant l’activité fébrile des rues de Londres en portant religieusement une cassette sur son bras droit et la couvrant de la main gauche. Il semblait dire, c’est moi qui tient le bon bout. Il avait une figure d’ivoire, une longue barbe, un turban puis une longue robe noire, qui traînait à terre. Derrière lui est un curé d’une figure triomphante avec une trogne rouge. Devant eux est un pauvre petit vieux tout grelin, un ancien républicain de 93 [...], homme de quatre- vingt- dix ans, une besace à la main, vêtu de vieille toile blanche rapiécée, chapeau brancard, il regarde à ses pieds des défroques romantiques (il fait pitié au juif). Ensuite un chasseur, un faucheur, un hercule, une queue- rouge, un marchand d’habits- galons, une femme d’ouvrier, un ouvrier, un croque- mort, une tête de mort dans un journal, une Irlandaise allaitant un enfant, un mannequin. L’irlandaise est encore un produit anglais. J’ai rencontré cette femme dans une rue de Londres, elle avait pour tout vêtement un chapeau en paille noire, un voile vert troué, un châle noir effrangé sous lequel elle portait un enfant nu sous son bras. Le marchand d’habits préside à tout cela, il déploie ses oripeaux à tout ce monde qui prête la plus grande attention, chacun à sa manière. Derrière lui une guitare et un chapeau à plumes au premier plan. [...]
Puis vient la toile sur mon chevalet, et moi peignant. [...] Derrière ma chaise est un modèle de femme nue. Elle est appuyée sur le dossier de ma chaise, me regardant peindre un instant ; ses habits sont à terre en avant du tableau. Puis un chat blanc près de ma chaise. [...] A la suite de cette femme vient Promayet, avec son violon sous le bras, comme il est sur le portrait qu’il m’envoie. Par derrière lui est Bruyas, Cuenot, Buchon, Proudhon (je voudrais bien avoir aussi ce philosophe Proudhon qui est de notre manière de voir, s’il voulait poser j’en serais content ; si vous le voyez, demandez- lui si je peux compter sur lui). Puis vient votre tour en avant du tableau. Vous êtes assis sur un tabouret, les jambes croisées et un chapeau sur vos genoux. A côté de vous, plus au premier plan encore, est une femme du monde avec son mari, habillée en grand luxe. Puis à l’extrémité à droite assis sur une table d’une jambe seulement est Baudelaire qui lit dans un grand livre. A côté de lui est une négresse qui se regarde dans une glace avec beaucoup de coquetterie. Au fond du tableau, on aperçoit dans l’embrasure d’une fenêtre deux amoureux qui disent des mots d’amour, l’un est assis sur un hamac. Au- dessus de la fenêtre de grandes draperies de serge verte. Il y a encore contre le mur quelques plâtres, un rayon sur lequel il y a une fillette, une lampe, des pots ; puis des toiles retournées, puis un paravent, puis plus rien qu’un grand mur nu. »
Lettre de Courbet à Champfleury, 1854, in Courbet. Artiste et promoteur de son œuvre, Paris, Flammarion, 1998
La servante Rosalie Prudent est jugée pour infanticide. Elle explique au juge les raisons de son acte.
- Pourquoi l'avez- vous tué, alors ?
- V'là la chose. C'est arrivé plus tôt que je n'aurais cru. Ça m'a pris dans ma cuisine, comme j' finissais ma vaisselle.
M. et Mme Varambot dormaient déjà ; donc je monte, pas sans peine, en me tirant à la rampe ; et je m' couche par terre, sur le carreau, pour n' point gâter mon lit. Ça a duré p't- être une heure, p't- être deux, p't- être trois ; je ne sais point, tant ça me faisait mal ; et puis, je l' poussais d' toute ma force, j'ai senti qu'il sortait, et je l'ai ramassé.
Oh ! oui, j'étais contente, pour sûr ! J'ai fait tout ce que m'avait dit Mme Boudin, tout ! Et puis je l'ai mis sur mon lit, lui ! Et puis v'là qu'il me r'vient une douleur, mais une douleur à mourir. - Si vous connaissiez ça, vous autres, vous n'en feriez pas tant, allez ! - J'en ai tombé sur les genoux, puis sur le dos, par terre ; et v'là que ça me reprend, p't- être une heure encore, p't- être deux, là toute seule..., et puis qu'il en sort un autre..., un autre p'tit..., deux..., oui..., deux... comme ça ! Je l'ai pris comme le premier, et puis je l'ai mis sur le lit, côte à côte- deux. - Est- ce possible, dites ? Deux enfants ! Moi qui gagne vingt francs par mois ! Dites... est- ce possible ? Un, oui, ça s' peut, en se privant... mais pas deux ! Ça m'a tourné la tête. Est- ce que je sais, moi ?
