Zadig ou La Destinée

Objet d'étude : Genres et formes de l'argumentation : XVIIème et XVIIIème siècle

Problématique générale : Le conte orientalisant de Zadig est-il un divertissement pour oublier la condition de l'homme raisonnable face à un monde injuste ou une réflexion philosophique pour mieux la scruter ?

Support : Voltaire, Zadig ou La Destinée, Histoire orientale, éd. Pocket.

Seance 01

Les Lumières : la clarté et l'ombre

Cette séance est consacrée à une mise en perspective historique et culturelle

Recherche
Portraits d'époque

1. Cherchez un bref résumé de la vie et de l'oeuvre des personnages historiques suivants : Isaac Newton, Antoine Galland, François de Pâris, Giacomo Casanova, Denis Diderot et Joseph Balsamo.

2. Qu'est-ce que l'histoire de ces personnages vous apprend sur l'évolution des idées et de la société au XVIIIe s. ?

Pistes

Seance 02

Un héros parfait...

Cette séance est consacrée à l'étude de l'incipit

Oral

Quelles questions se sont posées à la lecture de ce conte ?

Analyse

Comparez les deux débuts de récits : celui des Mille et une nuits, et celui de Zadig. Quelles remarques pouvez-vous faire ?

Pistes

Les Mille et une nuits

Les Mille et une nuits prennent place à l'époque des anciens rois de Perse, "qui avaient étendu leur empire dans les Indes, dans les grandes et petites îles qui en dépendent, et bien loin au-delà du Gange, jusqu’à la Chine". Cet ensemble de récit s'organise autour de la figure d'un roi, Schahriar, qui, au début du récit, découvre l'infidélité de sa femme.

À peine fut-il arrivé, qu'il courut à l'appartement de la sultane. Il la fit lier devant lui, et la livra à son grand vizir, avec ordre de la faire étrangler; ce que ce ministre exécuta, sans s'informer quel crime elle avait commis. Le prince irrité n'en demeura pas là: il coupa la tête de sa propre main à toutes les femmes de la sultane. Après ce rigoureux châtiment, persuadé qu'il n'y avait pas une femme sage, pour prévenir les infidélités de celles qu'il prendrait à l'avenir, il résolut d'en épouser une chaque nuit, et de la faire étrangler le lendemain. S'étant imposé cette loi cruelle, il jura qu'il l'observerait immédiatement. [...]

Schahriar ne manqua pas d'ordonner à son grand vizir de lui amener la fille d'un de ses généraux d'armée. Le vizir obéit. Le sultan coucha avec elle; et le lendemain, en la lui remettant entre les mains pour la faire mourir, il lui commanda de lui en chercher une autre pour la nuit suivante. Quelque répugnance qu'eût le vizir à exécuter de semblables ordres, comme il devait au sultan son maître une obéissance aveugle, il était obligé de s'y soumettre. Il lui mena donc la fille d'un officier subalterne, qu'on fit aussi mourir le lendemain. Après celle-là, ce fut la fille d'un bourgeois de la capitale; et enfin, chaque jour c'était une fille mariée et une femme morte.

Le bruit de cette inhumanité sans exemple causa une consternation générale dans la ville. On n'y entendait que des cris et des lamentations: ici c'était un père en pleurs qui se désespérait de la perte de sa fille; et là c'étaient de tendres mères, qui, craignant pour les leurs la même destinée, faisaient par avance retentir l'air de leurs gémissements. Ainsi, au lieu des louanges et des bénédictions que le sultan s'était attirées jusqu'alors, tous ses sujets ne faisaient plus que des imprécations contre lui.

Le grand vizir, qui, comme on l'a déjà dit, était malgré lui le ministre d'une si horrible injustice, avait deux filles, dont l'aînée s'appelait Scheherazade, et la cadette Dinarzade.

Cette dernière ne manquait pas de mérite; mais l'autre avait un courage au-dessus de son sexe, de l'esprit infiniment, avec une pénétration admirable. Elle avait beaucoup de lecture et une mémoire si prodigieuse, que rien ne lui avait échappé de tout ce qu'elle avait lu. Elle s'était heureusement appliquée à la philosophie, à la médecine, à l'histoire et aux arts; et elle faisait des vers mieux que les poètes les plus célèbres de son temps. Outre cela, elle était pourvue d'une beauté extraordinaire; et une vertu très solide couronnait toutes ses belles qualités.

