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	<title>Autour du Festival</title>
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	<description>Ressources p&#233;dagogiques pour le Festival Premiers Plans</description>
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		<title>Deux ou trois choses que je sais d'elle ou la philosophie de la sensation</title>
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		<dc:creator>David Aubril</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Dans son premier entretien aux cahiers du cin&#233;ma comme cin&#233;aste, en 1962, il d&#233;clarait : &quot;ce qui m'aide &#224; trouver des id&#233;es, c'est le d&#233;cor. Souvent, m&#234;me, je pars de l&#224;. [...] Je me demande comment on peut placer le rep&#233;rage apr&#232;s la r&#233;daction du sc&#233;nario. Il faut d'abord penser au d&#233;cor. [...] On ne vit pas de la m&#234;me fa&#231;on dans des d&#233;cors diff&#233;rents. Nous vivons sur les Champs-Elys&#233;es. Or, avant A bout de souffle, aucun film ne montrait l'allure que &#231;a a. Mes personnages le voient soixante fois par jour, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;Godard&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Dans son premier entretien aux cahiers du cin&#233;ma comme cin&#233;aste, en 1962, il d&#233;clarait : &quot;ce qui m'aide &#224; trouver des id&#233;es, c'est le d&#233;cor. Souvent, m&#234;me, je pars de l&#224;. [...] Je me demande comment on peut placer le rep&#233;rage apr&#232;s la r&#233;daction du sc&#233;nario. Il faut d'abord penser au d&#233;cor. [...] On ne vit pas de la m&#234;me fa&#231;on dans des d&#233;cors diff&#233;rents. Nous vivons sur les Champs-Elys&#233;es. Or, avant A bout de souffle, aucun film ne montrait l'allure que &#231;a a. Mes personnages le voient soixante fois par jour, ce d&#233;cor, je voulais donc les montrer dedans. On voit rarement l'Arc de Triomphe, au cin&#233;ma, sauf dans les films am&#233;ricains.&quot; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A. Bergala, &lt;i&gt;Deux ou trois choses que je sais d'elle ou la philosophie de la sensation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Godard a en commun avec Mizoguchi de penser que la prostitution est l'un des plus grands sujets du cin&#233;ma dans la mesure o&#249; c'est le mod&#232;le r&#233;duit et la m&#233;taphore de l'ensemble des rapports sociaux dans nos soci&#233;t&#233;s capitalistes. C'est en observant la condition, la souffrance et les contradictions des femmes (dont il &#233;tait lui-m&#234;me client donc oppresseur) que Mizoguchi essayait de comprendre ce qui n'allait pas dans le monde qui l'entourait. La prostitution sera aussi un des grands sujets du cin&#233;ma de Godard, depuis Vivre sa vie, avec Deux ou trois choses que je sais d'elle et sauve qui peut (la vie), dans des registres &#224; chaque fois diff&#233;rents, mais toujours choisi avec la conviction que la prostitution, vue du c&#244;t&#233; de la prostitu&#233;e, est la bonne surface d'observation, l'analyseur de toute situation sociale. [...] La prostitution, pour Godard, est ausi la m&#233;taphore la plus juste du rapport social entre un cin&#233;aste (et son producteur) et les acteurs : les premiers &quot;louent&quot; pour quelques semaines des corps humains sur lesquels ils acqui&#232;rent par contrat le droit de disposer de leurs postures, de leurs gestes, de leurs paroles. Les sc&#232;nes de prostitution, dans les films de Godard, ne sont jamais &#224; proprement parler imm&#233;diatement sexuelles (il n'y est jamais port&#233; atteinte &#224; la dignit&#233; d'une actrice) mais rel&#232;vent toujours d'un fantasme de mise en sc&#232;ne. Dans &lt;i&gt;Vivre sa vie&lt;/i&gt; comme dans &lt;i&gt;Deux ou trois choses&lt;/i&gt;, quand on ouvre une porte sur une chambre o&#249; une femme est cens&#233;e se prostituer, c'est toujours un tableau vivant, sculptural, immobile, qui est propos&#233; aux spectateurs, comme si les clients de ces prostitu&#233;es venaient satisfaire dans ces lieux des fantasme de mise en sc&#232;ne plus que des besoins directement sexuels. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A. Bergala, &lt;i&gt;Deux ou trois choses que je sais d'elle ou la philosophie de la sensation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Un hasard de l'actualit&#233; journalistique va d&#233;cider de la tournure que va prendre ce film. Godard est tomb&#233; dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 23 mars 1966 sur une enqu&#234;te de Catherine Vimenet (Les &quot;&#233;toiles filantes&quot;) sur la prostitution occasionnelle n&#233;e avec le d&#233;veloppement des grands ensembles dans la r&#233;gion parisienne. Elle y expliquait comment de nombreuses femmes, m&#232;res de famille, transplant&#233;es dans ces HLM neufs, finissaient par s'endetter pour faire face aux frais et aux tentations de consommation accrus g&#233;n&#233;r&#233;s par la vie de ces grands ensembles. Certaines, analysait l'article, finissaient par se livrer &#224; une prostitution intermittente pour boucler leurs fins de mois, parfois avec l'assentiment de leur mari. De ce texte de deux pages, Godard reprendre des phrases enti&#232;res dans son film, ainsi que le personnage du vieux qui troque l'usage de sa chambre, dans la journ&#233;e, contre des provisions de bouche, &#224; ces couples occasionnels. [...] Ce qui va &#234;tre d&#233;cisif pour Godard dans la lecture de cette enqu&#234;te, c'ets l'articulation du th&#232;me autour duquel il r&#244;dait avec son projet report&#233; d'adapeter Le Signe - la prostitution occasionnelle - avec le bouleversement urbanistique qu'est en train de conna&#238;tre la r&#233;gion parisienne. Maintenant, il tient un grand &#233;cart entre deux sujets d'&#233;chelles diff&#233;rentes : un moment de la vie d'une femme et un moment de la vie du paysage urbain. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A. Bergala, &lt;i&gt;Deux ou trois choses que je sais d'elle ou la philosophie de la sensation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Vacances de M. Hulot</title>
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		<dc:creator>David Aubril</dc:creator>



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&lt;p&gt;Fiche technique Titre : Les Vacances de monsieur Hulot R&#233;alisation : Jacques Tati Sc&#233;nario : Jacques Tati, Henri Marquet, avec la collaboration de Pierre Aubert et Jacques Lagrange Conseiller artistique : Henri Marquet Musique : Alain Romans Producteur : Fred Orain (Cady films) Directeur de la photographie : Jacques Mercanton, Jean Mousselle D&#233;cors : Henri Schmitt et Roger Briaucourt Son : Jacques Carr&#232;re (prise de son), Roger Cosson (sonorisation), Guy Michel-Ange (montage son) Prise de vue : (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Le burlesque&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fiche technique
Titre : Les Vacances de monsieur Hulot
R&#233;alisation : Jacques Tati
Sc&#233;nario : Jacques Tati, Henri Marquet, avec la collaboration de Pierre Aubert et Jacques Lagrange
Conseiller artistique : Henri Marquet
Musique : Alain Romans
Producteur : Fred Orain (Cady films)
Directeur de la photographie : Jacques Mercanton, Jean Mousselle
D&#233;cors : Henri Schmitt et Roger Briaucourt
Son : Jacques Carr&#232;re (prise de son), Roger Cosson (sonorisation), Guy Michel-Ange (montage son)
Prise de vue : Pierre Ancrenaz, Andr&#233; Villard
Scripte : Sylvette Baudrot
Montage : Jacques Grassi, Ginou Bretoneiche, Suzanne Baron
Assistants r&#233;alisateurs : Pierre Aubert, Bernard Maurice
Photographe de plateau : Andr&#233; Dino
Pays d'origine : France
Format : 35 mm - Noir et blanc
Genre : Com&#233;die
Dur&#233;e : 96 minutes
Date de sortie : 25 f&#233;vrier 1953 (France)
R&#244;les principaux
Jacques Tati : M. Hulot
Nathalie Pascaud : Martine
Michele Rolla : la tante de Martine
Valentine Camax : l'Anglaise
Louis Perrault : Monsieur Fred
Andr&#233; Dubois : le commandant
Lucien Fr&#233;gis : l'h&#244;telier
Raymond Carl : le serveur&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Synopsis
Une petite station baln&#233;aire tranquille, des estivants qui s'occupent ou poursuivent leurs activit&#233;s habituelles, des enfants qui jouent sur la plage... M. Hulot, un nouvel arrivant, perturbe la routine des vacances de chacun par sa volont&#233; de bien faire et sa maladresse bruyante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autour du film&lt;/strong&gt;
Jacques Tati
Apr&#232;s des num&#233;ros de mimes tr&#232;s remarqu&#233;s au music-hall, Jacques Tati (de son vrai nom Jacques Tatischeff) r&#233;alise un premier long m&#233;trage en 1949, Jour de f&#234;te, qui re&#231;oit un tr&#232;s bon accueil du public et de la critique. En 1953, Jacques Tati r&#233;alise un second long m&#233;trage, Les Vacances de Monsieur Hulot, &quot;l'oeuvre comique la plus importante du cin&#233;ma mondial depuis les Marx Brothers et W.C. Fields&quot;, et &quot;un &#233;v&#232;nement dans l'histoire du cin&#233;ma parlant&quot; (Andr&#233; Bazin, M. Hulot et le temps, in Qu'est-ce que le cin&#233;ma, &#233;d. du Cerf). Suit en 1958 un troisi&#232;me film, Mon Oncle, qui remporte le prix sp&#233;cial du Jury &#224; Cannes et l'Oscar du meilleur film &#233;tranger. Lorsque Tati se rend &#224; Hollywood, pour y recevoir son Oscar, il demande &#224; rencontrer Buster Keaton, qui d&#233;clarera plus tard : &#171; Tati a commenc&#233; l&#224; o&#249; nous avions termin&#233;. &#187;
Cependant, le quatri&#232;me long m&#233;trage de Jacques Tati, Playtime, est un &#233;chec commercial et critique. &#192; cause de co&#251;ts de production d&#233;mesur&#233;s, le film ruine Tati. Apr&#232;s cet &#233;chec, le r&#233;alisateur ne tournera plus que quelques films mineurs &#224; l'&#233;tranger.
Le cin&#233;ma de Tati est remarquable par l'importance qu'il accorde au son et aux capacit&#233;s d'observation du spectateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pistes p&#233;dagogiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Analyse d'une s&#233;quence&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Diff&#233;rences et ressemblances dans le d&#233;but de l'oeuvre.
Le d&#233;but de l'oeuvre est int&#233;ressant par sa mise &#224; distance de la narration : il ne raconte pas grand chose, il joue sur les ressemblances et les diff&#233;rences des choses.
Dans les premiers plans, on voit les vagues recouvrir la plage, puis se retirer. Le son de la mer, lui aussi, recouvre la bande-son, puis se retire pour laisser la place &#224; la musique du g&#233;n&#233;rique (qui sera la principale musique du film).
Peu de temps apr&#232;s, un plan g&#233;n&#233;ral montre les quais de la gare, avec trois voies. Les vagues de vacanciers recouvrent un quai, puis se retirent, pour recouvrir un autre quai.
Enfin, on voit une voie de chemin de fer, avec le train qui descend vers le bord gauche de l'&#233;cran, accompagn&#233; par le bruit r&#233;gulier de la locomotive. Le plan suivant montre la m&#234;me diagonale, mais c'est une route, et le bruit r&#233;gulier de la locomotive c&#232;de la place au bruit irr&#233;gulier d'une voiture improbable, l'amilcar bringuebalante de Hulot.
Ce jeu sur les ressemblances et les diff&#233;rences permet de pr&#233;ciser la vision du comique propos&#233;e par le film : il ne s'agit pas de faire se succ&#233;der des gags, mais d'attirer l'attention du spectateur sur l'&#233;tranget&#233; et la cocasserie du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Le bal masqu&#233; (64'25-67'25)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S&#233;quence propos&#233;e : Le bal masqu&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette s&#233;quence, un bal est propos&#233; aux vacanciers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On y voit une soci&#233;t&#233; rigide cramponn&#233;e &#224; l'ordre et aux convenances, qui rejette le d&#233;sordre, la fantaisie, le jeu, incarn&#233;s par le personnage de Hulot. Rejet&#233; par ses pairs, le personnage r&#233;pand malgr&#233; tout son joyeux d&#233;sordre dans tout l'h&#244;tel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette s&#233;quence montre la revanche du plaisir, que la soci&#233;t&#233; essaie d'&#233;carter, et que la mise en sc&#232;ne ram&#232;ne au coeur de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Deux espaces oppos&#233;s
Toute la s&#233;quence est structur&#233;e autour d'une opposition entre deux espaces : d'un c&#244;t&#233;, le hall de l'h&#244;tel, un espace occup&#233; ; de l'autre, la salle de restauration transorm&#233;e en salle de bal, un espace libre.
L'opposition peut se lire &#224; diff&#233;rents niveaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;a. Le hall de l'h&#244;tel, un espace occup&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;b. La salle de bal, un espace libre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La population Ce sont les adultes qui se trouvent dans le hall. La salle de bal est occup&#233;e principalement par les enfants (et par deux femmes qui semblent &#234;tre de garde).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'am&#233;nagement Le hall de l'h&#244;tel est rempli par les tables, autour desquelles sont assis les vacanciers. L'espace semble rempli d'&#238;lots de personnages sans communication les uns avec les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les chaises ont &#233;t&#233; repouss&#233;es contre les murs, elles sont vides, l'espace est d&#233;gag&#233;, disponible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement Jeux de cartes, canevas, lectures, &#233;coute attentive autour de la radio... Adonn&#233;s &#224; leurs activit&#233;s routini&#232;res, les vacanciers sont fix&#233;s autour de leurs tables. Un des vacanciers refuse &#233;nergiquement l'invitation de son &#233;pouse &#224; s'amuser : &quot;L'heure est grave !&quot; annonce l'homme politique &#224; la radio. Lorsque le fils de M. Schmutz regarde, tout est immobile. On sent un appel au mouvement : le fils de M. Schmutz va voir si quelqu'un vient, les enfants jouent, une guirlande au plafond semble fr&#233;mir d'impatience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les appareils audio La radio est l'objet qui donne vie au hall de l'h&#244;tel. C'est l'origine du son qui caract&#233;rise le lieu : un discours politique pompeux, qui parle d'&quot;heure grave&quot;, de &quot;responsabilit&#233;s&quot;, en pleines vacances d'&#233;t&#233;, avec des phrases emphatiques et convenues...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appareil qui donne vie est le gramophone. C'est l'exact oppos&#233; de la radio : il n'est pas reli&#233; au monde ext&#233;rieur, il ne sert &#224; rien, &#224; part se divertir. A l'oppos&#233; du pompeux discours, il va jouer une musique entra&#238;nante, qui permet aux personnages de partager un moment de plaisir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opposition entre les deux lieux souligne le refus de la fantaisie et du divertissement par la soci&#233;t&#233; de l'h&#244;tel.
