Objet d'étude : Genres et formes de l'argumentation : XVIIème et XVIIIème siècle
Problématique générale : La parole peut-elle changer le cours des choses et infléchir les jugements passionnels des hommes ?
Discours de Robert Badinter sur la peine de mort : première partie ; seconde partie.
1. Comment les arguments des partisans de la peine de mort sont-ils présentés ?
2. Quels exemples sont donnés dans ce discours ? Que tendent-ils à montrer ?
3. Quels procédés l'orateur utilise-t-il pour souligner son propos et donner plus de force à ses arguments ?
4. Quelle image de l'orateur se dégage de ce discours ?
Selon vous, qu'est-ce qui fait la force de ce discours ?
Préparez un discours destiné à être prononcé en public pour exposer votre position sur un sujet de société qui vous touche.
Pour les partisans de la peine de mort, disais-je, la mort du coupable est une exigence de justice. Pour eux, il est en effet des crimes trop atroces pour que leurs auteurs puissent les expier autrement qu'au prix de leur vie.
La mort et la souffrance des victimes, ce terrible malheur, exigeraient comme contrepartie nécessaire, impérative, une autre mort et une autre souffrance. A défaut, déclarait un ministre de la justice récent, l'angoisse et la passion suscitées dans la société par le crime ne seraient pas apaisées. Cela s'appelle, je crois, un sacrifice expiatoire. Et justice, pour les partisans de la peine de mort, ne serait pas faite si à la mort de la victime ne répondait pas, en écho, la mort du coupable.
Soyons clairs. Cela signifie simplement que la loi du talion demeurerait, à travers les millénaires, la loi nécessaire, unique de la justice humaine.
Du malheur et de la souffrance des victimes, j'ai, beaucoup plus que ceux qui s'en réclament, souvent mesuré dans ma vie l'étendue. Que le crime soit le point de rencontre, le lieu géométrique du malheur humain, je le sais mieux que personne. Malheur de la victime elle-même et, au-delà, malheur de ses parents et de ses proches. Malheur aussi des parents du criminel. Malheur enfin, bien souvent, de l'assassin. Oui, le crime est malheur, et il n'y a pas un homme, pas une femme de cœur, de raison, de responsabilité, qui ne souhaite d'abord le combattre.
Mais [...] cette sensibilité et ce combat ne sauraient impliquer la nécessaire mise à mort du coupable. Que les parents et les proches de la victime souhaitent cette mort, par réaction naturelle de l'être humain blessé, je le comprends, je le conçois. Mais c'est une réaction humaine, naturelle. Or tout le progrès historique de la justice a été de dépasser la vengeance privée. Et comment la dépasser, sinon d'abord en refusant la loi du talion ?
La vérité est que, au plus profond des motivations de l'attachement à la peine de mort, on trouve, inavouée le plus souvent, la tentation de l'élimination. Ce qui paraît insupportable à beaucoup, c'est moins la vie du criminel emprisonné que la peur qu'il récidive un jour. Et ils pensent que la seule garantie, à cet égard, est que le criminel soit mis à mort par précaution.
Ainsi, dans cette conception, la justice tuerait moins par vengeance que par prudence. Au-delà de la justice d'expiation, apparaît donc la justice d'élimination, derrière la balance, la guillotine. L'assassin doit mourir tout simplement parce que, ainsi, il ne récidivera pas. Et tout paraît si simple, et tout paraît si juste !
Mais quand on accepte ou quand on prône la justice d'élimination, au nom de la justice, il faut bien savoir dans quelle voie on s'engage. Pour être acceptable, même pour ses partisans, la justice qui tue le criminel doit tuer en connaissance de cause. Notre justice, et c'est son honneur, ne tue pas les déments. Mais elle ne sait pas les identifier à coup sûr, et c'est à l'expertise psychiatrique, la plus aléatoire, la plus incertaine de toutes, que, dans la réalité judiciaire, on va s'en remettre. Que le verdict psychiatrique soit favorable à l'assassin, et il sera épargné. La société acceptera d'assumer le risque qu'il représente sans que quiconque s'en indigne. Mais que le verdict psychiatrique lui soit défavorable, et il sera exécuté.[...]