Le vizir aimait passionnément une fille si digne de sa tendresse. Un jour qu'ils s'entretenaient tous deux ensemble, elle lui dit: «Mon père, j'ai une grâce à vous demander; je vous supplie très- humblement de me l'accorder. - Je ne vous la refuse pas, répondit- il, pourvu qu'elle soit juste et raisonnable. - Pour juste, répliqua Scheherazade, elle ne peut l'être davantage, et vous en pouvez juger par le motif qui m'oblige à vous la demander. J'ai dessein d'arrêter le cours de cette barbarie que le sultan exerce sur les familles de cette ville. Je veux dissiper la juste crainte que tant de mères ont de perdre leurs filles d'une manière si funeste. - Votre intention est fort louable, ma fille, dit le vizir; mais le mal auquel vous voulez remédier me paraît sans remède. Comment prétendez-vous en venir à bout? - Mon père, repartit Scheherazade, puisque par votre entremise le sultan célèbre chaque jour un nouveau mariage, je vous conjure, par la tendre affection que vous avez pour moi, de me procurer l'honneur de sa couche.»

Les Mille et Une Nuits, traduction d'A. Galland, 1704-1717.

Prolongement

Quelle autre différence souligne l'épître dédicatoire ?

[Cet ouvrage] fut écrit d’abord en ancien chaldéen, que ni vous ni moi n’entendons. On le traduisit en arabe, pour amuser le célèbre sultan Ouloug-beb. C’était du temps où les Arabes et les Persans commençaient à écrire des Mille et une nuits, des Mille et un jours, etc. Ouloug aimait mieux la lecture de Zadig ; mais les sultanes aimaient mieux les Mille et un. « Comment pouvez-vous préférer, leur disait le sage Ouloug, des contes qui sont sans raison, et qui ne signifient rien ? C’est précisément pour cela que nous les aimons », répondaient les sultanes.

Voltaire, Zadig ou La Destinée, 1748.

Seance 03

L'apprentissage de la sagesse

Cette séance est destinée à mettre en évidence la construction du récit

Oral
Plusieurs titres d'oeuvres des Lumières

Observez les titres suivants :

  • Voltaire, Zadig ou La Destinée, 1748
  • Voltaire, Candide ou L'Optimisme, 1759
  • J.-J. Rousseau, Emile ou De l'éducation, 1762
  • D. A. de Sade, Justine ou Les Malheurs de la vertu, 1791

Que montre leur construction ?

Pistes

Observation

1. Comment l'histoire de Zadig est-elle construite ?

1. Soit le chapitre 2, Le Nez.

a. Quelle est la construction de ce chapitre ?

b. De quel autre genre peut-on rapprocher cette construction ?

Notion
L'apologue
Prolongement

1. Préparez la lecture orale du texte ci-contre.

2. Quelles ressemblances pouvez-vous souligner entre les deux textes ?

La Jeune Veuve

La perte d'un époux ne va point sans soupirs,

On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.

Sur les ailes du Temps la Tristesse s'envole;

Le Temps ramène les plaisirs.

Entre la Veuve d'une année

Et la Veuve d'une journée

La différence est grande: on ne croirait jamais

Que ce fût la même personne:

L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.

Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne;

C'est toujours même note et pareil entretien:

On dit qu'on est inconsolable;

On le dit, mais il n'en est rien,

Comme on verra par cette fable,

Ou plutôt par la vérité.

L'Époux d'une jeune Beauté

Partait pour l'autre monde. A ses côtés, sa Femme

Lui criait: Attends-moi, je te suis; et mon âme,

Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.

Le Mari fait seul le voyage.

La Belle avait un Père, homme prudent et sage:

Il laissa le torrent couler.

A la fin, pour la consoler,

Ma fille, luit dit-il, c'est trop verser de larmes:

Qu'a besoin le Défunt que vous noyiez vos charmes?

Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

Je ne dis pas que tout à l'heure

Une condition meilleure

Change en des noces ces transports ;

Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

Que le Défunt. Ah! dit-elle aussitôt,

Un cloître est l'époux qu'il me faut.

Le père lui laissa digérer sa disgrâce.

Un mois de la sorte se passe.

L'autre mois, on l'emploie à changer tous les jours

Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.