Les vacanciers ne veulent pas s'amuser. L'utilisation de la parole, dans l'h&#244;tel, est une autre marque de ce refus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. La parole comme bruit&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les films de Tati, la parole est souvent consid&#233;r&#233;e comme un bruit parmi d'autres. Les personnages n'ont rien &#224; &#233;changer, et le statut de la parole rappelle un peu La Cantatrice Chauve (1950). La parole est inutile, elle ne permet pas aux &#234;tres de communiquer, et elle est g&#234;nante, elle perturbe la communication entre les &#234;tres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;a. La parole inutile et g&#234;nante&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque l'&#233;pouse du joueur de cartes descend, les paroles qu'elle prononce sont &#224; peine audibles. Mais de toute fa&#231;on, elles ne servent &#224; rien : le mari a d&#233;cid&#233; de ne pas bouger et il ne bougera pas.
Dans la s&#233;quence, la parole qui domine est le discours &#224; la radio. Discours pompeux, pesant, qui ne signifie pas grand chose, qui n'attend aucune r&#233;action (il parle de &quot;prendre ses responsabilit&#233;s&quot;, mais il est impossible de lui r&#233;pondre...) et qui &#233;teint toute possibilit&#233; de communication : il remplit tout l'espace sonore. C'est &#224; c&#244;t&#233; de la parole, contre la parole que Hulot s'inscrit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;b. La tradition de la pantomime&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette s&#233;quence, tout est exprim&#233; sans le recours au dialogue, par les regards, les attitudes. On retrouve la tradition du burlesque muet et de la pantomime quand Hulot, d&#233;guis&#233; en pirate, descend les escaliers. Le personnage s'arr&#234;te un instant, les regards courrouc&#233;s ou &#233;tonn&#233;s des vacanciers soulignent l'&#233;tranget&#233; du personnage, qui n'appartient d&#233;cidemment pas &#224; la soci&#233;t&#233; de l'h&#244;tel...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;c. Points de rencontre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'un des points de rencontre amusant du discours politique avec l'image, comme s'il commentait par instants l'action qui se d&#233;roule sous nos yeux. Au moment o&#249; tous les regards sont tourn&#233;s vers Hulot et expriment la r&#233;probation des vacanciers, l'orateur s'adresse &quot;...aux habituels d&#233;tracteurs qui se complaisent dans une critique n&#233;gative de notre effort...&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au sein de cette soci&#233;t&#233; fig&#233;e, dont l'immobilisme est soulign&#233;e par le pompeux discours politique, l'apparition de Hulot d&#233;guis&#233; en pirate d&#233;tonne, et l'action doit se poursuivre ailleurs, dans les marges.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. Le bal aura-t-il lieu ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;a. Des personnages qui se croisent sans se voir&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec sa d&#233;marche &#224; la fois raide et &#233;lastique, Hulot repart et traverse le salon vers la droite.
Pendant ce temps, Martine, de l'autre c&#244;t&#233;, v&#234;tue d'une robe d'Arlequin et masqu&#233;e par un loup, entre dans la salle de bal, et regarde autour d'elle. Personne ne semble encore arriv&#233;. Elle avance vers la gauche.
On s'attend &#224; la rencontre des deux personnages, mais tandis que la cam&#233;ra accompagne Martine, le spectateur d&#233;couvre Hulot occup&#233; &#224; choisir un disque derri&#232;re un paravent. Ni l'un ni l'autre ne se voient. Le personnage de Hulot est cach&#233;, une fois de plus invisible.
Ces plans font de la tenue du bal une v&#233;ritable histoire &#224; suspens : les personnages vont-ils se voir ?
Apr&#232;s un regard dans le hall immobile et tr&#232;s s&#233;rieux (&quot;des saign&#233;es d'or mortelles...&quot; entend-on &#224; la radio), Martine traverse la salle en sens inverse, se pr&#233;pare &#224; repartir, pose la main sur la poign&#233;e...
Quand la musique se fait entendre. Martine referme la porte, se retourne, Hulot appara&#238;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;b. Une musique de fosse pr&#233;sente sur sc&#232;ne&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le statut de cette musique est int&#233;ressant. C'est la musique de fosse qui vient rythmer le film. Et pourtant, &#224; plusieurs reprises, elle est rattach&#233;e &#224; un appareil dont on nous sugg&#232;re qu'il produit la m&#233;lodie. M&#234;me si celle-ci ne sonne pas du tout comme une musique appartenant &#224; l'espace du film. C'est le cas dans cette s&#233;quence : la musique para&#238;t en fait produite par le gramophone.
Cette musique a &#233;galement une signification tout au long du film. En apparaissant de fa&#231;on r&#233;currente au d&#233;but et &#224; la fin des journ&#233;es, elle indique que chaque journ&#233;e a la m&#234;me valeur que la pr&#233;c&#233;dente. C'est une autre fa&#231;on de dire qu'en vacances, le temps de la vie 'courante' est suspendu. La musique souligne donc que le temps est arr&#234;t&#233;, que les personnages peuvent s'amuser... Saisissant contraste avec le discours de la radio, qui oublie que tout le monde est en vacances.
Nouvelle pantomime : au lieu d'entamer la conversation, Hulot joue l'embarass&#233;, emm&#232;ne Martine vers les chaises, la fait galamment asseoir, jette un serpentin sur le fils de M. Schmutz, puis finalement invite Martine &#224; danser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;c. L'enfance et la disponibilit&#233; au jeu&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Symboles d'une disponibilit&#233; au monde, d'une capacit&#233; d'&#233;merveillement sans cesse renouvell&#233;e, les enfants sont les compagnons r&#233;currents de Hulot. Ici, c'est le fils de M. Schmutz qui permet &#224; Hulot de sortir de son embarras par le jeu.
Quand Hulot prend Martine dans ses bras pour la danse, un gag se produit : o&#249; poser la main ? Sur le dos nu ? Non, impossible... plus bas ? Encore pire ! Reste un petit ruban, derri&#232;re la nuque, sur lequel Hulot peut poser un doigt...
Le geste &#233;vite ici toute sensualit&#233;, pour se poser sur le mince tissu d'un gag tout en finesse. Le personnage reste dans le jeu, dans une certaine na&#239;vet&#233; enfantine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. L'&#233;quilibre heureusement rompu&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant toute cette conversation muette, et pendant le d&#233;but de la danse, deux sons se font entendre en concurrence : le discours &#224; la radio et la musique du gramophone.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;a. Au diable le s&#233;rieux !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours de la danse, Hulot s'arr&#234;te un instant, monte le son de l'appareil, rendant le discours politique inaudible, et repart enthousiaste. Le travail sur le son, dans ce plan, met en &#233;vidence le r&#244;le de Hulot : la musique recouvre le discours politique, la fantaisie supplante la routine, Hulot, exclu de la soci&#233;t&#233; de l'h&#244;tel, y revient par le son qui le caract&#233;rise, comme tr&#232;s souvent dans le film.
Le plan suivant montre les vacanciers, de l'autre c&#244;t&#233; de la porte de la salle, qui se l&#232;vent de leur table en jetant des regards furieux vers la salle de bal. Le hall de l'h&#244;tel se met finalement en mouvement. La cam&#233;ra effectue un travelling arri&#232;re, lib&#233;rant l'espace pour laisser passer Hulot et sa partenaire, qui viennent prendre place au premier plan, tout &#224; leur plaisir de la danse, rel&#233;guant &#224; l'arri&#232;re-plan la col&#232;re des vacanciers, comme auparavant la musique a recouvert le discours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;b. Les regards&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La s&#233;quence se poursuit en montrant l'ext&#233;rieur de l'h&#244;tel. Le couple de retrait&#233;s se prom&#232;ne, comme &#224; son habitude. La femme est toute &#224; la contemplation du paysage de carte postale (la jet&#233;e, un phare, une barque), l'homme, en retrait, jette un coup d'oeil &#224; la fen&#234;tre, et voit en passant Hulot et Martine qui dansent. Alors que son &#233;pouse tourne au coin du b&#226;timent, l'homme, en catimini, revient en arri&#232;re et prolonge son plaisir en observant les deux danseurs qui s'amusent.
Le couple qui danse se trouve donc au centre de tous les regards : regards courrouc&#233;s des estivants dans le hall de l'h&#244;tel, regard admiratif du vieillard &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;c. La danse et la marche&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La danse est tout &#224; fait repr&#233;sentative des d&#233;placements de Hulot : alors que la plupart des personnages vont quelque part en ligne droite, Hulot est celui qui se perd, qui fait des &#233;carts, des d&#233;tours, qui fait demi-tour. Le retrait&#233; adopte la m&#234;me attitude : il avance, puis recule pour savourer un instant de plus ce moment de bonheur.
C'est aussi le propre de la mise en sc&#232;ne de faire des d&#233;tours, de revenir en arri&#232;re : on a quitt&#233; un instant Hulot et Martine, mais on y revient. Clin d'oeil du r&#233;alisateur qui, comme son personnage, ne peut s'emp&#234;cher de faire un pas en arri&#232;re pour profiter un peu plus longtemps d'un instant de bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Vacances de Monsieur Hulot s'efforce de remettre au centre de l'histoire un plaisir rel&#233;gu&#233; dans les marges par une soci&#233;t&#233; rigide et immobile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce plaisir, cette fantaisie sont dans l'histoire incarn&#233;s par le personnage de Hulot, disponible &#224; toutes les invitations, et en particulier &#224; celle du jeu, de la musique, de la danse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hulot, c'est aussi le personnage qui oublie les convenances, et provoque, de fa&#231;on involontaire, le trouble dans tout l'h&#244;tel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une sorte de revanche de la fantaisie, du plaisir, sur la raideur et le s&#233;rieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annexe : le discours de M. Durieux, ministre d'Etat&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans quelques instants, vous pourrez entendre un appel au pays de M. Durieux, ministre d'Etat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M. Durieux vous parle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Mes chers concitoyens, l'heure est grave. Je m'adresse &#224; vous ce soir afin de bien marquer la volont&#233; du gouvernement auquel j'appartiens de prendre ses responsabilit&#233;s devant les &#233;lecteurs, m&#234;me ceux qui sont rest&#233;s quelque peu &#233;trangers aux travaux parlementaires. De quoi s'agit-il ? Le ton pessimiste des rapports que j'ai pu examiner au cours des derniers mois ne laisse h&#233;las aucun doute. Aux habituels d&#233;tracteurs, qui se complaisent dans une critique n&#233;gative de notre effort, je demande de fournir des solutions neuves [bruit de vent]. En europ&#233;en convaincu je n'ai pas abandonn&#233; l'espoir de voir les fran&#231;ais &#233;carter l'accessoire pour s'unir sur l'essentiel. Les statistiques r&#233;cemment publi&#233;es, l'espoir que nos importations qui correspondent &#224; des saign&#233;es d'or mortelles d&#233;passent nos exportations de plusieurs centaines de milliards. Le concours de l'&#233;pargne est indispensable pour que soit assur&#233; sans recours &#224; l'inflation l'&#233;quilibre d'ensemble de nos comptes publics. [musique] Rompant avec un bureaucratisme p&#233;rim&#233; le moment est venu de produire dans les entreprises industrielles des missions de rationnalisation de nos prix de revient qui ont assur&#233; dans le monde cent ann&#233;es de progr&#232;s constants. Je pense des textes constitutionnels mais de l'usage que les hommes font de nos institutions. L'&#233;preuve ne compterait pas pour confondre ceux qui profitant du d&#233;sordre g&#233;n&#233;ral et de l'incertitude &#233;conomique... (inaudible) les questions d'armement car l'&#233;volution du fantassin au cours des trois derni&#232;res guerres mondiales montre que la guerre...&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse du film&lt;/strong&gt;
1. La vie sociale d'une station baln&#233;aire
a. Faites le portrait de chaque vacancier : &#226;ge, caract&#232;re, occupations (vous pouvez regrouper les personnages par famille). Lesquels jouent le jeu des vacances ? Lesquels s'ennuient ? Lesquels continuent leurs occupations ordinaires ?
b. Parmi les personnages, qui aime M. Hulot ? Qui ne l'aime pas ? Pour quelles raisons ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Un h&#233;ros invisible
M. Hulot essaie souvent de devenir invisible, de dispara&#238;tre. Relevez plusieurs exemples.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. La bande-son
a. Comment Hulot perturbe-t-il la bande sonore ? Relevez tous les bruits qui accompagnent Hulot et d&#233;rangent les vacanciers. Combien de fois les r&#233;veille-t-il ?
b. A quels moments la musique apparait-elle ? Quel est son r&#244;le ? De quelles fa&#231;ons apparait-elle ?