Enfoui, terré, au cœur même de la justice d'élimination, veille le racisme secret. [...] Je baisse la voix et je me tourne vers vous tous pour rappeler qu'en France même, sur trente-six condamnations à mort définitives prononcées depuis 1945, on compte neuf étrangers, soit 25 p. 100, alors qu'ils ne représentent que 8 p. 100 de la population ; parmi eux cinq Maghrébins, alors qu'ils ne représentent que 2 p. 100 de la population. Depuis 1965, parmi les neuf condamnés à mort exécutés, on compte quatre étrangers, dont trois Maghrébins. Leurs crimes étaient-ils plus odieux que les autres ou bien paraissaient-ils plus graves parce que leurs auteurs, à cet instant, faisaient secrètement horreur ? C'est une interrogation, ce n'est qu'une interrogation, mais elle est si pressante et si lancinante que seule l'abolition peut mettre fin à une interrogation qui nous interpelle avec tant de cruauté.
Il s'agit bien, en définitive, dans l'abolition, d'un choix fondamental, d'une certaine conception de l'homme et de la justice. Ceux qui veulent une justice qui tue, ceux-là sont animés par une double conviction : qu'il existe des hommes totalement coupables, c'est-à-dire des hommes totalement responsables de leurs actes, et qu'il peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité au point de dire que celui-là peut vivre et que celui-là doit mourir.
A cet âge de ma vie, l'une et l'autre affirmations me paraissent également erronées. Aussi terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n'est point d'hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Aussi prudente que soit la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les hommes qui jugent, la justice demeure humaine, donc faillible.
Et je ne parle pas seulement de l'erreur judiciaire absolue, quand, après une exécution, il se révèle, comme cela peut encore arriver, que le condamné à mort était innocent et qu'une société entière - c'est-à-dire nous tous - au nom de laquelle le verdict a été rendu, devient ainsi collectivement coupable puisque sa justice rend possible l'injustice suprême. Je parle aussi de l'incertitude et de la contradiction des décisions rendues qui font que les mêmes accusés, condamnés à mort une première fois, dont la condamnation est cassée pour vice de forme, sont de nouveau jugés et, bien qu'il s'agisse des mêmes faits, échappent, cette fois-ci, à la mort, comme si, en justice, la vie d'un homme se jouait au hasard d'une erreur de plume d'un greffier. Ou bien tels condamnés, pour des crimes moindres, seront exécutés, alors que d'autres, plus coupables, sauveront leur tête à la faveur de la passion de l'audience, du climat ou de l'emportement de tel ou tel. [...]
Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société [...] accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales - celles qui l'ont faite grande et respectée entre toutes - la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c'est l'élimination.
Cette justice d'élimination, cette justice d'angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce qu'elle est pour nous l'anti-justice, parce qu'elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l'humanité.
Extraits du discours de Robert Badinter à l'Assemblée nationale, le 17 septembre 1981
Quels éléments opposent les deux orateurs et les deux discours ? (63'50-71'30)
Vous appuierez vos réponses sur :
a. La mise en scène de Julius Caesar (1953) par J. Mankiewicz
b. Le texte de la pièce de Shakespeare.
Cette scène suit immédiatement l'assassinat de César par une conjuration. Menés par Brutus, ces hommes voulaient éviter que Rome soit asservie à un seul homme trop puissant. Brutus s'adresse à la foule bouleversée pour expliquer leur geste.
BRUTUS
Romains, compatriotes et amis, entendez-moi dans ma cause, et faites silence afin de pouvoir m’entendre. Croyez-moi pour mon honneur, et ayez foi en mon honneur, afin de pouvoir me croire. Censurez-moi dans votre sagesse, et faites appel à votre raison, afin de pouvoir mieux me juger. S’il est dans cette assemblée quelque ami cher de César, à lui je dirai que Brutus n’avait pas pour César moins d’amour que lui. Si alors cet ami demande pourquoi Brutus s’est levé contre César ; voici ma réponse : Ce n’est pas que j’aimasse moins César, mais j’aimais Rome davantage. Eussiez-vous préféré voir César vivant et mourir tous esclaves, plutôt que de voir César mort et de vivre tous libres ? César m’aimait, et je le pleure, il fut fortuné, et je m’en réjouis ; il fut vaillant, et je l’en admire ; mais il fut ambitieux, et je l’ai tué ! Ainsi, pour son amitié, des larmes ; pour sa fortune, de la joie ; pour sa vaillance, de l’admiration ; et pour son ambition, la mort ! Quel est ici l’homme assez bas pour vouloir être esclave ! S’il en est un, qu’il parle, car c’est lui que j’ai offensé. Quel est ici l’homme assez grossier pour ne vouloir pas être Romain ? S’il en est un, qu’il parle ; car c’est lui que j’ai offensé. Quel est l’homme assez vil pour ne pas vouloir aimer sa patrie ? S’il en est un, qu’il parle ; car c’est lui que j’ai offensé... J’attends une réponse.