Le deuil enfin sert de parure,

En attendant d'autres atours.

Toute la bande des Amours

Revient au colombier; les Jeux, les Ris, la Danse,

Ont aussi leur tour à la fin:

On se plonge soir et matin

Dans la fontaine de Jouvence.

Le père ne craint plus ce défunt tant chéri;

Mais comment il ne parlait de rien à notre Belle:

Où donc est le jeune mari

Que vous m'avez promis ? dit-elle.

J. de La Fontaine, Fables, VI, 21

Seance 04

Zadig et la justice

Cette séance est consacrée à une étude de la dimension satirique de l'oeuvre

Recherche

Commentez le chapitre intitulé Le Chien et le cheval (p. 24-28).

1. Comment Voltaire fait-il de ce récit divertissant une satire de la justice ?

2. Dans quelle mesure Zadig incarne-t-il l'idéal du philosophe des Lumières ?

3. En quoi la morale de cet épisode reste-t-elle ambigüe ?

Pistes

Seance 05

L'ironie voltairienne

Cette séance est consacrée à l'étude du fonctionnement de l'ironie

Observation
L'ironie et la lecture complice

1. Dans le chapitre 11, Le Bûcher :

a. Le texte indique, à la page 54, "Sétoc comprend le sens profond de cet apologue." Quel est l'apologue en question ?

b. Pourquoi Zadig interroge-t-il Almona à la page 55 ?

c. Dans les deux cas, en quoi consiste l'ironie du texte ?

2. Dans le chapitre 12, Le Souper, pages 56 à 60, qu'est-ce qui est raconté ? Qu'est-ce qui est expliqué ? Qu'est-ce qui est suggéré ? En quoi consiste, dans ce cas, l'ironie du texte ?

3. Dans le chapitre 13, Les Rendez-vous, pages 60 à 63, d'où naît le plaisir de la lecture ?

4. Dans les trois chapitres étudiés, quelle est la cible de l'ironie ?

Pistes

Prolongement
Le Cantique des Cantiques

1. Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince !
Les contours de ta hanche sont comme des colliers,
Oeuvre des mains d'un artiste.

2. Ton sein est une coupe arrondie,
Où le vin parfumé ne manque pas;
Ton corps est un tas de froment,
Entouré de lis.

3. Tes deux seins sont comme deux faons,
Comme les jumeaux d'une gazelle.

4. Ton cou est comme une tour d'ivoire;
Tes yeux sont comme les étangs de Hesbon,
Près de la porte de Bath Rabbim;
Ton nez est comme la tour du Liban,
Qui regarde du côté de Damas.

5. Ta tête est élevée comme le Carmel,
Et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre;
Un roi est enchaîné par des boucles !...

Le Cantique des Cantique, chp. 7, L'Ancien Testament, trad. Louis Segond.

Notion
L'ironie ; l'antiphrase, l'hyperbole, l'euphémisme
Ecriture

Que pensez-vous de l'affirmation suivante ? Illustrez votre point de vue par des arguments et des exemples.

"Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux- mêmes la moitié ; ils étendent les pensées dont on leur présente le germe ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux, et fortifient par leurs réflexions ce qui leur paraît faible."

Voltaire, Préface du Dictionnaire philosophique, 1764.

Seance 06

L'ermite

Cette séance est consacrée à l'étude du chapitre 18 (p. 88-90)

Observation

Etudiez le chapitre 18 de Zadig, L'ermite, p. 88-90, de "Quand l'ermite et lui..." à la fin du chapitre.

1. Comment le récit joue-t-il sans cesse avec la surprise ?

2. Quelle leçon est donnée dans ce chapitre ?

3. Dans quelle mesure cet épisode justifie-t-il la Providence ?

Pistes

Seance 07

La parodie

Cette séance est consacrée à l'étude de la parodie dans le livre

Oral

Dans son livre Palimpsestes, G. Genette évoque les phénomènes dans lesquels un texte est inclus dans un autre.

Expliquez les différences entre les procédés suivants : allusion, citation, parodie, pastiche, plagiat.

Pistes

Recherche

Indiquez les passages de Zadig inspirés par les textes suivants.