c. Comment les personnages conversent-ils ? Quelles paroles entend-on ? Qu'apportent-elles &#224; l'histoire ? Quelle est la place de la parole dans le film ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Les apparences trompeuses
Le film est plein de m&#233;prises : A prend X (chose, personnage, situation) pour Y (une autre chose, un autre personnage, une autre situation). Trouvez plusieurs exemples de ce principe. En quoi cela est-il comique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bibliographie (tr&#232;s) s&#233;lective
David Bellos, Jacques Tati, &#233;d. du Seuil, 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les com&#233;dies musicales - Annick Floret</title>
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		<dc:creator>Emmanuelle Gibault</dc:creator>



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&lt;p&gt;Com&#233;dies musicales par Annick Fiolet La com&#233;die musicale a souvent &#233;t&#233; abord&#233;e d'un point de vue structural, qui met en avant un antagonisme entre la narration classique et les num&#233;ros musicaux : &#171; Le musical repose sur la diff&#233;renciation de deux types de segments filmiques, qui pr&#233;side &#224; un partage nouveau des deux fins du cin&#233;ma hollywoodien, le narratif et le spectaculaire. &#187; [1] Or, si on recherche dans la com&#233;die musicale les capacit&#233;s artistiques qui lui sont propres, les concepts de r&#233;cit et de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Danse et chor&#233;graphie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='h3 spip'&gt; &lt;strong&gt;Com&#233;dies musicales
par Annick Fiolet&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La com&#233;die musicale a souvent &#233;t&#233; abord&#233;e d'un point de vue structural, qui met en avant un antagonisme entre la narration classique et les num&#233;ros musicaux : &#171; Le musical repose sur la diff&#233;renciation de deux types de segments filmiques, qui pr&#233;side &#224; un partage nouveau des deux fins du cin&#233;ma hollywoodien, le narratif et le spectaculaire. &#187; [1] Or, si on recherche dans la com&#233;die musicale les capacit&#233;s artistiques qui lui sont propres, les concepts de r&#233;cit et de spectacle ne sont pas pertinents. Il y a l&#224; une forme singuli&#232;re, o&#249; la danse doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#224; &#233;galit&#233; avec les autres &#233;l&#233;ments du film.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Formellement la danse se distingue du mouvement ordinaire, et certains films mettent l'accent sur la transition, le passage de l'un &#224; l'autre, ainsi que l'a tr&#232;s justement d&#233;crit Deleuze : &#171; C'est le moment de v&#233;rit&#233; o&#249; le danseur marche encore, mais d&#233;j&#224; somnambule qui va &#234;tre poss&#233;d&#233; par le mouvement qui semble l'appeler : on le trouve chez Fred Astaire dans la promenade qui devient danse insensiblement (The Bandwagon de Minnelli) aussi bien que chez Kelly, dans la danse qui semble na&#238;tre de la d&#233;nivellation du trottoir (Chantons sous la pluie de Donen) &#187; [2].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce passage du mouvement &#224; la danse, cette naissance, laisse appara&#238;tre un moment d'ind&#233;cidable, un geste ambigu, qui n'est d&#233;j&#224; plus un mouvement ordinaire, mais n'est pas encore une danse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. LA RENCONTRE AMOUREUSE DANS THE BANDWAGON [3] : LE PAS AVANT LE PAS&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La s&#233;quence de The Bandwagon dont parle Deleuze -&#8221;Dancing in the Dark&#8221;- se situe juste apr&#232;s une explication franche entre Tony Hunter (Fred Astaire), et Gabrielle G&#233;rard (Cyd Charisse). Pendant tout le d&#233;but du film leurs rapports ont &#233;t&#233; odieux, et pas une fois ils n'ont dans&#233; ensemble. Cette explication met fin &#224; un malentendu, et s'ach&#232;ve sur une question pleine de promesses : &quot;Pouvons nous vraiment danser ensemble ?&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sortent et d&#233;couvrent le monde pendant un trajet en cal&#232;che. Ils s'arr&#234;tent dans un parc, une faible musique se fait entendre. Ils descendent et marchent c&#244;te &#224; c&#244;te ; apr&#232;s un tournant sombre ils se retrouvent soudain au milieu d'un bal. L'&#233;cran est soudain rempli par des couples qui dansent, et, contre toute attente, le couple de danseurs r&#233;put&#233;s traverse ce bal en marchant, s&#233;par&#233;ment, l'air d&#233;tach&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a d&#233;j&#224; l&#224; une &#233;vocation trouble et puissante de la danse : l'id&#233;e de la danse est &#224; la fois pr&#233;sent&#233;e et soustraite. La danse se fait d&#233;sirer. A nouveau seuls, ils continuent leur marche, mais diff&#233;remment : ils &#233;voluent &#224; pr&#233;sent de fa&#231;on synchrone, au rythme de la musique : le geste se manifeste par un croisement l&#233;g&#232;rement plus accentu&#233; des jambes, comme un trouble, une d&#233;faillance du mouvement ordinaire de la marche. Le geste se pr&#233;cise, Cyd Charisse d&#233;veloppe un rond de jambe. Fred Astaire encha&#238;ne aussit&#244;t avec un tour nonchalant, &#224; peine dans&#233;, un geste similaire qui r&#233;pond &#224; celui esquiss&#233; par Cyd Charisse. La marche reprend son cours, le geste fugitif est une danse non dans&#233;e, aussi bien qu'un pas &#224; peine dans&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e de la danse qui a &#233;t&#233; condens&#233;e dans le bal, semble avoir &#233;t&#233; emport&#233;e par les personnages. La danse appara&#238;t comme une &#233;nergie potentielle qui sature le mouvement et s'&#233;panche dans le geste. Le mouvement est interrompu par un geste singulier, dont toute la beaut&#233; r&#233;side dans cette ambigu&#239;t&#233; entre la danse et le mouvement banal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette s&#233;quence souligne deux aspects fondamentaux du geste : 1. sa nature intrins&#232;quement ambigu&#235;, 2. sa capacit&#233; &#224; interrompre le mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Le caract&#232;re ambigu des gestes cin&#233;matographiques a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; relev&#233; par Elisabeth Boyer : &#171; ils sont impurs car ils ne signifient pas et sont absolument ambigus. L'ambigu&#239;t&#233; est essentielle aux op&#233;rations de cin&#233;ma. C'est le deux de &quot;l'impuret&#233; de l'id&#233;e&quot; du sens d&#233;jou&#233;. &#187; [4] Ici l'ind&#233;cidable li&#233; &#224; la danse provoque une &#233;motion trouble, qui &#233;voque l'&#233;motion d&#233;concertante d'une rencontre amoureuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. La capacit&#233; d'interruption du geste implique n&#233;cessairement que le geste est autre chose que le mouvement. Le concept de geste d&#233;termine un certain type d'op&#233;ration de cin&#233;ma : pour penser l'art &#224; partir du geste il faut le s&#233;parer radicalement de toute id&#233;e de mouvement puisqu'essentiellement il l'interrompt. M&#234;me si le geste advient &#224; partir du mouvement il l'exc&#232;de, il prend sa place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette distinction essentielle entre appara&#238;t &#233;galement dans un autre type de geste : apr&#232;s avoir repris la marche Fred Astaire effectue un second tour sur lui-m&#234;me, puis s'arr&#234;te, la jambe tendue sur le c&#244;t&#233;, et Cyd Charisse prend place en face de lui dans la m&#234;me position. Les deux danseurs se figent pendant un instant aussi bref que remarquable. Ce geste de l'arr&#234;t, de la pose franche, advient comme cl&#244;ture du &quot;juste avant la danse&quot; qui pr&#233;c&#232;de. Au-del&#224; d'une simple interruption ce geste d&#233;signe l'acte m&#234;me d'interrompre, par un arr&#234;t total. C'est seulement ensuite que la danse se d&#233;ploie dans toute sa pl&#233;nitude.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;sir de danse est fortement suscit&#233; chez le spectateur : la question de Cyd Charisse dans la sc&#232;ne pr&#233;c&#233;dente, la pr&#233;sence soustraite de la danse dans la sc&#232;ne du bal, et surtout le fait que le couple n'a pas une seule fois dans&#233; ensemble depuis le d&#233;but du film. Il y a ainsi une tension, une attente , &#233;labor&#233;e sur la dualit&#233; d&#233;sir/frustration, dont participe une certaine tonalit&#233;, une figure r&#233;currente du genre, qualifi&#233;e par Alain Masson de &quot;degr&#233; z&#233;ro&quot; [5] Le degr&#233; z&#233;ro est d&#233;fini selon trois crit&#232;res principaux : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; un ou deux personnages se trouvent isol&#233;s, le plus souvent &#224; l'ext&#233;rieur, la nuit contribuant &#224; augmenter cette sensation d'isolement ; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; une musique se fait entendre ; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; un contexte sentimental. Ce degr&#233; z&#233;ro cr&#233;e la sensation d'un manque, d'un vide, qui appelle la danse (qui lui succ&#232;de la plupart du temps).]]. Cette attente de la danse est nou&#233;e par le film &#224; l'intrigue sentimentale : le d&#233;sir de voir Cyd Charisse et Fred Astaire danser ensemble se greffe &#224; celui d'une rencontre amoureuse entre les personnages. Ils se sont d&#233;j&#224; rencontr&#233;s mais pour des raisons professionnelles, une rencontre de rivaux qui a donn&#233; suite &#224; des relations tendues et d&#233;fiantes. La rencontre dans&#233;e dans le parc, par sa singularit&#233; formelle, d&#233;signe une v&#233;rit&#233; de l'amour : toute rencontre amoureuse est une deuxi&#232;me rencontre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette rencontre a lieu &#224; un point du film o&#249; le d&#233;sir du spectateur a &#233;t&#233; port&#233; &#224; son comble, ce qui lui conf&#232;re doublement un statut d'&#233;v&#232;nement. La danse n'est nullement ornementale, ou spectaculaire, elle soutient une pens&#233;e de la rencontre amoureuse comme &#233;v&#232;nement au plus loin de tout sentimentalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le geste ambigu qui pr&#233;c&#232;de cet &#233;v&#232;nement, ce pas avant le pas, pr&#233;sente l'id&#233;e de la danse en soustrayant son effectuation v&#233;ritable. La soustraction de la danse cr&#233;e un vide, qui signale l'imminence de l'entr&#233;e en danse, de la rencontre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet &#233;v&#232;nement/rencontre constitue un point de pivot pour la s&#233;quence et pour le film. Cet effet de basculement appara&#238;t dans la sym&#233;trie de la construction : la sc&#232;ne du parc s'ouvre et se ferme sur un trajet en cal&#232;che, qui semble &#234;tre le m&#234;me -ils sont assis, cadr&#233;s en plan fixe et un paysage nocturne d&#233;file derri&#232;re eux. Cependant c'est justement cette r&#233;p&#233;tition d'un m&#234;me trajet, qui met en &#233;vidence des diff&#233;rences l&#233;g&#232;res : La premi&#232;re fois les deux personnages sont actifs, ils discutent, semblent red&#233;couvrir le monde &#224; deux, et le d&#233;signent hors-champ par des gestes -&quot;Regarde, des arbres ! Des gens !&quot;- ; la seconde fois, m&#234;me le geste minimal impliqu&#233; par la parole est absent, ils sont parfaitement silencieux et immobiles. Pour le spectateur la situation est globalement la m&#234;me, un couple dans une cal&#232;che ; mais les personnages eux m&#234;mes semblent transform&#233;s, rien n'a chang&#233; mais pourtant tout a chang&#233;. Ce parall&#232;le des deux trajets pose ainsi la rencontre comme ce qui structure le temps : il y a bien eu un passage entre un avant et un apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le geste introduit entre le mouvement et la danse ne peut pas &#234;tre interpr&#233;t&#233; dans le seul sens d'une figure r&#233;aliste qui maintiendrait une continuit&#233; : le geste ici constitue un indice de rupture. Le mouvement ordinaire et la danse ne se trouvent pas pour autant oppos&#233;s dans une dichotomie naturel/artificiel, mais sont ce qui supporte l'id&#233;e d'un passage, d'un changement formellement visible dans la relation des deux personnages. Le geste inscrit ce passage dans une dur&#233;e, le met en relief.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut insister sur le fait que le geste cr&#233;e une dur&#233;e, alors que la danse elle m&#234;me s'inscrit plus dans un espace. Le geste avant la danse est n&#233;cessaire pour &#233;tablir un espacement dans une dur&#233;e, qui rend compte de la transformation op&#233;r&#233;e par la rencontre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. LE GESTE COMME INDICE D'UNE SUBJECTIVITE : PAJAMA GAME DE STANLEY DONEN [6]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intrigue du film a lieu dans une usine de pyjama : le directeur de l'usine refuse obstin&#233;ment aux ouvriers une augmentation, qui a pourtant &#233;t&#233; accord&#233;e dans d'autres usines. Sid Sorokin (le nouveau directeur d'atelier) rencontre Babe Williams (qui est &#224; la t&#234;te du comit&#233; ouvrier des r&#233;clamations). Ils d&#233;cident de s'aimer malgr&#233; leur d&#233;saccord profond sur ce qui se passe &#224; l'usine. Ce film disjoint l'amour et la politique. Il soutient qu'une situation politique ne peut trouver de traitement que politique. La question de l'amour n'est pas pour autant &#233;vacu&#233;e, mais elle est pens&#233;e comme s&#233;par&#233;e radicalement de la question politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comparaison de deux s&#233;quences : &quot;Hurry up&quot;/&quot;Slow down&quot;. Certains &#233;l&#233;ments sont pr&#233;sent&#233;s de fa&#231;on identiques dans les deux sc&#232;nes : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; m&#234;me lieu, l'atelier de couture ; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; m&#234;me action, les couturi&#232;res travaillent derri&#232;re leur machine &#224; coudre, ou &#224; repasser, &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; m&#234;me chanson : &quot; hurry up ! Can't waste time&quot; La r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes objets, des m&#234;mes mouvements met en exergue l'op&#233;ration cin&#233;matographique qui consiste ici &#224; un travail sur le temps, qui se donne par la diff&#233;rence de tempo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. La premi&#232;re s&#233;quence se trouve juste apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique au d&#233;but du film, c'est une pr&#233;sentation de l'usine, plus particuli&#232;rement de l'atelier de couture. Les ouvriers travaillent sous l'ordre du chef d'atelier qui donne lui m&#234;me le tempo en frappant du pied par terre et en scandant &quot;HURRY UP !&quot;, puis &quot;CAN'T WASTE TIME !&quot; (D&#233;p&#234;chons ! Pas de temps &#224; perdre.). Ce refrain est repris par les ouvri&#232;res -ch&#339;ur des femmes-, puis par les magasiniers -ch&#339;ur des hommes-. Ce rythme impos&#233; est entrecoup&#233; par deux couplets plus lents, chant&#233;s par les ouvriers de l'entrep&#244;t : &quot;Quand est-ce que le vieux Hasler c&#233;dera et nous accordera les 7,5 cents ?