- J' pouvais-t-il choisir, dites ?
Est- ce que je sais ! Je me suis vue à la fin de mes jours ! J'ai mis l'oreiller d'sus, sans savoir... Je n' pouvais pas en garder deux... et je m' suis couchée d'sus encore. Et puis, j' suis restée à m' rouler et à pleurer jusqu'au jour que j'ai vu venir par la fenêtre ; ils étaient morts sous l'oreiller, pour sûr.
G. de Maupassant, La Petite Roque, in Rosalie Prudent, 1886
1. Quel est le discours rapporté utilisé ? Expliquez son intérêt.
2. Quelles sont les particularités du langage de Rosalie ? Identifiez les particularités et justifiez-les.
3. Peut-on comprendre que cette nouvelle ait scandalisé les lecteurs de l'époque ?
Qu'est-ce qui, dans cette nouvelle, produit l'impression de réalité ?
Le romancier E. Zola compose un vaste ensemble de romans, la saga des Rougon-Macquart. L'histoire de chaque branche de la famille est l'occasion d'observer un milieu et une classe sociale. Dans L'Assomoir, il montre le milieu ouvrier et les ravages de l'alcoolisme.
1. Quelles étapes successives permettent à Zola de mener à bien son travail de romancier ?
2. Que révèlent ces documents sur le projet romanesque de l'écrivain ? Expliquez.
Dès 1868, Zola prévoit un roman sur le peuple. Il commence un énorme dossier préparatoire s'ouvrant sur L'ébauche, texte à la première personne où il précise ses objectifs.
Le roman doit être comme ceci : montrer le milieu peuple, et expliquer par ce milieu les moeurs peuple ; comme quoi, à Paris, la soûlerie, la débandade de la famille, les coups, l'acceptation de toutes les hontes et de toutes les misères vient des conditions mêmes de l'existence ouvrière, des travaux durs, des promiscuités, des laisser-aller, etc. En un mot, un tableau très exact de la vie du peuple avec ses ordures, sa vie lâchée, son langage grossier ; et ce tableau ayant comme dessous - sans thèse cependant -, le sol particulier dans lequel poussent toutes ces choses. Ne pas flatter l'ouvrier, et ne pas le noircir. Une réalité absolument exacte. [...]
Ma gervaise Macquart doit être l'héroïne. Je fais donc la femme du peuple, la femme de l'ouvrier.
E. Zola, L'ébauche de L'Assomoir, Feuillets 158 à 161, 1868 (transcription de la BNF, Paris).
Zola cherche ensuite le lieu correspondant au milieu choisi. Il part en repérage dans le quartier parisien de la Goutte-d'Or, multipliant croquis et notes précises sur l'immeuble où vivra Gervaise.
Rue de la Goutte d'or Du côté de la rue des Poissonniers, très populeux. Du côté opposé, province. La grande maison entre deux petites est près de la rue des Poissonniers, à quatre ou cinq maisons. Elle a onze fenêtres de façade et six étages. Toute noire, nue, sans sculptures ; les fenêtres avec des persiennes noires, mangées, et où des lames manquent. La porte au milieu, immense, ronde. À droite, une vaste boutique de marchand de vin, avec salles pour les ouvriers ; à gauche, la boutique du charbonnier, peinte, une boutique de parapluies, et la boutique que tiendra Gervaise et où se trouvait une fruitière. En entrant sous le porche, le ruisseau coule au milieu. Vaste cour carrée, intérieure. Le concierge, en entrant à droite ; la fontaine est à côté de la loge. Les quatre façades, avec leurs six étages, nues, trouées des fenêtres noires, sans persiennes ; les tuyaux de descente avec les plombs. En bas, des ateliers tout autour ; des menuisiers, un serrurier, un atelier de teinturerie, avec les eaux de couleur qui coulent. Quatre escaliers, un pour chaque corps de bâtiment A. B. C. D. Au dedans, de longs / couloirs à chaque étage, avec des portes uniformes peintes en jaune. Sur le devant, dans les logements à persiennes, logent des gens qui passent pour riches. Dans la cour, tous ouvriers ; les linges qui sèchent. Il y a le côté du soleil, et le côté où le soleil ne vient pas, plus noir, plus humide. Cour pavée, le coin humide de la fontaine. Le jour cru qui tombe dans la cour. E. Zola, L'ébauche de L'Assomoir, Notes préparatoires sur les décors, 1868 (transcription de la BNF, Paris). |
E. Zola, L'immeuble dans le quartier de la Goutte-d'Or, Carnets d'enquête, 1875 |
L'extrait suivant est tiré du roman L'Assomoir (1877).