Les trois frères de Serendip

Les princes partirent dans le temps prescrit, avec un équipage fort modeste, et sous des noms déguisés. Quand ils furent hors de leurs états, ils entrèrent dans ceux d'un grand et puissant empereur, nommé Behram. Comme ils continuaient leur route pour se rendre à la ville impériale, ils rencontrèrent un conducteur de chameaux, qui en avait perdu un ; il leur demanda s'ils ne l'avaient pas vu par hasard. Ces jeunes princes, qui avoient remarqué dans le chemin les pas d'un semblable animal, lui dirent qu'ils l'avaient rencontré, et afin qu'il n'en doutât point, l'aîné des trois princes lui demanda si le chameau n'était pas borgne ; le second, interrompant, lui dit, ne lui manque-t-il pas une dent? et le cadet ajouta, ne serait-il pas boiteux? Le conducteur assura que tout cela était véritable. C'est donc votre chameau, continuèrent-ils, que nous avons trouvé, et que nous avons laissé bien loin derrière nous.

Le chamelier, charmé de cette nouvelle, les remercia bien humblement, et prit la route qu'ils lui montrèrent, pour chercher son chameau: il marcha environ vingt-milles, sans le pouvoir trouver ; en sorte que, revenant fort chagrin sur ses pas, il rencontra le jour suivant les trois princes assis à l'ombre d'un plane, sur le bord d'une belle fontaine, où ils prenaient le frais. Il se plaignit à eux d'avoir marché si longtemps sans trouver son chameau ; et bien que vous m'ayez donné, leur dit-il, des marques certaines que vous l'avez vu, je ne puis m'empêcher de croire que vous n'ayez voulu rire à mes dépens. Sur quoi le frère aîné prenant la parole: Vous pouvez bien juger, lui répondit-il, si, par les signes que nous vous avons donnés, nous avons eu dessein de nous moquer de vous ; et afin d'effacer de votre esprit la mauvaise opinion que vous avez, n'est-il pas vrai que votre chameau portait d'un côté du beurre, et de l'autre du miel, et moi, ajouta le second, je vous dis qu'il y avait sur votre chameau une dame ; et cette dame, interrompit le troisième, était enceinte: jugez, après cela, si nous vous avons dit la vérité?

Le chamelier, entendant toutes ces choses, crut de bonne foi que ces princes lui avaient dérobé son chameau: il résolut d'avoir recours à la justice ; et lorsqu'ils furent arrivés à la ville impériale, il les accusa de ce prétendu larcin. Le juge les fit arrêter comme des voleurs, et commença à faire leur procès. [...]

Les choses étaient en cet état, lorsqu'un voisin du chamelier, revenant de la campagne, trouva dans son chemin le chameau perdu ; il le prit, et l'ayant reconnu, il le rendit, d'abord qu'il fut de retour, à son maître. Le chamelier, ravi d'avoir retrouvé son chameau, et chagrin en même temps d'avoir accusé des innocents, alla vers l'empereur pour le lui dire, et pour le supplier de les faire mettre en liberté. L'empereur l'ordonna aussi-tôt ; il les fit venir, et leur témoigna la joie qu'il avait de leur innocence, et combien il était faché de les avoir traités si rigoureusement ; ensuite il désira savoir comment ils avaient pu donner des indices si justes d'un animal qu'ils n'avaient pas vu. Ces princes voulant le satisfaire, l'aîné prit la parole, et lui dit: J'ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que, comme nous allions dans le chemin par où il était passé, j'ai remarqué d'un côté que l'herbe étoit toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l'autre, où il n'avait pas touché ; ce qui m'a fait croire qu'il n'avait qu'un oeil, parce que, sans cela, il n'aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise. Le puîné interrompant le discours: Seigneur, dit-il, j'ai connu qu'il manquait une dent au chameau, en ce que j'ai trouvé dans le chemin, presque à chaque pas que je faisais, des bouchées d'herbe à demi-mâchées, de la largeur d'une dent d'un semblable animal ; et moi, dit le troisième, j'ai jugé que ce chameau était boiteux, parce qu'en regardant les vestiges de ses pieds, j'ai conclu qu'il fallait qu'il en traînât un, par les traces qu'il en laissait.