&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sc&#232;ne se termine en ballet, les couturi&#232;res se l&#232;vent en chantant et en agitant des bouts de tissus, les ouvriers courent &#224; travers les all&#233;es rectilignes, en brandissant des tissus color&#233;s. (Une autre sc&#232;ne vient s'interposer : Sid Sorokin a une altercation avec un ouvrier et rencontre ainsi pour la premi&#232;re fois le comit&#233; des ouvriers, plus particuli&#232;rement Babe Williams.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail et la chanson reprennent sous les invectives du chef, le tempo s'acc&#233;l&#232;re de plus en plus, la musique et les images sont pass&#233;es en acc&#233;l&#233;r&#233; : l'atelier est m&#233;tamorphos&#233; en une v&#233;ritable fourmili&#232;re, les ouvriers ont l'air de marionnettes qui s'agitent de fa&#231;on folle et d&#233;sordonn&#233;e. Au premier plan une manche de pyjama se l&#232;ve et s'abaisse fr&#233;n&#233;tiquement, donnant l'impression d'un salut militaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Le sym&#233;trique de cette s&#233;quence est situ&#233; vers le milieu du film, juste apr&#232;s la d&#233;claration d'amour chant&#233;e entre Sid et Babe (&quot;I love you more&quot;). Le syndicat a d&#233;cid&#233; d'agir et lance le nouveau mot d'ordre dans l'atelier &quot;Slow down&quot; (ralentissons). Babe Williams s'installe &#224; sa machine et &#233;tablit le silence : la musique alors s'entend distinctement, le tempo ralentit, et Babe donne le nouveau rythme de travail. D&#233;licatement, elle l&#232;ve le bras, le d&#233;plie tout doucement, attrape le fil entre ses doigts. Tout l'atelier est touch&#233; par la gr&#226;ce, m&#234;mes les pyjamas remplis de vapeur ont l'air de s'&#233;tirer comme s'il s'&#233;veillaient. Le geste d&#233;li&#233; de chaque couturi&#232;re entre en configuration avec le d&#233;placement des hommes qui l&#232;vent les genoux tr&#232;s haut et d&#233;composent chaque pas. Quand ils se croisent ils effectuent au ralenti un salut familier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE TEMPS / LE TRAVAIL&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;s la premi&#232;re s&#233;quence survient l'id&#233;e de deux temps distincts :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. celui donn&#233; par le contrema&#238;tre, ce temps l&#224; &#233;quivaut &#224; une soumission du travail &#224; la production, cette conception est r&#233;sum&#233;e par l'injonction &quot;HURRY UP&#8221;. Ce mot d'ordre est celui de la logique cruelle de la productivit&#233;, ainsi que le chantent les ouvri&#232;res : &quot;Un combat perdu d'avance contre la montre&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. celui des ouvriers, qui se donne imm&#233;diatement comme une r&#233;sistance au temps qui lui est impos&#233; : la revendication se chante d&#233;j&#224; sur un tempo ralenti, qui interrompt celui du &quot;HURRY UP&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opposition de ces deux tempos est li&#233;e &#224; une prise de position sur la figure du travail. Le discours, le r&#244;le du chef d'atelier consiste &#224; nier l'ouvrier, &#224; abstraire le travail ; id&#233;e condens&#233;e dans un propos laconique :&quot;Les vestes ont 15 minutes de retard sur les pantalons&quot;. Le chef lui ne travaille pas, ne produit rien : il reste debout &#224; taper du pied, il est l&#224; pour surveiller les ouvriers, pour leur donner la cadence du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mot d'ordre du chef d'atelier marque clairement une position : ici il n'y a pas de place pour l'ouvrier, ni pour la prise en consid&#233;ration de son travail -de sa valeur intrins&#232;que, seul compte le travail du point de vue du r&#233;sultat, de la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette scission entre deux tempos diam&#233;tralement oppos&#233;s advient de mani&#232;re encore plus frappante dans l'antagonisme formel entre la fin m&#233;canis&#233;e de cette sc&#232;ne et celle du &quot;slow down&quot;. Dans la premi&#232;re sc&#232;ne l'id&#233;e qui ressort de l'acc&#233;l&#233;ration est une d&#233;shumanisation de l'atelier, une uniformisation des hommes et des machines -on peut repenser aux Temps modernes de Charlie Chaplin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &quot;slow down&quot; au contraire laisse percer l'id&#233;e d'une volont&#233; d'arr&#234;ter le temps. Le geste ici encore consiste &#224; interrompre le mouvement : l'acc&#233;l&#233;ration du mouvement semble immobilis&#233;e par la retenue du geste. Le temps est suspendu, le geste donne naissance &#224; un nouveau temps, ma&#238;tris&#233; par les ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque couturi&#232;re r&#233;invente le geste quotidien du travail dans une lenteur gracieuse. Le ralenti est ici une cr&#233;ation r&#233;elle de l'acteur, et c'est cela qui s'oppose v&#233;ritablement &#224; l'acc&#233;l&#233;ration m&#233;canique de la premi&#232;re s&#233;quence. La dur&#233;e du geste concentre notre pens&#233;e sur l'importance du travail, sur la pr&#233;cision qu'il requiert. L'artificialit&#233; est paradoxalement ce qui rapproche du quotidien, ainsi que Brecht le souligne : &#171; Il est toutefois n&#233;cessaire que la stylisation n'abolisse pas mais au contraire intensifie le naturel. En tout cas un th&#233;&#226;tre qui tire tout du gestus ne peut se passer de chor&#233;graphie. Rien que l'&#233;l&#233;gance du mouvement et la gr&#226;ce d'un arrangement distancient, et l'invention pantomimique aide beaucoup la fable. &#187; [7]. Le naturel n'est nullement restitu&#233;, ou imit&#233;, il est le r&#233;sultat d'une cr&#233;ation artistique, d'une invention. Le geste donne de l'importance &#224; l'acte quotidien du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette irruption de l'invention, la gr&#226;ce souple des bras, l'aspect courbe et d&#233;compos&#233; des gestes, tout cela entre en contradiction avec la configuration rectiligne de l'atelier. Dans cette sc&#232;ne un acte politique se donne comme une invention collective, invention de chacun dans le geste qu'il effectue, invention qui contamine l'ensemble de l'atelier, qui transforme le lieu lui-m&#234;me par la chor&#233;graphie. L'objectif initial, la revendication syndicale, se dissout dans l'importance de l'acte en lui-m&#234;me : le &quot;slow down&quot; n'est plus un simple moyen de pression, il constitue une appropriation de l'usine par les ouvriers, une prise sur le temps. Le geste &#233;tablit la dur&#233;e n&#233;cessaire &#224; la pens&#233;e, celle de l'ouvrier, celle du spectateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La beaut&#233; &#233;mane d'un m&#233;lange trouble entre la d&#233;sob&#233;issance, le courage du refus, la force de la r&#233;bellion ; et la lenteur, la gr&#226;ce des gestes, la plaisir esth&#233;tique d'une chor&#233;graphie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'AMOUR / LA POLITIQUE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la premi&#232;re s&#233;quence la chanson &#8220;Hurry up&#8221; s'ach&#232;ve sur un ballet, juste avant la reprise en acc&#233;l&#233;r&#233;. Aussi dans la s&#233;quence du &#8220;slow down&#8221;, l'ensemble des gestes qui se pr&#233;sente comme une danse retenue, laisse pr&#233;sager une explosion finale en ballet v&#233;ritable : il y a l'attente d'une lib&#233;ration de la danse, associ&#233;e &#224; un d&#233;ploiement de la capacit&#233; politique. Ce d&#233;sir est contrecarr&#233; par l'arriv&#233;e brutale de Sid Sorokin, qui fait doublement figure de trouble f&#234;te : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; il stoppe net l'action des ouvriers et les remet au travail par la menace ; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; il emp&#234;che du m&#234;me coup la danse de se d&#233;ployer, il interrompt la com&#233;die musicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La voix imp&#233;rative de Sorokin a pour effet imm&#233;diat de figer le geste : les couturi&#232;res semblent soudain p&#233;trifi&#233;es et retombent sur leur si&#232;ge. L'imp&#233;ratif de Sorokin consiste &#224; une reprise du travail, du mouvement, c'est l'expression d'une volont&#233; de continuation, de reprise du &#8220;courant normal des choses&#8221;, que le geste avait interrompu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Babe Williams r&#233;agit apr&#232;s une seconde de r&#233;flexion, elle introduit un tissu dans le m&#233;canisme de sa machine et provoque ainsi un court circuit qui met hors d'usage tout l'atelier. Elle se l&#232;ve ensuite et se d&#233;nonce d'elle m&#234;me : &#8220;I did !&quot; (C'est moi !). Elle se fait renvoyer froidement par Sorokin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette sc&#232;ne est cruciale car un basculement d&#233;cisif de l'identification s'y d&#233;roule : le personnage de Sid Sorokin devient &#233;minemment antipathique, alors que Babe Williams supporte soudain de fa&#231;on conjointe l'id&#233;e de l'ouvrier en col&#232;re et celle du spectateur furieux. L'id&#233;e d'une &#8220;d&#233;faite&#8221; des ouvriers est &#233;vacu&#233;e par cet acte de courage, qui bien qu'il soit isol&#233; concentre le refus de c&#233;der de tous les ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fin de la sc&#232;ne op&#232;re une focalisation sur Sid Sorokin et Babe williams, ce qui provoque un r&#233;tr&#233;cissement, la situation collective est condens&#233;e dans un face &#224; face. Toute sentimentalit&#233; est &#233;vacu&#233;, les deux camps sont pr&#233;sent&#233;s ici comme irr&#233;m&#233;diablement antagoniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir renvoy&#233; Babe, Sid se br&#251;le en voulant r&#233;parer la machine &#224; coudre (&quot;Vous vous &#234;tes br&#251;l&#233; ?&quot; -&quot;Oui, deux fois&#8221;). La douleur est l'indice d'une r&#233;percussion du conflit collectif sur une relation intime. Ainsi le renvoi de Babe s'impose &#233;galement comme apog&#233;e du conflit amoureux, de fa&#231;on d'autant plus &#233;mouvante que la sc&#232;ne pr&#233;c&#233;dente &#233;tait une vigoureuse d&#233;claration d'amour : voil&#224; donc une juxtaposition f&#233;roce entre la joie d'une d&#233;claration, chant&#233;e et dans&#233;e, et la douleur d'un conflit qui vient &#224; la place du ballet attendu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a bien ici une copr&#233;sence des deux situations, politiques et amoureuses, mais le film r&#233;ussit &#224; maintenir l'id&#233;e d'une s&#233;paration radicale des deux. Cette s&#233;paration constitue une mise &#224; distance de la conception romantique de l'amour dans l'harmonie, o&#249; toute contradiction est mortelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film affirme tout le contraire : L'amour est toujours possible, ce n'est pas une harmonie av&#233;r&#233;e, le r&#233;sultat d'une supr&#234;me entente, mais au contraire un processus, qui ne consiste pas &#224; r&#233;soudre un conflit mais &#224; l'assumer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le conflit politique n'appara&#238;t pas comme un obstacle &#224; l'amour, bien que chaque amoureux fasse partie d'un camp oppos&#233; : cela cr&#233;e une s&#233;paration, un suspens de l'amour, mais n'interrompt pas le processus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au plus loin de l'id&#233;e d'harmonie, la s&#233;paration, le d&#233;saccord politique, tout cela fait parti du processus amoureux. De m&#234;me l'amour n'a pas d'incidence sur le conflit politique qui oppose ici deux camps : celui des ouvriers et celui du directeur de l'usine. Les deux camps ne sont pas r&#233;concili&#233;s &#224; la fin du film, ni par l'amour, ni par rien d'autre, m&#234;me si les amoureux trouvent une tr&#234;ve personnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film s'ach&#232;ve sur une victoire illusoire des ouvriers : Hasler leur accorde l'augmentation revendiqu&#233;e, mais ils ignorent qu'il l'avait depuis longtemps comptabilis&#233;e et encaiss&#233;e pour son propre compte. Cela ne doit pas &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme une vision pessimiste de la politique -les ouvriers se font toujours avoir-, mais au contraire comme une distinction pertinente, surtout &#224; l'&#233;poque, entre la platitude carnavalesque de cette pseudo victoire syndicale, et la force d'un acte politique. Dans la sc&#232;ne du &#8220;slow down&#8221; le geste est apparu comme une interruption du mouvement impos&#233; &#224; l'ouvrier. C'est cette capacit&#233; d'interruption qui conf&#232;re au geste une consistance subjective, qui d&#233;signe une capacit&#233; politique en acte. Le film soutient une certaine id&#233;e de la politique, qui ne peut &#234;tre restreinte &#224; une revendication de salaire mais qui se constitue essentiellement comme capacit&#233; d'interruption. Que le geste une fois ait eu lieu, et persiste dans le souvenir du spectateur dans toute sa lenteur et sa gr&#226;ce, cela suffit &#224; inscrire la politique dans le domaine du possible, ce qui constitue la v&#233;ritable victoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annick FIOLET
Notes
[1] Alain MASSON, Com&#233;die musicale, &#233;d. Ramsay poche, p. 33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[2] Gilles DELEUZE, L'image-temps, Editions de Minuit, p.83.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[3] Tous en sc&#232;ne, de Vincente Minnelli (1953).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[4] Elisabeth BOYER, &#8220;Quelle action ?&quot;, L'art du cin&#233;ma N&#176;7.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[5] voir Alain MASSON, op. cit. p.112 &#224; 114.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[6] Pique-nique en pyjama, de Stanley Donen, 1957.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[7] B.BRECHT, Petit organon pour le th&#233;&#226;tre, L'Arche, p.73.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;trospective danse - liste de travail</title>
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		<dc:creator>Emmanuelle Gibault</dc:creator>



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&lt;p&gt;COM&#201;DIES MUSICALES Top Hat - Mark Sandrich - USA - 1935 - 1h41 voir ici The gang's all there (Banana Split) - Busby Berkeley - USA - 1943 voir ici et ici Sing your way home - Anthony Mann - USA- 1945 - 1h12 Les chaussons rouges - Michael Powell et Emeric Pressburger - Angleterre - 1948 - 2h13 voir ici et ici Un am&#233;ricain &#224; Paris - Vincente Minnelli - USA - 1951 - 1h53 voir ici et ici Tous en sc&#232;ne - Vincente Minnelli - USA - 1953 - 1h51 voir (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Danse et chor&#233;graphie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;COM&#201;DIES MUSICALES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Top Hat&lt;/strong&gt; - Mark Sandrich - USA - 1935 - 1h41