TOUS LES CITOYENS
Personne, Brutus, personne.
BRUTUS
Ainsi je n’ai offensé personne. Je n’ai fait à César que ce que vous feriez à Brutus. Les registres du Capitole exposent les motifs de sa mort, sans atténuer les exploits par lesquels il fut glorieux, ni aggraver les offenses pour lesquelles il subit la mort.
Entrent Antoine et d’autres citoyens portant le corps de César.
Voici venir son corps, mené en deuil par Marc-Antoine, Marc-Antoine qui, sans avoir eu part à la mort de César, recueillera les bénéfices de cette mort, une place dans la république. Et qui de vous n’en recueillera pas ? Un dernier mot et je me retire : comme j’ai tué mon meilleur ami pour le bien de Rome, je garde le même poignard pour moi-même, alors qu’il plaira à mon pays de réclamer ma mort.
LES CITOYENS
Vive Brutus ! vive, vive Brutus !
PREMIER CITOYEN
Ramenons-le chez lui en triomphe ! [...]
BRUTUS
Mes compatriotes...
DEUXIÈME CITOYEN
Paix ! silence ! Brutus parle. [...]
BRUTUS
Mes bons compatriotes, laissez-moi partir seul, et, à ma considération, restez ici avec Marc-Antoine. Faites honneur au corps de César et faites honneur à la harangue que, pour la gloire de César, Marc-Antoine est autorisé à prononcer par notre permission. Je vous en prie, que personne ne parte que moi, avant que Marc-Antoine ait parlé.
PREMIER CITOYEN
Holà, restez ! écoutons Marc-Antoine. [...]
Antoine monte à la tribune.
ANTOINE
Au nom de Brutus, je vous suis obligé.
QUATRIÈME CITOYEN
Que dit-il de Brutus ?
TROISIÈME CITOYEN
Il dit qu’au nom de Brutus il se reconnaît comme notre obligé à tous.
QUATRIÈME CITOYEN
Il fera bien de ne pas dire de mal de Brutus ici. [...]
ANTOINE
Généreux Romains...
LES CITOYENS
Paix ! holà ! écoutons-le.
ANTOINE
Amis, Romains, compatriotes, prêtez-moi l’oreille. Je viens pour ensevelir César, non pour le louer. Le mal que font les hommes vit après eux ; le bien est souvent enterré avec leurs os : qu’il en soit ainsi de César. Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux : si cela était, c’était un tort grave, et César l’a gravement expié. Ici, avec la permission de Brutus et des autres (car Brutus est un homme honorable, et ils sont tous des hommes honorables), je suis venu pour parler aux funérailles de César. Il était mon ami fidèle et juste ; mais Brutus dit qu’il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable. Il a ramené à Rome nombre de captifs, dont les rançons ont rempli les coffres publics : est-ce là ce qui a paru ambitieux dans César ? Quand le pauvre a gémi, César a pleuré : l’ambition devrait être de plus rude étoffe. Pourtant Brutus dit qu’il était ambitieux ; et Brutus est un homme honorable. Vous avez tous vu qu’aux Lupercales je lui ai trois fois présenté une couronne royale, qu’il a refusée trois fois : était-ce là de l’ambition ? Pourtant Brutus dit qu’il était ambitieux ; et assurément c’est un homme honorable. Je ne parle pas pour contester ce qu’a déclaré Brutus, mais je suis ici pour dire ce que je sais. Vous l’avez tous aimé naguère, et non sans motif ; quel motif vous empêche donc de le pleurer ? Ô jugement, tu as fui chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison !... Excusez-moi : mon cœur est dans le cercueil, là, avec César, et je dois m’interrompre jusqu’à ce qu’il me soit revenu.
PREMIER CITOYEN
Il me semble qu’il y a beaucoup de raison dans ce qu’il dit. [...]
DEUXIÈME CITOYEN
désignant Antoine.
Pauvre âme ! ses yeux sont rouges comme du feu à force de pleurer.