L'empereur fut très-satisfait de toutes ces réponses ; et curieux de savoir encore comment ils avaient pu devinerles autres marques, il les pria instamment de le lui dire ; sur quoi l'un des trois, pour satisfaire à la demande, lui dit: je me suis aperçu, sire que le chameau était d'un côté chargé de beurre, et de l'autre de miel, en ce que, pendant l'espace d'un quart de lieue, j'ai vu sur la droite de la route une grande multitude de fourmis, qui cherchent le gras, et sur la gauche, une grande quantité de mouches, qui aiment le miel. Le second dit: Et moi, seigneur, j'ai jugé qu'il y avait une femme dessus cet animal, en ce qu'ayant vu un endroit où ce chameau s'était agenouillé, j'ai remarqué la figure d'un soulier de femme, auprès duquel il y avait un peu d'eau, dont l'odeur fade et aigre m'a fait connaître que c'étoit de l'urine d'une femme. Et moi, dit le troisième, j'ai conjecturé que cette femme était enceinte, par les marques de ses mains imprimées sur la terre, parce que, pour se lever plus commodément, après avoir achevé d'uriner, elle s'était sans doute appuyée sur ses mains, afin de mieux soulager le poids de son corps.

Les trois frères de Serendip, conte persan publié en 1557 par l'imprimeur vénitien Michele Tramezzino.

Le jugement de Salomon

Alors deux femmes prostituées vinrent chez le roi, et se présentèrent devant lui.

L'une des femmes dit: Pardon! mon seigneur, moi et cette femme nous demeurions dans la même maison, et je suis accouché près d'elle dans la maison.

Trois jours après, cette femme est aussi accouché. Nous habitions ensemble, aucun étranger n'était avec nous dans la maison, il n'y avait que nous deux.

Le fils de cette femme est mort pendant la nuit, parce qu'elle s'était couchée sur lui.

Elle s'est levée au milieu de la nuit, elle a pris mon fils à mes côtés tandis que ta servante dormait, et elle l'a couché dans son sein; et son fils qui était mort, elle l'a couché dans mon sein.

Le matin, je me suis levée pour allaiter mon fils; et voici, il était mort. Je l'ai regardé attentivement le matin; et voici, ce n'était pas mon fils que j'avais enfanté.

L'autre femme dit: Au contraire! c'est mon fils qui est vivant, et c'est ton fils qui est mort. Mais la première répliqua: Nullement! C'est ton fils qui est mort, et c'est mon fils qui est vivant. C'est ainsi qu'elles parlèrent devant le roi.

Le roi dit: L'une dit: C'est mon fils qui est vivant, et c'est ton fils qui est mort; et l'autre dit: Nullement! c'est ton fils qui est mort, et c'est mon fils qui est vivant.

Puis il ajouta: Apportez-moi une épée. On apporta une épée devant le roi.

Et le roi dit: Coupez en deux l'enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l'une et la moitié à l'autre.

Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s'émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l'enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Mais l'autre dit: Il ne sera ni à moi ni à toi; coupez-le!

Et le roi, prenant la parole, dit: Donnez à la première l'enfant qui vit, et ne le faites point mourir. C'est elle qui est sa mère.

Premier livre des Rois, chapitre 3, L'Ancien Testament, trad. Louis Segond.

Le roi grec et le médecin Douban

La douzième nuit était déjà fort avancée, lorsque Scheherazade reprit ainsi le fil de l’histoire du roi grec et du médecin Douban :

Sire, le pêcheur parlant toujours au génie qu’il tenait enfermé dans le vase, poursuivit ainsi : « Le médecin Douban se leva, et après avoir fait une profonde révérence, dit au roi qu’il jugeait à propos que sa majesté montât à cheval, et se rendit à la place pour jouer au mail. Le roi fit ce qu’on lui disait ; et lorsqu’il fut dans le lieu destiné à jouer au mail à cheval, le médecin s’approcha de lui avec le mail qu’il avoit préparé, et le lui présentant : « Tenez, sire, lui dit-il, exercez-vous avec ce mail, en poussant cette boule avec, par la place, jusqu’à ce que vous sentiez votre main et votre corps en sueur. Quand le remède que j’ai enfermé dans le manche de ce mail, sera échauffé par votre main, il vous pénétrera par tout le corps ; et sitôt que vous suerez, vous n’aurez qu’à quitter cet exercice ; car le remède aura fait son effet. Dès que vous serez de retour en votre palais, vous entrerez au bain, et vous vous ferez bien laver et frotter ; vous vous coucherez ensuite ; et en vous levant demain matin, vous serez guéri. »