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/sandrich/tophat.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;The gang's all there (Banana Split)&lt;/strong&gt; - Busby Berkeley - USA - 1943 &lt;a href='http://fr.wikipedia.org/wiki/Banana_Split_(film,_1943)' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt; &lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=flfB4PGBHhE' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sing your way home&lt;/strong&gt; - Anthony Mann - USA- 1945 - 1h12&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les chaussons rouges&lt;/strong&gt; - Michael Powell et Emeric Pressburger - Angleterre - 1948 - 2h13
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=aCzKkWDzriQ' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/mire/mire_chaussonsrouges.htm' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un am&#233;ricain &#224; Paris&lt;/strong&gt; - Vincente Minnelli - USA - 1951 - 1h53
&lt;a href='http://www.critikat.com/Un-Americain-a-Paris.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=HrwhTJhfd3A' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous en sc&#232;ne&lt;/strong&gt; - Vincente Minnelli - USA - 1953 - 1h51
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/minnelli/tousenscene.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt; &lt;a href='http://www.dailymotion.com/video/x38ull_tous-en-scene-fred-astaire-cyd-char' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rock du bagne&lt;/strong&gt; - Richard Thorpe - USA - 1957 - 1h36
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/thorpe/rockdubagne.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Girls&lt;/strong&gt; - Georges Cukor - USA - 1957 - 1h54
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/cukor/girls.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;West Side Story&lt;/strong&gt; - Robert Wise - USA - 1960 - 2h31
&lt;a href='http://archive.filmdeculte.com/culte/culte.php?id=199' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les demoiselles de Rochefort&lt;/strong&gt; - Jacques Demy - France - 1967 - 2h04
&lt;a href='http://www.lescinephiles.net/t840-les-demoiselles-de-rochefort-jacques-demy-michel-legrand-1967' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cabaret&lt;/strong&gt; - Bob Fosse - USA - 1972 - 2h04
&lt;a href='http://www.critikat.com/Cabaret.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bugsy Malone&lt;/strong&gt; - Alan Parker - Angleterre - 1976 - 1h36
&lt;a href='http://www.critikat.com/Bugsy-Malone.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;All that Jazz&lt;/strong&gt; - Bob Fosse - USA - 1979 - 2h03
&lt;a href='http://www.critikat.com/All-That-Jazz-Que-le-spectacle.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=9UN68ujZdTE' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tango, No me dejes nunca&lt;/strong&gt; - Carlos Gardel et Carlos Rivalora - France - 1998 - 1h55&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Hole&lt;/strong&gt; - Tsai Ming Liang - Ta&#239;wan - 1998 - 1h35
&lt;a href='http://www.lumiere.org/films/hole-the.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;DOCUMENTAIRES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;p&#233;titions&lt;/strong&gt; - Marie Andr&#233; - Belgique - 1985 - 45'&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Latcho Drom&lt;/strong&gt; - Tony Gatlif - France - 1992 - 1h43
&lt;a href='http://www.annonaypremierfilm.org/2003/music/latchodrom.pdf' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.dailymotion.com/video/x9c1me_latcho-drom-tony-gatlif-extrait-1_music' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corps accords&lt;/strong&gt; - Michel Follin - France - 2003 - 1h
&lt;a href='http://www.artepro.com/fr_fichiers/fichiers/01642677.pdf' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers Mathilde&lt;/strong&gt; - Claire Denis - France - 2005 - 1h24
&lt;a href='http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/article_imprim.php3?id_article=43694' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=8LekqvN9p0g' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1, 2, 3 Dansez !&lt;/strong&gt; - Marylin Agrelo - USA - 2005 - 1h45
&lt;a href='http://archive.filmdeculte.com/film/film.php?id=1397' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.commeaucinema.com/film/un-deux-trois-dansez,49862' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maestros Milongueros&lt;/strong&gt; - Bebe Karim - Espagne - 2006 - 1h16
&lt;a href='http://www.musicargentina.com/fr/actualites/faire-decouvrir-les-maestros-milongueros.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Danse, l'op&#233;ra de Paris&lt;/strong&gt; - Fr&#233;d&#233;rick Wiseman - France - 2009 - 2h38
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=816gwvz7KFw' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Nuit, elles dansent&lt;/strong&gt; - Isabelle Lavigne et St&#233;phane Thibault - Quebec - 2011 - 1h21
&lt;a href='http://www.cinoche.com/actualites/isabelle-lavigne-et-stephane-thibault-parlent-de-la-nuit-elles-dansent/index.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.dailymotion.com/video/xirr00_cannes-2011-la-nuit-elles-dansent_shortfilms' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;FICTIONS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeux d'&#233;t&#233;&lt;/strong&gt; - Ingmar Bergman - Su&#232;de - 1950 - 1h30
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/bergman/jeuxdete.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;French Cancan&lt;/strong&gt; - Jean Renoir - France - 1954 - 1h45
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/renoir/frenchcancan.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Orfeu Negro&lt;/strong&gt; - Marcel Camus - Italie/Br&#233;sil/France - 1959 - 1h45
&lt;a href='http://www.critikat.com/Orfeu-negro.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=HtjQ1t5FWv8' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Acrobate&lt;/strong&gt; - Jean-Daniel Pollet - France - 1976 - 1h37
&lt;a href='http://archive.filmdeculte.com/video/video.php?id=282' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=U7Pwf_DTyiw' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noroit&lt;/strong&gt; - Jacques Rivette - France - 1976 - 2h
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/rivette/noroit.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=U4zseAvDAtk' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noces de sang&lt;/strong&gt; - Carlos Saura - France/Espagne - 1981 - 1h12
&lt;a href='http://www.atmospheres53.org/film.php?f=1267' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute une nuit&lt;/strong&gt; - Chantal Ackerman - Belgique - 1982 - 1h30
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=5A8uamnq6q8' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Bal&lt;/strong&gt; - Ettore Scola - Italie/France/Alg&#233;rie - 1983 - 1h52
&lt;a href='http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article2809' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=FIHBbTxS_VU' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mammame&lt;/strong&gt; - Raul Ruiz - France - 1985 - 1h05
&lt;a href='http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/Recherche/fiche2.asp?idf=282' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=GXpdCqwUExs' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soleil de nuit&lt;/strong&gt; - Taylor Hackford - USA - 1985 - 2h17
&lt;a href='http://www.cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=4965' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tangos, l'exil de Gardel&lt;/strong&gt; - Fernando Solanas - 1985 - 2h30
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=_hrREicD6UM' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Golden Eighties&lt;/strong&gt; - Chantal Ackerman - Belgique - 1986 - 1h36&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ginger et Fred&lt;/strong&gt; - Fr&#233;d&#233;rico Fellini - Italie/France/Allemagne - 1986 - 1h36
&lt;a href='http://plan-c.over-blog.com/article-critique-ginger-et-fred-de-frederico-fellini-1985-53259333.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Danzon&lt;/strong&gt; - Maria Novaro - Mexique - 1990 - 1h36&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Achterland&lt;/strong&gt; - Anne Teresa de Keersmaeker - Belgique - 1993 - 1h07
&lt;a href='http://www.alexisfilms.com/fr/cinema/longs_metrages/achterland/index.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beau travail&lt;/strong&gt; - Claire Denis - France - 1999 - 1h29
&lt;a href='http://archive.filmdeculte.com/portrait/portrait.php?id=32' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=u65lNJP5yik' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La le&#231;on de Tango&lt;/strong&gt; - Sally Potter - Argentine/France - 1997 - 1h42
&lt;a href='http://www.musicargentina.com/fr/videos-dvd-vhs/la-lecon-de-tango-dvd.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=prGHal9FDFQ' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Billy Elliot&lt;/strong&gt; - Stephen Daldry - Angleterre - 1999 - 1h50&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il &#233;tait une fois en Chine&lt;/strong&gt; - Tsui Hark - Hong-Kong - 1991 - 2h10
&lt;a href='http://www.cineclubdecaen.com/realisat/tsuihark/iletaitunefoisenchine.htm' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://cinecritiques.free.fr/cc/index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=670&amp;Itemid=27' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mods&lt;/strong&gt; - Serge Bozon - France - 2002 - 59'
&lt;a href='http://www.objectif-cinema.com/interviews/231.php' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rize&lt;/strong&gt; - David LaChapelle - USA - 2004 - 1h24
&lt;a href='http://www.cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=9487' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=0efEID-uCtE' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blush&lt;/strong&gt; - Wim Vandekeybus - Belgique - 2005 - 55'
&lt;a href='http://cinema.fluctuat.net/films/blush/1356-chronique-plongee-dans-le-mouvement.html' class='spip_out'&gt;voir ici&lt;/a&gt;
&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=CywPfvq4Y1c' class='spip_out'&gt;et ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Equi Voci&lt;/strong&gt; - Thierry de Mey - Belgique - 2h&lt;/p&gt; &lt;p&gt;COURTS M&#201;TRAGES&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La danse serpentine - Fr&#232;res Lumi&#232;re - France - 1896 - 1'&lt;/p&gt; &lt;p&gt;21 &#233;tudes &#224; danser - Thierry de Mey - 22'&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Accueil</title>
		<link>http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?article20</link>
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		<dc:date>2011-09-05T19:25:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Aubril</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cet espace de travail est consacr&#233; &#224; la pr&#233;paration et &#224; l'accompagnement du Festival Premiers Plans. Enseignants, programmateurs, responsables y &#233;changent, y recensent les sources documentaires et y &#233;laborent des outils pour aider les publics scolaires &#224; profiter pleinement des films programm&#233;s.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Accueil&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet espace de travail est consacr&#233; &#224; la pr&#233;paration et &#224; l'accompagnement du &lt;a href='http://www.premiersplans.org/' class='spip_out'&gt;Festival Premiers Plans&lt;/a&gt;. Enseignants, programmateurs, responsables y &#233;changent, y recensent les sources documentaires et y &#233;laborent des outils pour aider les publics scolaires &#224; profiter pleinement des films programm&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Panorama du film de danse en France &#8211; Nicolas Villodre</title>
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		<dc:creator>Emmanuelle Gibault</dc:creator>



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&lt;p&gt;La danse moderne appara&#238;t pratiquement en m&#234;me temps que son nouveau syst&#232;me de notation - sa nouvelle sc&#232;ne, pour reprendre une expression du Bauhaus - : la cam&#233;ra. Tout se passe en effet comme si le nouveau m&#233;dium contaminait les autres arts sur son passage, les secouait dans leur torpeur, leur imposait ses vues et son rythme effr&#233;n&#233;s. Dans un premier temps, la danse classique passe difficilement la rampe - l'&#233;preuve - de la prise de vues anim&#233;e. Le cin&#233;ma &#233;tant beaucoup plus cruel que la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Danse et chor&#233;graphie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La danse moderne appara&#238;t pratiquement en m&#234;me temps que son nouveau syst&#232;me de notation - sa nouvelle sc&#232;ne, pour reprendre une expression du Bauhaus - : la cam&#233;ra. Tout se passe en effet comme si le nouveau m&#233;dium contaminait les autres arts sur son passage, les secouait dans leur torpeur, leur imposait ses vues et son rythme effr&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un premier temps, la danse classique passe difficilement la rampe - l'&#233;preuve - de la prise de vues anim&#233;e. Le cin&#233;ma &#233;tant beaucoup plus cruel que la photographie, les corps de la danse classique ne peuvent r&#233;sister &#224; une forme de repr&#233;sentation qui les coupe de leurs racines th&#233;&#226;trales et de l'int&#233;grit&#233; de leur dur&#233;e. Le cin&#233;ma prouve paradoxalement que les danseurs classiques se d&#233;modent plus vite que les autres (les amateurs, les folkloriques, les libres, etc.). Sauf exception (Carlotta Zambelli, film&#233;e autour de 1900 par un op&#233;rateur inconnu, dans un beau document teint&#233; retrouv&#233; &#224; la Cin&#233;math&#232;que Fran&#231;aise ; Anna Pavlova, dans La Mort du cygne, film tourn&#233; en 1925 &#224; Hollywood, au studio de Douglas Fairbanks, devant le d&#233;cor du film Don Q Son of Zorro), la danse classique ne supporte pas d'&#234;tre fix&#233;e (fig&#233;e) par le cin&#233;matographe : voir par exemple Danseuse de ballet (c.1896), Danse sur sc&#232;ne (1896), Ballet de Flore (1898) de Louis Lumi&#232;re. Pour &#234;tre pr&#233;cis, plus que les corps, dont la morphologie, la prestance et la fluidit&#233; doivent s'adapter au m&#233;dium (faute de sombrer dans le ridicule), c'est la notion de chor&#233;graphie elle-m&#234;me qui est atteinte par le cin&#233;matographe. Le danseur et chor&#233;graphe Serge Lifar rappelait parfois que chor&#233;graphie et cin&#233;matographie signifient quasiment la m&#234;me chose : la notation du mouvement. Il pressentit tr&#232;s t&#244;t l'importance du film pour la danse, non seulement au plan de la notation (et de la transmission du r&#233;pertoire) mais aussi aux plans esth&#233;tique (certains effets filmiques tels que les ralentis, les mouvements &#224; l'envers pouvant inspirer de nouveaux pas aux chor&#233;graphes) et historique (le cin&#233;matographe permettant de dater l'apparition de danses comme le tango, le charleston, le Lindy-Hop ou tout simplement de comparer l'&#233;volution des styles).