TROISIÈME CITOYEN
Il n’y a pas dans Rome un homme plus noble qu’Antoine.
QUATRIÈME CITOYEN
Maintenant, attention ! il recommence à parler.
ANTOINE
Hier encore, la parole de César aurait pu prévaloir contre l’univers : maintenant le voilà gisant, et il n’est pas un misérable qui daigne lui faire honneur ! Ô mes maîtres ! si j’étais disposé à exciter vos cœurs et vos esprits à la révolte et à la fureur, je ferais tort à Brutus et tort à Cassius, qui, vous le savez tous, sont des hommes honorables. Je ne veux pas leur faire tort ; j’aime mieux faire tort au mort, faire tort à vous-mêmes et à moi, que de faire tort à des hommes si honorables.
William Shakespeare, Jules César, 1599, scène IX, trad. François-Victor Hugo.
Dans quelle mesure ce texte s'appuie-t-il sur les sentiments du lecteur pour le persuader de l'injustice de cette afaire ?
En 1765, à Abbeville, dans le nord de la France, un crucifix est profané. On accuse un groupe de jeunes gens, dont le chevalier de La Barre et le chevalier d'Etallonde. Le chevalier de La Barre, âgé de seize ans, est également accusé d'avoir refusé de retirer son chapeau devant une procession religieuse, d'avoir chanté des chansons impies au passage d'un cortège, et de posséder le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Ce dernier écrit au marquis de Beccaria pour lui relater le dénouement de l'affaire.
Les juges d’Abbeville, par une ignorance et une cruauté inconcevables, condamnèrent le jeune d’Étallonde, âgé de dix-huit ans:
1° A souffrir le supplice de l’amputation de la langue jusqu’à la racine, ce qui s’exécute de manière que si le patient ne présente pas la langue lui-même, on la lui tire avec des tenailles de fer, et on la lui arrache.
2° On devait lui couper la main droite à la porte de la principale église.
3° Ensuite il devait être conduit dans un tombereau à la place du marché, être attaché à un poteau avec une chaîne de fer, et être brûlé à petit feu. Le sieur d’Étallonde avait heureusement épargné, par la fuite, à ses juges l’horreur de cette exécution.
Le chevalier de La Barre étant entre leurs mains, ils eurent l’humanité d’adoucir la sentence, en ordonnant qu’il serait décapité avant d’être jeté dans les flammes ; mais s’ils diminuèrent le supplice d’un côté, ils l’augmentèrent de l’autre, en le condamnant à subir la question ordinaire et extraordinaire, pour lui faire déclarer ses complices; comme si des extravagances de jeune homme, des paroles emportées dont il ne reste pas le moindre vestige, étaient un crime d’État, une conspiration. Cette étonnante sentence fut rendue le 28 février de cette année 1766. [...]
Enfin, le 1er juillet de cette année, se fit dans Abbeville cette exécution trop mémorable: cet enfant fut d’abord appliqué à la torture. Voici quel est ce genre de tourment.
Les jambes du patient sont serrées entre des ais; on enfonce des coins de fer ou de bois entre les ais et les genoux, les os en sont brisés. Le chevalier s’évanouit, mais il revint bientôt à lui, à l’aide de quelques liqueurs spiritueuses, et déclara, sans se plaindre, qu’il n’avait point de complices.
On lui donna pour confesseur et pour assistant un dominicain, ami de sa tante l’abbesse, avec lequel il avait souvent soupé dans le couvent. Ce bon homme pleurait, et le chevalier le consolait. On leur servit à dîner. Le dominicain ne pouvait manger. « Prenons un peu de nourriture, lui dit le chevalier; vous aurez besoin de force autant que moi pour soutenir le spectacle que je vais donner ».
Le spectacle en effet était terrible : on avait envoyé de Paris cinq bourreaux pour cette exécution. Je ne puis dire en effet si on lui coupa la langue et la main. Tout ce que je sais par les lettres d’Abbeville, c’est qu’il monta sur l’échafaud avec un courage tranquille, sans plainte, sans colère, et sans ostentation: tout ce qu’il dit au religieux qui l’assistait se réduit à ces paroles: « Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose. »
Il serait devenu certainement un excellent officier: il étudiait la guerre par principes; il avait fait des remarques sur quelques ouvrages du roi de Prusse et du maréchal de Saxe, les deux plus grands généraux de l’Europe.