Gervaise se retourna, regarda une dernière fois la maison. Elle paraissait grandie sous le ciel sans lune. Les façades grises, comme nettoyées de leur lèpre et badigeonnées d'ombre, s'étendaient, montaient ; et elles étaient plus nues encore, toutes plates, déshabillées des loques séchant le jour au soleil. Les fenêtres closes dormaient. Quelques-unes, éparses, vivement allumées, ouvraient des yeux, semblaient faire loucher certains coins. Au-dessus de chaque vestibule, de bas en haut, à la file, les vitres des six paliers, blanches d'une lueur pâle, dressaient une tour étroite de lumière. Un rayon de lampe, tombé de l'atelier de cartonnage, au second, mettait une traînée jaune sur le pavé de la cour, trouant les ténèbres qui noyaient les ateliers des rez-de-chaussée. Et, du fond de ces ténèbres, dans le coin humide, des gouttes d'eau, sonores au milieu du silence, tombaient une à une du robinet mal tourné de la fontaine. Alors, il sembla à Gervaise que la maison était sur elle, écrasante, glaciale à ses épaules.
E. Zola, L'Assomoir, Chapitre II, 1877
1. Cheulard : soûlard (argot)
2. Mine à poivre : Cabaret où l'on distille l'alcool sur place.
3. Roussin : patron d'un café (argot).
4. Grelot : voix (argot).
Le roman retrace le parcours de Gervaise Macquart. Elle pénètre pour la première fois dans le café nommé L'Assommoir.
E. Degas, L'Absinthe, 1873, huile sur toile, 92x68cm (Musée d'Orsay, Paris)
La fumée des pipes, l'odeur forte de tous ces hommes, montaient dans l'air chargé d'alcool ; et elle étouffait, prise d'une petite toux.
- Oh ! c'est vilain de boire ! dit-elle à demi-voix.
Et elle raconta qu'autrefois, avec sa mère, elle buvait de l'anisette, à Plassans. Mais elle avait failli en mourir un jour, et ça l'avait dégoûtée ; elle ne pouvait plus voir les liqueurs.
- Tenez, ajouta-t-elle en montrant son verre, j'ai mangé ma prune ; seulement, je laisserai la sauce, parce que ça me ferait du mal.
Coupeau, lui aussi, ne comprenait pas qu'on pût avaler de pleins verres d'eau-de-vie. Une prune par-ci, par-là, ça n'était pas mauvais. Quant au vitriol, à l'absinthe et aux autres cochonneries, bonsoir ! il n'en fallait pas. Les camarades avaient beau le blaguer, il restait à la porte, lorsque ces cheulards-là1 entraient à la mine à poivre2. Le papa Coupeau, qui était zingueur comme lui, s'était écrabouillé la tête sur le pavé de la rue Coquenard, en tombant, un jour de ribote, de la gouttière du n° 25 ; et ce souvenir, dans la famille, les rendait tous sages. Lui, lorsqu'il passait rue Coquenard et qu'il voyait la place, il aurait plutôt bu l'eau du ruisseau que d'avaler un canon gratis chez le marchand de vin. Il conclut par cette phrase :
- Dans notre métier, il faut des jambes solides.
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux, les regards perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des pensées lointaines d'existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente :
- Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand-chose... Mon idéal, ce serait de travailler tranquille, de manger toujours du pain, d'avoir un trou un peu propre pour dormir, vous savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage... Ah ! je voudrais aussi élever mes enfants, en faire de bons sujets, si c'était possible... Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue, si je me remettais jamais en ménage ; non, ça ne me plairait pas d'être battue... Et c'est tout, vous voyez, c'est tout...
Elle cherchait, interrogeait ses désirs, ne trouvait plus rien de sérieux qui la tentât. Cependant, elle reprit, après avoir hésité :
- Oui, on peut à la fin avoir le désir de mourir dans son lit... Moi, après avoir bien trimé toute ma vie, je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi.
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s'inquiétant de l'heure. Mais ils ne sortirent pas tout de suite ; elle eut la curiosité d'aller regarder, au fond, derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage clair de la petite cour ; et le zingueur, qui l'avait suivie, lui expliqua comment ça marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l'appareil, montrant l'énorme cornue d'où tombait un filet limpide d'alcool. L'alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s'échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud, l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin3 de père Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot4, tout de même. L'alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris. Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant :
- C'est bête, ça me fait froid, cette machine... la boisson me fait froid...