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au tournant de 1900, une &#233;tymologie chassant l'autre, la capture photochimique du mouvement para&#238;t capable d'englober toute autre forme de notation. Il convient de noter, en passant, que la danse est pr&#233;sente &#224; chaque progr&#232;s technique du cin&#233;ma. Ainsi, les danseurs servent en quelque sorte de cobayes, comme le montrent les premiers essais de films sonores (Kin&#233;toscope d'Edison, Phonosc&#232;nes de la Gaumont enregistr&#233;es par Alice Guy vers 1903, ainsi par exemple La Matchitche, chanson interpr&#233;t&#233;e par F&#233;lix Mayol, v&#233;ritable proto-clip qui introduit cette &#171; danse nouvelle &#187; d'origine br&#233;silienne, essais de cin&#233;ma sonore de Pavlova avec l'un des plus grands inventeurs de ce domaine, Lee DeForest, qui enregistre en 1923 plusieurs s&#233;quences de ballets, les Vitaphones de la Warner, les Soundies de la Fox, et, plus pr&#232;s de nous, les Scopitones de Davis-Boyer), les premiers films en couleur (films de M&#233;li&#232;s color&#233;s au pochoir tels que L'Homme-mouche, Le Merveilleux &#233;ventail vivant, tests de Technicolor comme par exemple cette magnifique s&#233;quence avec le danseur de claquettes noir Bill Robinson, extraite du film de 1930 Dixiana), et m&#234;me les premi&#232;res exp&#233;riences d'&#233;mission de t&#233;l&#233;vision (cf. la danseuse classique servant de mire mouvante dans un document d'actualit&#233;s des ann&#233;es trente sur une transmission d'image hertzienne en France, conserv&#233; &#224; la Cin&#233;math&#232;que Gaumont). Les genres diff&#233;rents de la danse dite &quot; classique &quot; (qui d&#233;signe en fait un r&#233;pertoire &quot; romantique &quot;) - genres mineurs et, par cons&#233;quent, non pris au s&#233;rieux - gagnent une certaine l&#233;gitimit&#233; gr&#226;ce notamment au cin&#233;matographe. Georges M&#233;li&#232;s, dessinateur, prestidigitateur, sc&#233;nographe, com&#233;dien, mime et danseur apparaissant (et disparaissant) lui-m&#234;me dans ses films, offre, avec soixante ans d'avance sur les incrustations vid&#233;o, une sc&#232;ne bi-dimensionnelle &#224; la danse. Il emploie volontiers les danseuses du Ch&#226;telet (premi&#232;res figurantes de l'histoire du cin&#233;ma, celles-ci viennent faire des &#171; extras &#187; &#224; Montreuil pour arrondir leurs fins de mois) comme leurres &#233;rotiques d&#233;coratifs, charg&#233;s moins d'&#233;moustiller le spectateur que de distraire son attention pendant que se produisent les trucages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il cr&#233;e, avant Mack Sennett et ses &#171; Bathing Beauties &#187;, avant Path&#233; et ses &#171; Tiller Girls &#187;, avant Busby Berkeley et ses &#171; chorus-line girls &#187;, les premi&#232;res v&#233;ritables cin&#233;-girls. De l'arri&#232;re-plan au premier plan, il n'y a parfois qu'un pas de danse pour certaines figurantes qui obtiennent alors un statut de vedette, voire de star. Les films Path&#233; et Gaumont lancent ainsi dans les ann&#233;es dix et vingt des artistes de music-hall telles que Mistinguett (qui, dans une de ses toutes premi&#232;res apparitions &#224; l'&#233;cran, interpr&#232;te une danse apache), Edmonde Guy, Jos&#233;phine Baker, etc. Les grandes figures de la danse du d&#233;but du si&#232;cle n'ont malheureusement pas toutes &#233;t&#233; film&#233;es. Il reste un plan tr&#232;s court d'Isadora Duncan dansotant dans un jardin. Il reste des films tr&#232;s brefs avec Anna Pavlova. Aucun film avec Nijinski qui, pourtant, r&#233;volutionna la danse dans les ann&#233;es dix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le danseur Jean Babil&#233;e qui, avec Nijinski, Noureev et Baryshnikov, aura marqu&#233; le XXe si&#232;cle, et pour qui Jean Cocteau &#233;crivit en 1946 le mimodrame Le Jeune Homme et la Mort, a inspir&#233; plusieurs cin&#233;astes d'avant-garde. On peut se faire une id&#233;e de ce que devait &#234;tre la puissance de la danse de Babil&#233;e en rapprochant les actualit&#233;s Gaumont de l'&#233;poque d'un tr&#232;s beau court m&#233;trage r&#233;alis&#233; en 1952 par Jean Benoit-L&#233;vy sur une chor&#233;graphie de Jean Babil&#233;e, Le Poignard. Jean Benoit-L&#233;vy, auteur du long m&#233;trage mythique de 1937, La Mort du cygne, interpr&#233;t&#233; par Janine Charrat, Yvette Chauvir&#233; et Mia Slavenska, r&#233;alisa en France, en 1952, toute une s&#233;rie de courts m&#233;trages destin&#233;s &#224; la t&#233;l&#233;vision am&#233;ricaine. Le film qu'aurait tourn&#233; &#224; cette &#233;poque Kenneth Anger &#224; Paris, avec Jean Babil&#233;e et Nathalie Philippart dansant Le Jeune Homme et la Mort, semble d&#233;finitivement perdu. Un autre document, film inachev&#233;, tourn&#233; en 1951 par le photographe-cin&#233;aste Gjon Mili, sauvegard&#233; miraculeusement de l'incendie de son studio gr&#226;ce &#224; une copie muette en 16 mm offerte par le cin&#233;aste au danseur, montre un Babil&#233;e au mieux de sa forme, dans des prises de vues ralenties savamment &#233;clair&#233;es en lumi&#232;res rasantes par un ma&#238;tre du noir et blanc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La chor&#233;graphe dont on reproduit ou imite le plus la danse au tournant du si&#232;cle est sans conteste Lo&#239;e Fuller. Sa danse serpentine, num&#233;ro qui eut un succ&#232;s inattendu aux Folies Berg&#232;re, et ses autres danses &#224; la limite de l'abstraction, mises en valeur par les jeux color&#233;s de l'&#233;clairage &#233;lectrique, firent appr&#233;cier mondialement cette pionni&#232;re am&#233;ricaine de la danse moderne. Lo&#239;e Fuller contribua, quant &#224; elle, &#224; faire conna&#238;tre en Europe l'autre grande figure de la danse libre du d&#233;but du XXe si&#232;cle, Isadora Duncan, dont elle fut l'agent artistique. Il n'y a pratiquement pas d'images de danse de Lo&#239;e Fuller ou d'Isadora : seulement un plan des actualit&#233;s Gaumont montrant Lo&#239;e Fuller avec ses &#233;l&#232;ves et un plan d'un film d'amateur avec Isadora dansotant dans une garden-party. L'ouverture d'esprit de Lo&#239;e Fuller la fit s'int&#233;resser aux techniques les plus nouvelles et c'est tout naturellement qu'elle r&#233;alisa elle-m&#234;me des films. Elle dirigea, entre autres, un film dont la Cin&#233;math&#232;que de la Danse a sauv&#233; une bobine nitrate en d&#233;composition : Le Lys de la vie (1921). &#192; la mort de Lo&#239;e Fuller, son assistante, Gab Sor&#232;re, reconstitua certaines de ses danses les plus c&#233;l&#232;bres dans le film r&#233;alis&#233; en 1934 par George R. Busby, La F&#233;erie des Ballets fantastiques de Lo&#239;e Fuller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cin&#233;astes fran&#231;ais d'avant-garde s'int&#233;ressent &#224; la musique et &#224; la danse, arts qui servent de sujets voire de mod&#232;les &#224; leurs cin&#233;-rythmes. On peut consid&#233;rer que les rapports entre la danse et le cin&#233;ma sont bel et bien en place &#224; la fin des ann&#233;es vingt. Tant&#244;t simple enregistrement (de nos jours, on pr&#233;f&#232;re utiliser le mot de &#171; captation &#187;), le film est surtout destin&#233; &#224; fixer l'art &#233;ph&#233;m&#232;re qu'est la danse. La notation du mouvement fera m&#234;me l'objet d'un court m&#233;trage de Jean Painlev&#233;, l'Ecriture de la danse, consacr&#233; &#224; un syst&#232;me de transcription du geste mis au point par un des disciples d'Etienne-Jules Marey, Pierre Cont&#233;. Tant&#244;t, au contraire, le film devient lui-m&#234;me une chor&#233;graphie (la danse ne pouvant, &#224; la limite, &#234;tre restitu&#233;e en dehors du cadre cin&#233;matographique). Pour filmer la danse, la cin&#233;aste Germaine Dulac utilise volontiers les ralentis, les tr&#232;s gros plans, les associations d'id&#233;es ou de formes dans ses Th&#232;mes et variations (1928). Le film Entr'acte (1924) de Ren&#233; Clair et Francis Picabia, destin&#233; &#224; compl&#233;ter la pi&#232;ce des Ballets Su&#233;dois Rel&#226;che, pr&#233;sente une s&#233;quence de la danseuse Inge Fries, audacieusement film&#233;e en contre-plong&#233;e, sous une vitre, id&#233;e qu'on trouve &#233;galement dans Ballet m&#233;canique de Fernand L&#233;ger, r&#233;alis&#233; la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ballet m&#233;canique ne saurait &#234;tre r&#233;duit &#224; son titre en forme de calembour. Il offre une voie nouvelle aux films &#224; venir et marque une date dans l'histoire du film de danse. Cette &#339;uvre ne file pas la m&#233;taphore musicale du cin&#233;ma abstrait allemand (avec ses Opus et autres Rhythmus), ne se contente pas d'enregistrer le monde moderne (ses objets, son dynamisme) avec ironie, d&#233;tachement ou fascination (&#224; la mani&#232;re des films Dada, para-surr&#233;alistes ou futuristes de l'&#233;poque). Ballet m&#233;canique ouvre l'espace cin&#233;matographique, grossit les d&#233;tails, multiplie les points de vue et, surtout, par son montage pr&#233;cis (ex&#233;cut&#233; au photogramme pr&#232;s, selon Fernand L&#233;ger) fait danser le non-dansant. La conception et la structure chor&#233;graphiques du film sont plus importantes que le contenu, que la pr&#233;sence ou non de danse &#224; l'&#233;cran. Enfin, on doit curieusement &#224; un Jean Renoir d&#233;butant un court m&#233;trage d'esprit surr&#233;aliste, Sur un air de charleston (1927), avec une s&#233;quence de danse au ralenti interpr&#233;t&#233;e par Catherine Hessling et le danseur de la Revue n&#232;gre Johnny Higgins (dont le nom exact est Hudgins). Mais d'autres pr&#233;curseurs du cin&#233;ma surr&#233;aliste ont utilis&#233; la danse : outre Georges M&#233;li&#232;s et Loie Fuller, aussi Mack Sennett, Charles Chaplin, Charles Bryant...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement de va-et-vient entre le cin&#233;ma et la danse sera repris et syst&#233;matis&#233; apr&#232;s guerre par la cin&#233;aste am&#233;ricaine Maya Deren qui proposera une m&#233;thode personnelle de &#171; chor&#233;graphie pour la cam&#233;ra &#187; ou de &#171; danse cin&#233;ma &#187; (film dance). Cette d&#233;marche, inspir&#233;e par le travail ethnographique (et cin&#233;matographique) de la chor&#233;graphe noire-am&#233;ricaine Katherine Dunham dont elle fut la secr&#233;taire, n'a plus rien &#224; voir avec la notion de film de danse (dance film) habituelle. Il faudrait plut&#244;t la relier aux conceptions rituelles de la danse (Katherine Dunham), &#224; la cin&#233;-transe ch&#232;re &#224; Jean Rouch, voire au ballet cin&#233;-m&#233;canique de Fernand L&#233;ger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'instar du cin&#233;-chor&#233;graphe am&#233;ricain Busby Berkeley qui, &#224; la suite des avant-gardes europ&#233;ennes des ann&#233;es dix et vingt, confia un r&#244;le actif &#224; la cam&#233;ra et r&#233;gla math&#233;matiquement les mouvements des &#171; girls &#187; de Broadway avant de passer &#224; la mise en sc&#232;ne, il n'est pas rare que les chor&#233;graphes deviennent eux-m&#234;mes cin&#233;astes. Ainsi en France, &#224; partir des ann&#233;es soixante. Apr&#232;s avoir particip&#233; dans les ann&#233;es cinquante aux &#171; cin&#233;-ballets &#187;, courts m&#233;trages de danse r&#233;alis&#233;s en couleur par Louis Cuny en studio, Maurice B&#233;jart, cin&#233;phile averti, un des premiers chor&#233;graphes en France (avec Janine Charrat) &#224; avoir utilis&#233; la musique &#233;lectro-acoustique sur sc&#232;ne (et aussi &#224; l'&#233;cran), devient r&#233;alisateur &#224; son tour. B&#233;jart r&#233;alisa avec plus ou moins de bonheur des films consacr&#233;s &#224; ses ballets ou &#224; ses interpr&#232;tes tels que Bhakti (1968), Le Danseur (1968) ou encore Le Sacre du printemps (1970). Ses deux premiers films sont marqu&#233;s par le style brut de la prise de vues en d&#233;cors naturels, l'aspect r&#233;p&#233;titif du montage, le ton subjectif et litt&#233;raire de la bande-son qui les rapprochent de la Nouvelle Vague de l'&#233;poque. On trouvera par la suite d'autres exemples de cin&#233;-chor&#233;graphes en Europe : en Allemagne avec Pina Bausch qui a sign&#233; un film &#224; sketches tr&#232;s personnel, La Plainte de l'imp&#233;ratrice ; en Belgique avec Anne Teresa De Keersmaeker qui a r&#233;alis&#233; Achterland ; en Angleterre avec le groupe DV8, etc. Plus pr&#232;s de nous, en France, des chor&#233;graphes des ann&#233;es quatre-vingt se sont r&#233;v&#233;l&#233;s des r&#233;alisateurs particuli&#232;rement efficaces : c'est le cas du couple Jo&#235;lle Bouvier et R&#233;gis Obadia dont les deux premiers films, tourn&#233;s en 16 mm (La Chambre et, surtout, L'&#201;treinte, film r&#233;p&#233;titif utilisant une action savamment ralentie), sont pratiquement des films exp&#233;rimentaux (les films suivants, r&#233;alis&#233;s en Super 16, gonfl&#233;s en 35 mm, structur&#233;s voire calibr&#233;s, remporteront plusieurs r&#233;compenses dans des festivals) ; c'est le cas du petit-fils spirituel de M&#233;li&#232;s, Philippe Decoufl&#233;, qui fait la synth&#232;se entre les clips, les publicit&#233;s &#224; gros budget et les films po&#233;tiques totalement bricol&#233;s (cf. Le P'tit bal, Abracadabra) ; d'Angelin Preljocaj dont les films, un peu comme sa danse, oscillent entre le n&#233;o-classicisme et le formalisme ; de R&#233;gine Chopinot, Karine Saporta et de Fran&#231;ois Verret qui, apr&#232;s &#234;tre apparu, &#224; ses d&#233;buts de danseur, dans des films de Jean-Paul Dupuis, a r&#233;alis&#233; un mod&#232;le de documentaire consacr&#233; &#224; la danseuse classique Rosella Hightower.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es cinquante, Jean Rouch propose une formule de cin&#233;ma-v&#233;rit&#233;, fond&#233; sur la recherche de la cin&#233;-transe avec des moyens techniques volontairement limit&#233;s. La m&#233;thode rouchienne (mat&#233;riel l&#233;ger, &#233;quipe r&#233;duite, son qui, progressivement, deviendra direct, cam&#233;ra port&#233;e &#224; l'&#233;paule, plan-s&#233;quence, etc.) a fait &#233;cole en Europe du Nord (cf. les films de danse d'&#201;ric Pauwels et les r&#233;alisateurs les plus int&#233;ressants du cin&#233;ma commercial scandinave de Dogma qui tournent en DV Cam, sans &#233;clairage) et certains de ses &#233;l&#233;ments se retrouvent parfois chez les cin&#233;-chor&#233;graphes actuels (J&#233;r&#244;me Bel, le film, 1999, r&#233;alis&#233; en un plan-s&#233;quence d'une cinquantaine de minutes). &#192; la fois proches et &#233;loign&#233;s de Rouch, certains cin&#233;astes exp&#233;rimentaux ont eu recours, pour filmer la danse, &#224; une cam&#233;ra encore plus l&#233;g&#232;re que celle du cin&#233;ma-v&#233;rit&#233; - la cam&#233;ra Super 8 - , montant leurs films &#224; la prise de vues (leurs plans-s&#233;quences se r&#233;duisant alors &#224; des flashes de quelques photogrammes), imprimant &#224; leurs films une touche tout &#224; fait personnelle (ind&#233;pendante, &#224; la limite, du sujet film&#233;) : c'est le cas de Teo Hernandez dans son portrait du danseur Bernardo Montet intitul&#233; Pas de Ciel (1987).