Lorsque la nouvelle de sa mort fut reçue à Paris, le nonce dit publiquement qu’il n’aurait point été traité ainsi à Rome, et que s’il avait avoué ses fautes à l’Inquisition d’Espagne ou de Portugal, il n’eût été condamné qu’à une pénitence de quelques années.
Je laisse, monsieur, à votre humanité et à votre sagesse le soin de faire des réflexions sur un événement si affreux, si étrange, et devant lequel tout ce qu’on nous conte des prétendus supplices des premiers chrétiens doit disparaître. Dites-moi quel est le plus coupable, ou un enfant qui chante deux chansons réputées impies dans sa seule secte, et innocentes dans tout le reste de la terre, ou un juge qui ameute ses confrères pour faire périr cet enfant indiscret par une mort affreuse.
Voltaire, Relation de la mort du chevalier de La Barre, 1766.
Dans un article sur l'impiété au XVIIIe s., un historien raconte les anecdotes suivantes :
1. Le cimetière est depuis longtemps un lieu de sociabilité où public et privé se confondent. Espace ouvert, il est traversé de sentiers et voies de passage ; espace familier, la liesse populaire s'y donne libre cours. A Garchizy [...] les jeunes gens depuis plusieurs années, déplore le curé, ont coutume d'y boire et d'y danser au son de la musette à l'occasion des fêtes du patron de la paroisse. [En 1698], de jeunes vignerons chantant "requiescant in pace", accompagnés de poêles et de chaudrons, tirent à coups de fusils sur les tombes "pour achever de tuer ceux qui n'étaient point morts."
2. [En 1725] un jeune marchand (22 ans environ) de Saint-Julien du Sault, nouveau marié, profite de l'absence de son frère curé de la paroisse de Piffonds pour se travestir en prêtre et mimer la messe avec pour public sa femme et une jeune nièce. L'acteur a composé son apparence (cheveux ramenés en queue, bonnet carré, surplis et robe) et sa contenance. Il éprouve la qualité de sa voix et la résonnance de l'Eglise en improvisant un sermon de fantaisie. Il n'oublie pas en conclusion de convier avec autorité et bienveillance ses ouailles pour le vendredi suivant. Pour rendre le portrait totalement ressemblant et souligner l'honnête aisance d'un bon curé parfois rustique dans ses propos et ses goûts, il dit à un jeune garçon venu furtivement s'informer du bruit fait dans l'église : "Va-t-en dire à ma servante qu'elle mette le chou au pot parce que j'ai faim ; il y a si longtemps que je prêche." [...] Après récidive et sonnerie des cloches il est vrai, les voisins de l'église qui ont fait épier la scène par des enfants, convaincus qu'ils avaient affaire à un imposteur, se décident. Geste rare, le maréchal du village va porter sa dénonciation pour "impiétés dans l'église."
Nicole Dyonnet, Impiétés provinciales au XVIIIe siècle, Histoire, économie et société, 1990.
Imaginez le procès d'un de ces jeunes irrespectueux. Vous écrirez un récit mettant en scène le moment du procès où sont prononcés le réquisitoire puis le plaidoyer. Vous veillerez à souligner les discours tenus mais aussi les attitudes des orateurs et les réactions de l'auditoire.
1. Quel jugement ces deux fables portent-elles sur l'éloquence et le pouvoir de la parole ?
2. De quelle façon ces deux textes argumentent-ils ?
Le loup et l'agneauLa raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l'allons montrer tout à l'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure. Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ; Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l'an passé. Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens : Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos Bergers et vos Chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge." Là-dessus, au fond des forêts Le loup l'emporte et puis le mange, Sans autre forme de procès. J. de La Fontaine, Fables I, 10, 1668-1678 |
Le pouvoir des fablesDans Athène autrefois peuple vain et léger, Un Orateur voyant sa patrie en danger, Courut à la Tribune ; et d'un art tyrannique, Voulant forcer les cœurs dans une république, Il parla fortement sur le commun salut. On ne l'écoutait pas : l'Orateur recourut A ces figures violentes Qui savent exciter les âmes les plus lentes. Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put. Le vent emporta tout ; personne ne s'émut. L'animal aux têtes frivoles Etant fait à ces traits, ne daignait l'écouter. Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter A des combats d'enfants, et point à ses paroles. Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour. Cérès , commença-t-il, faisait voyage un jour Avec l'Anguille et l'Hirondelle : Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant, Comme l'Hirondelle en volant, Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ? Ce qu'elle fit ? un prompt courroux L'anima d'abord contre vous. Quoi, de contes d'enfants son peuple s'embarrasse ! Et du péril qui le menace Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet ! Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ? A ce reproche l'assemblée, Par l'apologue réveillée, Se donne entière à l'Orateur : Un trait de fable en eut l'honneur. Nous sommes tous d'Athène en ce point ; et moi-même, Au moment que je fais cette moralité, Si Peau d'âne m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême, Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant Il le faut amuser encor comme un enfant. J. de La Fontaine, Fables VIII, 4, 1668-1678 |