E. Zola, L'Assommoir, Chp II, 1877
La peinture du monde ouvrier
1. Quels indices évoquent la réalité du monde ouvrier ?
2. Relevez les passages rapportant les propos des personnages au discours indirect libre. Quels aspects de leur personnalité ce choix narratif révèle-t-il ?
"La boisson me fait froid..."
3. Etudiez la présence de la mort dans cet extrait et expliquez la signification du nom du café.
4. Par quelles figures de style Zola transforme-t-il l'alambic en créature étrange et gigantesque ?
L'écriture naturaliste présente-t-elle une pure vision de la réalité ?
"Montrer le milieu des lycéens [...]. Une réalité absolument exacte."
1. Vous réaliserez par groupes de deux un "carnet d'enquête" comportant photos, dessins et notations descriptives sur un bâtiment de votre lycée.
2. A l'aide de ce carnet d'enquête, vous écrirez un début de roman réaliste ou naturaliste, en décrivant le cadre de l'action, puis en introduisant un personnage.
Le document final que vous rendrez devra donc comporter deux parties :
1. une partie comprenant vos carnets, votre enquête (notes, plans, etc.) ;
2. une partie consacrée à votre début de roman inspiré par le travail d'enquête.
1. Quelle image Zola utilise-t-il pour décrire la création littéraire ?
2. Quelle est la qualité qu'il juge indispensable à toute vraie création ?
Le roman expérimental rassemble les articles écrits et publiés par Zola afin de définir et de justifier la méthode naturaliste.
Le sens du réel, c'est de sentir la nature et de la rendre telle qu'elle est. [...]
Je connais des conteurs charmants, des fantaisistes adorables, des poètes en prose dont j'aime beaucoup les livres. Ceux-là ne se mêlent pas d'écrire des romans, et ils restent exquis, en dehors du vrai. Le sens du réel ne devient absolument nécessaire que lorsqu'on s'attaque aux peintures de la vie. Alors, dans les idées où nous sommes aujourd'hui, rien ne saurait le remplacer, ni un style passionnément travaillé, ni la vigueur de la touche, ni les tentatives les plus méritoires. Vous peignez la vie, voyez-la avant tout telle qu'elle est et donnez-en l'exacte impression. Si l'impression est baroque, si les tableaux sont mal d'aplomb, si l'oeuvre tourne à la caricature, qu'elle soit épique ou simplement vulgaire, c'est une oeuvre mort-née, qui est condamnée à un oubli rapide. Elle n'est pas largement assise sur la vérité, elle n'a aucune raison d'être.
Ce sens du réel me semble très facile à constater chez un écrivain. Pour moi, c'est une pierre de touche qui décide de tous mes jugements. Quand j'ai lu un roman, je le condamne, si l'auteur me paraît manquer du sens réel. Qu'il soit dans un fossé ou dans les étoiles, en bas ou en haut, il m'est également indifférent. La vérité a un son auquel j'estime qu'on ne saurait se tromper. Les phrases, les alinéas, les pages, le livre tout entier doit sonner la vérité. On dira qu'il faut des oreilles délicates. Il faut des oreilles justes, pas davantage.
E. Zola, Le roman expérimental, "Du roman", 1880
La volonté naturaliste d'imiter scrupuleusement le réel vous paraît-elle un projet réalisable ou une pure utopie ? Préparez des arguments s'appuyants sur les textes de la séquence.
1. Citation de Boileau, Art Poétique, Chant III, vers 48.
1. Quelles limites du réalisme Maupassant souligne-t-il ?
2. Quellle conception de l'écriture Maupassant défend-il ?
L'écrivain analyse les difficultés qui se présentent à l'artiste qui souhaite "faire vrai".
Mais en se plaçant au point de vue même de ces artistes réalistes, on doit discuter et contester leur théorie qui semble pouvoir être résumée par ces mots : « Rien que la vérité et toute la vérité. »
Leur intention étant de dégager la philosophie de certains faits constants et courants, ils devront souvent corriger les événements au profit de la vraisemblance et au détriment de la verité, car
le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable1.
Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d’incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s’impose donc, — ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicable, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers.
Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l’à-côté. [...]
Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession.
J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des illusionnistes.
G. de Maupassant, Préface de Pierre et Jean, 1888
1. Le vrai est-il intéressant ? Estimez-vous qu'un roman qui montre la réalité avec vérité est plus intéressant qu'un roman qui s'en écarte ? Justifiez votre réponse.
2. Deux écrivains opposent leur vision du réalisme. L'un défend une conception objective de l'écriture : il faut copier la réalité avec une exactitude photographique. L'autre, comme Maupassant, considère qu'il faut faire créer pour être plus près de la vérité.
Cherchez leurs arguments respectifs.