« Le roi prit le mail, et poussa son cheval après la boule qu’il avait jetée. Il la frappa ; elle lui fut renvoyée par les officiers qui jouaient avec lui ; il la refrappa, et enfin le jeu dura si longtemps, que sa main en sua, aussi bien que tout son corps. Ainsi, le remède enfermé dans le manche du mail, opéra comme le médecin l’avoit dit. Alors, le roi cessa de jouer, s’en retourna dans son palais, entra au bain, et observa très-exactement ce qui lui avait été prescrit. Il s’en trouva fort bien ; car le lendemain en se levant, il s’aperçut, avec autant d’étonnement que de joie, que sa lèpre était guérie, et qu’il avait le corps aussi net que s’il n’eût jamais été attaqué de cette maladie. D’abord qu’il fut habillé, il entra dans la salle d’audience publique, où il monta sur son trône, et se fit voir à tous ses courtisans, que l’empressement d’apprendre le succès du nouveau remède y avait fait aller de bonne heure. Quand ils virent le roi parfaitement guéri, ils en firent tous paraître une extrême joie.

« Le médecin Douban entra dans la salle, et s’alla prosterner au pied du trône, la face contre terre. Le roi l’ayant aperçu, l’appela, le fit asseoir à son côté, et le montra à l’assemblée, en lui donnant publiquement toutes les louanges qu’il méritait. Ce prince n’en demeura pas là ; comme il régalait ce jour-là toute sa cour, il le fit manger à sa table seul avec lui...

À ces mots, Scheherazade remarquant qu’il était jour, cessa de poursuivre son conte. « Ma sœur, dit Dinarzade, je ne sais quelle sera la fin de cette histoire, mais j’en trouve le commencement admirable. » « Ce qui reste à raconter, en est le meilleur, répondit la sultane ; et je suis assurée que vous n’en disconviendrez pas, si le sultan veut bien me permettre de l’achever la nuit prochaine. » Schahriar y consentit, et se leva fort satisfait de ce qu’il avait entendu.

Les Mille et Une Nuits, traduction de A. Galland, 1704-1717.

Le combat de Gauvain et d'Yvain

Au premier choc, ils brisent les fortes lances de frêne qu'ils ont en main. [...] Les épées sont émoussées et ébréchées, car ils assènent leurs terribles coups du tranchant et non du plat des lames. Avec le pommeau ils s'acharnent sur le nasal, sur la nuque, sur le front, sur les joues qui en sont toutes bleuies et violettes, là où le sang éclate sous la peau. Ils ont si bien réussi à rompre les hauberts, à mettre en pièces les écus, qu'ils sont tous deux couverts de blessures. Les efforts extrêmes auxquels ils se livrent les laissent presque sans souffle. Si vif est le combat que les pierres incrustées sur leur heaume, hyacinthe ou émeraude, sont écrasées et pulvérisées. Du pommeau ils se donnent de si terribles coups sur les heaumes, qu'ils sont au bord de l'évanouissement et qu'il s'en faut de peu qu'ils ne se brisent le crâne. Leurs yeux étincellent. Ils ont des poings carrés, énormes, des muscles robustes, des os solides, et ils cognent en tenant empoignées leurs épées qui rendent leurs coups encore plus redoutables.

Ils se sont longtemps évertués à cette lutte; à force de les marteler de leurs épées, ils ont brisé leurs heaumes, rompu les mailles des hauberts, fendu et mis en pièces les écus; ils s'éloignent un peu l'un de l'autre pour apaiser les battements de leur coeur et reprendre leur souffle. Mais ils ne s'attardent guère, et se lancent l'un contre l'autre avec encore plus de violence qu'avant.

Tous ceux qui les regardent disent qu'ils n'ont encore jamais vu deux chevaliers plus courageux.

Chrétien de Troyes, Yvain, Le Chevalier au Lion, XIIe s.

Oedipe et le Sphinx

Oedipe et le Sphinx, Tasse attique, Musée du Vatican

Evaluation

Commentaire

Cette évaluation est destinée à travailler sur un extrait de Zadig

Bilan

Pendant cette séquence, vous avez étudié un certain nombre de notions :

  • les Lumières ;
  • l'orientalisme ;
  • l'ironie ;
  • l'intertextualité ;
  • la parataxe ;
  • l'apologue ;
  • le conte philosophique.