Moins radicaux que Rouch, certains documentaristes fran&#231;ais injectent des &#233;l&#233;ments d&#233;constructifs et ornementaux dans leurs films de danse (cf. les essais sur la transmission des gestes, des r&#244;les et des chor&#233;graphies dans la danse classique r&#233;alis&#233;s patiemment, depuis plus de trente ans, par le mani&#233;riste Dominique Delouche), ou des &#233;l&#233;ments narratifs et po&#233;tiques (l'utilisation de la voix off dans les portraits de danseurs au travail r&#233;alis&#233;s par Andr&#233; S. Labarthe lequel, avec les deux pionniers de la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise moderne Jean-Christophe Averty et Raoul Sangla, rompt avec le v&#233;risme des Buttes-Chaumont jusque-l&#224; illustr&#233; par des r&#233;alisateurs d'&#233;missions de danse comme Yves-Andr&#233; Hubert, Roger Kahane, Andr&#233; Fl&#233;d&#233;rick, Roland Coste, Dirk Sanders, etc., renouvelant ainsi le traitement de la danse pour le petit &#233;cran). &#192; l'oppos&#233; de cette &#233;cole documentariste, dans la lign&#233;e du cin&#233;ma d'animation (&#201;mile Cohl, Len Lye, McLaren) et du film r&#233;alis&#233; par ordinateur (les fr&#232;res Whitney, Fold&#232;s, etc.), s'inscrivent des cin&#233;astes et des vid&#233;astes cherchant &#224; produire une danse de synth&#232;se au moyen de la pixillation, du trucage &#233;lectronique et des effets en deux et en trois dimensions qu'offre le virtuel. Les Marseillais Nicole et Norbert Corsino, apr&#232;s avoir abandonn&#233; la danse sur sc&#232;ne pour la danse-vid&#233;o, inspir&#233;s par le logiciel de composition chor&#233;graphique Life Forms rendu c&#233;l&#232;bre par Merce Cunningham, r&#233;alisent actuellement des images de synth&#232;se au trompe-l'&#339;il &#233;tonnant. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; la musique et la danse et travaill&#233; avec le pionnier de l'image &#233;lectronique Robert Cahen, Laurent Gentot s'est tourn&#233; vers la vid&#233;o. Vid&#233;aste iconoclaste fascin&#233; par la danse classique, il &#171; revisite &#187; celle-ci en la sortant de son contexte, en lui faisant subir un montage ultra-rapide et un traitement &#224; base d'effets sp&#233;ciaux les plus r&#233;cents. En m&#234;me temps qu'il constitue une cin&#233;math&#232;que sauvage, underground et vivante, de la danse sur sc&#232;ne prise du point de vue du spectateur (parfois aussi des coulisses, du trou du souffleur, voire des cintres) il &#233;chantillonne le ballet classique en le remontant et le remixant &#224; sa mani&#232;re. Laurent Gentot obtient ainsi des compositions visuelles de type techno. Pascal Baes, disciple de McLaren, adepte de la pose longue telle qu'elle lui fut enseign&#233;e par Bernard Clarence &#224; l'universit&#233; Paris I, apr&#232;s avoir travaill&#233; avec les danseurs contemporains Sara Denizot, Laurence Rondoni, J&#233;r&#244;me Bel, A&#239;, r&#233;alise aussi actuellement, directement par ordinateur, des objets et des formes math&#233;matiques qui se d&#233;sagr&#232;gent, des ph&#233;nom&#232;nes de turbulences proches de l'imagerie psych&#233;d&#233;lique, inspir&#233;s par les travaux sur les objets fractals de Beno&#238;t Mandelbrot. Travaillant artisanalement (recueillant patiemment, tel un b&#233;n&#233;dictin, les photons baladeurs en les refilmant sur son &#233;cran d'ordinateur), Pascal Baes a volontiers recours au logiciel Mathematica de Stephen Wolfram pour produire ses singuli&#232;res images de synth&#232;se. Tout derni&#232;rement, il a pass&#233; plusieurs semaines &#224; Tokyo, qu'il a consacr&#233;es uniquement &#224; filmer, de jour comme de nuit, les micro-mouvements de cerisiers en fleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Source : &lt;a href='http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article4569&amp;artsuite=3' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.objectif-cinema.com/spip...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ouverture</title>
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		<dc:creator>David Aubril</dc:creator>



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&lt;p&gt;On prend toujours plaisir, l'e&#251;t-on vu cent fois et quelque soit son &#226;ge, &#224; revoir un film de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton : l'apparente simplicit&#233; de la mise en sc&#232;ne et le talent expressif des acteurs y soulignent un comique toujours juste. La vivacit&#233;, le naturel, la ma&#238;trise de ces oeuvres force l'admiration, quelques d&#233;cennies seulement apr&#232;s la naissance du cin&#233;ma. En tant que genre cin&#233;matographique, le burlesque apparait en effet dans les ann&#233;es 1910 et dure une vingtaine d'ann&#233;es. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Le burlesque&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On prend toujours plaisir, l'e&#251;t-on vu cent fois et quelque soit son &#226;ge, &#224; revoir un film de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton : l'apparente simplicit&#233; de la mise en sc&#232;ne et le talent expressif des acteurs y soulignent un comique toujours juste. La vivacit&#233;, le naturel, la ma&#238;trise de ces oeuvres force l'admiration, quelques d&#233;cennies seulement apr&#232;s la naissance du cin&#233;ma.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tant que genre cin&#233;matographique, le burlesque apparait en effet dans les ann&#233;es 1910 et dure une vingtaine d'ann&#233;es. L'attrait des spectateurs pour le parlant &#233;clipse ensuite les trouvailles muettes du burlesque. Apr&#232;s les ann&#233;es 1930, seuls subsistent quelques grands noms, comme Charlie Chaplin ou les Marx Brothers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le festival Premiers Plans tenait &#224; permettre de revoir -encore une fois- les oeuvres de plusieurs de ces grands auteurs burlesques. Il paraissait important, en particulier, d'offrir aux jeunes g&#233;n&#233;rations une occasion de d&#233;couvrir ou de red&#233;couvrir ces films patrimoniaux porteurs d'un comique et d'une &#233;motion ais&#233;ment accessibles &#224; tous. La r&#233;trospective propose &#233;galement &#224; l'affiche des cin&#233;astes burlesques moins connus aujourd'hui, mais tout aussi dignes d'int&#233;r&#234;t, comme Max Linder ou W.C Fields .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On caract&#233;rise g&#233;n&#233;ralement le genre burlesque par l'importance accord&#233;e aux gags visuels et par le rythme rapide de la narration. Il importait aussi de montrer que le burlesque ne se limite pas aux tartes &#224; la cr&#234;me, mais qu'il s'agit avant tout d'un regard, d'une fa&#231;on de voir et d'interroger la place de l'homme dans le monde moderne. Apr&#232;s tout, le burlesque est contemporain du surr&#233;alisme. Et, si le genre proprement dit disparait, l'influence de ce regard est consid&#233;rable et irradie tout le cin&#233;ma.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;trospective propose ainsi une r&#233;flexion sur les diverses descendances du genre burlesque. Des oeuvres de tonalit&#233; comique comme La Vie de Brian des Monty Python, Chat noir chat blanc d'Emir Kusturica, Party du r&#233;cemment disparu Blake Edwards et, plus proche de nous, Rumba d'Abel et Gordon, c&#244;toient des portraits d&#233;cal&#233;s de petites villes et de leurs habitants (Kitchen Stories de Bent Hamer et Les Habitants d'Alex Van Warmerdam) et un tableau tr&#232;s sombre de Roy Anderson, Chansons du deuxi&#232;me &#233;tage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Evoquant le genre burlesque, il &#233;tait bien s&#251;r impensable de ne pas &#233;voquer l'oeuvre de Jacques Tati, &quot;l'oeuvre comique la plus importante du cin&#233;ma mondial depuis les Marx Brothers et W.C. Fields&quot;, et &quot;un &#233;v&#232;nement dans l'histoire du cin&#233;ma parlant&quot; (Andr&#233; Bazin, M. Hulot et le temps, in Qu'est-ce que le cin&#233;ma, &#233;d. du Cerf) : apr&#232;s la seconde guerre mondiale, le cin&#233;aste fran&#231;ais reprend l'h&#233;ritage du burlesque et le renouvelle en y incluant le son et la parole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, le festival Premiers Plans souhaitait rendre un hommage particulier, parmi les grands h&#233;ritiers du cin&#233;ma burlesque, &#224; l'oeuvre de Pierre Etaix, collaborateur de Jacques Tati pour Mon Oncle, r&#233;alisateur de films, homme de th&#233;&#226;tre, artiste de cirque et de music-hall. Apr&#232;s des ann&#233;es de proc&#233;dure, ses films sont enfin visibles sur les &#233;crans, et c'est un &#233;v&#232;nement que le festival tenait &#224; c&#233;l&#233;brer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La ru&#233;e vers l'or</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Mathieu</dc:creator>



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&lt;p&gt;La ru&#233;e vers l'or Exemple d'une d&#233;marche autour de La ru&#233;e vers l'or (The Gold Rush) de Charlie Chaplin (1925) : film qui peut toucher les spectateurs de tous &#226;ges, de tous niveaux, qui sera mieux appr&#233;ci&#233; avec une pr&#233;paration. Avant la projection : Hypoth&#232;ses &#224; partir du titre &#183; Un fait historique : Alaska, 1896, d&#233;couverte d'or le long de la vall&#233;e du Yukon, qui attire jusqu'&#224; 100 000 hommes, malgr&#233; la difficult&#233; d'acc&#232;s (soit le Chilkoot Pass, soit le White Pass, une carte de l'&#233;poque indiquant &#171; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Le burlesque&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ru&#233;e vers l'or&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Exemple d'une d&#233;marche autour de La ru&#233;e vers l'or (The Gold Rush) de Charlie Chaplin (1925) : film qui peut toucher les spectateurs de tous &#226;ges, de tous niveaux, qui sera mieux appr&#233;ci&#233; avec une pr&#233;paration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant la projection :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Hypoth&#232;ses &#224; partir du titre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#183; Un fait historique : Alaska, 1896, d&#233;couverte d'or le long de la vall&#233;e du Yukon, qui attire jusqu'&#224; 100 000 hommes, malgr&#233; la difficult&#233; d'acc&#232;s (soit le Chilkoot Pass, soit le White Pass, une carte de l'&#233;poque indiquant &#171; Quel que soit le chemin que vous avez emprunt&#233;, vous regretterez de ne pas avoir choisi l'autre ! &#187;), et malgr&#233; les difficult&#233;s de vie (climat, famine) ; indice d'une soci&#233;t&#233; comportant un grand nombre de laiss&#233;s pour compte, sans-emploi, aventuriers, nomades, vagabonds (voir le personnage de &#171; tramp &#187;, personnage central du cin&#233;ma am&#233;ricain du d&#233;but du XX&#232;me, et de Chaplin), qui sont aussi spectateurs de ces films
&#183; Les connotations : le mot &#171; ru&#233;e &#187; (Dictionnaire Le Robert : &#171; mouvement rapide, imp&#233;tueux, d'un grand nombre de personnes dans la m&#234;me direction &#187;) ; trouver des expressions comportant ce mot (exemple : la ru&#233;e sur les magasins au moment des soldes) ; il &#233;voque &#224; la fois une violence et une concurrence entre les &#234;tres ; symbolique d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'individualisme et l'avidit&#233; : les anciennes solidarit&#233;s tendent &#224; dispara&#238;tre, l'individu risque sans cesse d'&#234;tre surpass&#233; par autrui, de ne plus voir son existence reconnue ; &#224; lui de jouer des coudes, et malheur aux vaincus ! n&#339;ud d'une contradiction de points de vue (id&#233;ologie de la r&#233;ussite / critique sociale de l'in&#233;galit&#233;) et de r&#233;actions affectives (admiration et identification aux gagneurs / compassion pour les perdants)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - L'une des affiches
(origine : &lt;a href='http://www.silentsaregolden.com/featurefolder/goldrushlogo.jpg' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.silentsaregolden.com/fea...&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; un plan moyen sur Charlot : recroquevill&#233; sur lui-m&#234;me (bras repli&#233;s, dos vo&#251;t&#233;, t&#234;te dans les &#233;paules) ; la neige sur la veste et sur le chapeau (le personnage vient-il de rentrer, et il fait si froid que la neige ne fond pas ? ou la neige vient-elle &#224; l'int&#233;rieur de la cabane ?) ; permet de voir le d&#233;cor : cabane en bois, tuyau du po&#234;le caboss&#233; ; une situation difficile, un environnement hostile, un personnage &#233;cras&#233; par un destin qui s'impose &#224; lui&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; les noms du r&#233;alisateur-acteur, du film, de l'actrice, la date, superpos&#233;s au photogramme, en gros caract&#232;res : sugg&#232;rent l'espace du spectateur, du spectacle, &#233;loign&#233; de la r&#233;alit&#233; montr&#233;e, que l'on peut &#224; peine imaginer quand on est bien install&#233; dans son fauteuil de cin&#233;ma&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; mais un regard cam&#233;ra : le corps du personnage est de profil ; sa t&#234;te de trois quarts ; son regard est dirig&#233; vers l'objectif : appel &#224; la compassion du spectateur, &#224; sa participation affective, comme pour abolir la distance, dispositif classique du m&#233;lodrame&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Exercice possible : imaginer le hors champ de cette image ; qui d'autre dans la cabane ? (comparer les r&#233;ponses avec celles du film) quels autres objets possibles, signes de pauvret&#233; et de d&#233;nuement ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Charlie Chaplin : cin&#233;aste d'une longue filmographie, acteur d'un personnage bien connu ; le nom de &#171; Charlot &#187; est propre aux pays francophones ; ailleurs, c'est &#171; the tramp &#187;, le vagabond ; une singularit&#233; relev&#233;e par F. Truffaut : &#171; s'il n'est pas le seul cin&#233;aste &#224; avoir d&#233;crit la faim, il est le seul &#224; l'avoir connue &#187;, allusion &#224; la mis&#232;re qu'il a v&#233;cue &#224; Londres, apr&#232;s la mort de son p&#232;re ; le personnage fictif est impr&#233;gn&#233; de l'identit&#233; de l'homme r&#233;el&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Analyse d'une s&#233;quence : le bal (chapitre 11 du dvd, de 29' 10 &#224; 32'12)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; (on peut aussi envisager cette &#233;tude apr&#232;s la projection, ou s'arr&#234;ter sur une autre s&#233;quence : chaque s&#233;quence a son autonomie, ce qui pr&#233;serve la surprise pour le reste du film ; l'objectif est de rendre, pendant la projection, les &#233;l&#232;ves attentifs &#224; la mani&#232;re dont le burlesque est construit, travaill&#233; par les images)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Probl&#233;matique : burlesque, ou m&#233;lodrame ? au centre, un gag, ou un personnage ?