1. Quelle image du personnage et du parcours d'Alexandre sont données dans ce tableau ?
2. Quels éléments font de cette peinture d'histoire une peinture du triomphe ?
3. Quel discours est adressé, à travers cette scène d'histoire, aux contemporains du tableau ?
Au IVe s. av J.-C., Alexandre le Grand, âgé de vingt ans, devient roi de Macédoine. Grand conquérant, il soumet l'ensemble des cités grecques, puis toute l'Asie. Guerrier devenu légendaire, modèle du grand monarque, le personnage d’Alexandre occupe une place privilégiée à la cour de Louis XIV. Charles Lebrun, peintre officiel du roi, propose ici une quatrième scène de la vie d'Alexandre.
Charles Le Brun, Entrée d'Alexandre dans Babylone ou Le triomphe d'Alexandre, 1665, 4,50x7,07 m.
Quel propos est tenu au roi dans cette lettre ?
1. Languir : dépérir.
2. Avilir : Affablir, corrompre.
3. Lettre d'Etat : lettre du roi qui attribue un bien ou un droit à quelqu'un.
4. Sédition : révolte.
5. Emotion : (ici) émeute, mouvement de foule.
Fénelon, homme d'église, précepteur et écrivain, adresse de façon anonyme cette lettre à Madame de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV. Il y dénonce l'état désastreux du royaume.
Cependant vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et la campagne se dépeuplent ; tous les métiers languissent1 et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent, vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre Etat, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provision. Les magistrats sont avilis2 et épuisés. La noblesse, dont tout le bien est en décret, ne vit que de lettres d'Etat3. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, Sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras ; car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serait en effet si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné.
Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé qui a eu tant de confiance commence à perdre l'amitié, la confiance et le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition4 s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité, votre gloire. Si le roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ? Les émotions populaires5, qui étaient inconnues depuis si longtemps, deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins et de faire couler sous main quelque monnaie pour les apaiser ; ainsi on paye ceux qu'il faudrait punir.
Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité ou de laisser la sédition impunie et de l'accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'ils tâchent de gagner à là sueur de leurs visages.
François de Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1694.
Commentez le texte de Fénelon. Vous montrerez :
- le tableau inquiétant que cette lettre dresse du Royaume ;
- la violente critique de ce que le roi a fait de sa responsabilité.
Classez, dans le tableau ci-contre, les oeuvres étudiées.
| Genre de l'éloquence | Convaincre | Persuader |
|---|---|---|
| Judiciaire | ||
| Épidictique | ||
| Délibératif |
Dans Le discours d'un roi, comparez le discours de Hitler (à partir de 1h28m) avec le discours de George VI (1h34m40s).
a. Quelle image chacun des orateurs donne-t-il ?
b. Quel est l'effet produit sur les auditeurs ?
c. Quelle image du pouvoir de la parole est-elle donnée dans chacun des cas ?
Dans son roman autobiographique Les Mots, Sartre écrit « Longtemps, j’ai pris ma plume pour une épée. » Pensez-vous que la parole et l'écriture puissent lutter contre les injustices, les mensonges et les abus de pouvoir ?
Dans un développement argumenté, vous vous appuierez sur des exemples littéraires pour partager votre point de vue.
Le sujet portera sur un texte de Diderot. Renseignez-vous sur cet auteur.
Vous aurez des axes de recherche, à partir desquels vous pourrez construire des grandes parties. Vous devrez trouver la problématique, faire le développement, l'introduction et la conclusion.
Parmi les notions à revoir :
On soulignera particulièrement l'importance de revoir les procédés oratoires : l'apostrophe ; les oppositions, les répétitions, les accumulations, les images, les questions oratoires.
Dans le cas du discours, on s'interrogera sur les valeurs mises en jeu, les genres de l'éloquence utilisés.