(burlesque : un chapelet de gags autonomes, derri&#232;re lesquels la logique de l'histoire et des personnages s'efface / m&#233;lodrame : personnages devenant fil conducteur d'un r&#233;cit, provoquant empathie et &#233;motions du spectateur)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Situation initiale de cette s&#233;quence (&#224; 26') : le &#171; petit homme &#187; est arriv&#233; dans la salle de bal, un monde &#233;tranger pour lui : une barri&#232;re invisible l'en s&#233;parait, semblable &#224; celle de l'&#233;cran de cin&#233;ma (un cadre dans le cadre, avec les 3 poutres et le sol) qui s'interpose entre spectateur et monde de la fiction. Cette exclusion renvoie &#224; des exp&#233;riences multiples d'attente (horloge dans le fond du cadre), de privation, de frustration. Le spectateur du film &#233;tait ainsi invit&#233; &#224; se mettre &#224; la place de ce personnage, dans la logique du m&#233;lodrame.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais intervention du &#171; hasard &#187; (&#8230;du cin&#233;aste d&#233;miurge) : Georgia nargue son ami Jack, et invite &#224; danser le &#171; petit homme &#187; ; ce rebondissement heureux montre cependant l'absence totale de ma&#238;trise de son destin par le personnage, et la situation de concurrence entre les individus : c'est Georgia qui manifeste sa libert&#233; de choix entre les hommes, pour se donner du prix ; on sait que le d&#233;sir de Jack peut &#234;tre ranim&#233; par le &#171; vagabond le plus minable &#187;, qu'il y a un mim&#233;tisme du d&#233;sir, exigeant la pr&#233;sence d'un tiers (cf la figure du triangle, Georgia &#8211; Jack &#8211; Charlot, visible dans ce cadre, Ren&#233; Girard, Mensonge romantique et v&#233;rit&#233; romanesque, 1961) : Charlot est ce &#171; tiers &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'inesp&#233;r&#233; se produit : le &#171; petit homme &#187; danse avec Georgia. On change d'&#233;chelle de plans : plan rapproch&#233;, qui permet d'approcher l'int&#233;riorit&#233; des personnages. Mais nous percevons le regard inquiet du danseur : existe-t-il aux yeux de Georgia ? quand le cadre nous montre de face le visage de celle-ci, il est dirig&#233; vers Jack pour le narguer ; nous ne pouvons pas savoir si elle s'int&#233;resse &#224; ce partenaire. La construction du cadre (&#233;paules, bras droit de Georgia, visage du petit homme) laisse seulement croire qu'ils sont r&#233;unis dans un m&#234;me espace, dans une proximit&#233; affective ; le mouvement de la danse r&#233;v&#232;le la solidarit&#233; des corps : un espoir de rencontre est entrevu, sans &#234;tre certain, fa&#231;on de faire vibrer le spectateur au c&#244;t&#233; du personnage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Changement d'&#233;chelle de plan : retour au plan moyen ; le petit homme de dos perd son pantalon ; exemple de gag burlesque : au moment o&#249; il cherche &#224; s&#233;duire, son apparence vestimentaire est menac&#233;e ; la danse, instant de gr&#226;ce, de l&#233;g&#232;ret&#233; des corps, est confront&#233;e au risque de la pesanteur, de la chute. Le plan rapproch&#233; &#233;tait celui de l'illusion possible, le plan large est celui de la revanche du r&#233;el, de la sanction comique face &#224; la pr&#233;tention de s'&#233;lever, de la victoire du bas sur le haut. C'est aussi le derri&#232;re qui l'emporte sur le devant (personnage qui montre ses fesses, son &#171; dos obsc&#232;ne &#187;, expression de Gilles Delavaud, au moment o&#249; la proximit&#233; entre le th&#233;&#226;tre et le cin&#233;ma faisait de la frontalit&#233; l'imp&#233;ratif moral et esth&#233;tique du personnage : il faut &#171; faire face &#187;, faire face au public, ou &#224; la cam&#233;ra, sous peine de sanction)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aboutissement du gag : le &#171; petit homme &#187; a trouv&#233; une autre solution que sa canne, avec une ficelle qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre la laisse d'un chien, et qui lui permet d'attacher son pantalon ; il est entra&#238;n&#233; par ce chien qui poursuit un chat, et se retrouve par terre ; noter la construction du gag : pr&#233;paration (chute du pantalon), progression (canne, ficelle attach&#233;e au chien, chat), chute (chute du personnage !) ; les sources du comique sont multiples : difficult&#233;s d'adaptation du personnage ; personnage qui en fait trop ; &#233;chec de son stratag&#232;me pour faire illusion ; &#224; la fois comique de caract&#232;re (maladresse, inconscience, d&#233;sir impossible) et comique de situation (plaisir d'assister au malheur subi par autrui). Mais la s&#233;quence ne s'arr&#234;te pas l&#224; : le personnage se montre capable de rire de ce qui lui arrive, d'&#233;tablir ainsi une complicit&#233; avec Georgia ; la continuit&#233; du r&#233;cit et du personnage s'affirme, par del&#224; le gag.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre suggestion :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ecriture d'invention : apr&#232;s l'invitation &#224; danser adress&#233;e par Georgia au petit homme, quels gags peut-on imaginer ? (trouver des actions qui appartiennent au burlesque, tout en ne disqualifiant pas compl&#232;tement le personnage &#8211; le spectateur doit pouvoir continuer &#224; s'&#233;mouvoir pour lui)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la projection, quelques pistes d'exploitation :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; le sch&#233;ma narratif ? Etat initial et &#233;tat final en compl&#232;te opposition ; le sc&#233;nario s'apparente &#224; un &#171; changement de fortune &#187; (Aristote), un renversement total de situation : le vagabond devient multimillionnaire ; voir certains contes de f&#233;e, o&#249; la berg&#232;re devient princesse ou vice versa, &#171; Cendrillon &#187;, etc&#8230;, des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre o&#249; le serviteur devient ma&#238;tre ; au cin&#233;ma &#171; Une &#233;poque formidable &#187; de G&#233;rard Jugnot (1991), &#171; Un h&#233;ros tr&#232;s discret &#187; de Jacques Audiard (1996), d'une certaine fa&#231;on &#171; La vie de Brian &#187; des Monty Python (1978) et &#171; Rumba &#187; de Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (2008). Le personnage n'est pas responsable de ce qui lui est arriv&#233; : la rencontre avec Big Jim a permis cette richesse ; il profite des hasards d&#233;sordonn&#233;s de ce monde, dont parfois il est victime, parfois b&#233;n&#233;ficiaire : reflet d'un univers sur lequel l'&#234;tre humain n'a pas de prise, et reflet aussi de l'extraordinaire carri&#232;re de ce cin&#233;aste&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; l'appartenance &#224; un genre ? caract&#232;re vivant de l'&#339;uvre, qui ne peut &#234;tre compl&#232;tement identifi&#233;e &#224; un seul genre ; &#224; la fois un m&#233;lodrame &#171; tire larmes &#187;, avec un personnage r&#233;ceptacle de l'&#233;motion du spectateur, appel&#233; &#224; s'identifier &#224; lui (&#171; petit homme &#187; : tout &#234;tre humain est invit&#233; &#224; se sentir solidaire), et les &#233;normes difficult&#233;s qu'il affronte, de tous ordres, dont des personnages &#171; m&#233;chants &#187; st&#233;r&#233;otyp&#233;s (Black Larsen) ; mais aussi le burlesque, avec une multitude de gags, parce que le monde regorge de surprises, d'incoh&#233;rences, de distorsions, quand certains voudraient faire croire &#224; un ordre, une morale et une justice (&#171; les efforts sont r&#233;compens&#233;s, la r&#233;ussite vient du m&#233;rite&#8230; &#187;) ; c'est une vision du monde propre aux dominants qui est ainsi joyeusement ridiculis&#233;e : transgression ludique d'une pens&#233;e que l'on cherche &#224; nous inculquer avec s&#233;rieux d&#232;s l'enfance !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; le point de vue narratif : l'ensemble du film suit l'histoire du &#171; petit homme &#187; ; les plans rapproch&#233;s &#233;tablissent une proximit&#233; affective avec lui, ainsi que la voix off (ajout&#233;e en 1942, lors de la sonorisation du film, et de la suppression des intertitres, remplac&#233;s par les commentaires oraux) ; il arrive que le champ de vision corresponde presque au regard du personnage (plans subjectifs, ou semi-subjectifs avec personnage en amorce). Mais il arrive aussi souvent que nous voyons ce que le personnage ne voit pas : par exemple, l'arriv&#233;e de l'ours qui menace le personnage dans la 1&#232;re s&#233;quence, et qui dispara&#238;t aussit&#244;t qu'il se retourne ; c'est ce savoir du spectateur sup&#233;rieur &#224; celui du personnage qui souvent permet ainsi le gag : nous nous r&#233;jouissons de ce petit instant de sup&#233;riorit&#233;, tout en n'ignorant pas que nous ne perdons rien pour attendre (comparer avec ce qui se passe chez Tati : le gag devient tellement minimal et r&#233;aliste que nous savons qu'il peut nous atteindre ; ici l'irr&#233;alisme des situations peut nous prot&#233;ger de cette crainte, rendant le rire plus confortable).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.trusiad.fr/premiersplans/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; un th&#232;me r&#233;current : l'illusion oppos&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; : le repas avec le soulier ; les visions de Jim affam&#233;, qui voit un poulet &#224; la place de son compagnon ; Charlot qui croit que Georgia lui sourit, alors que ce sourire est destin&#233; &#224; un autre homme ; la c&#233;l&#232;bre danse des petits pains ; la maison qui bascule, les personnages croyant &#234;tre mal r&#233;veill&#233;s ; Charlot photographi&#233; en vagabond alors qu'il est devenu riche, ce que Georgia ignore&#8230; L'illusion certes emp&#234;che de voir la r&#233;alit&#233; avec discernement, ce que la soci&#233;t&#233; sanctionne par le rire (Bergson , Le rire, 1899) ; mais elle aide &#224; en supporter la cruaut&#233; ; elle permet d'amortir les chocs, et n'emp&#234;che pas de finir par &#171; trouver le nord &#187;, comme le personnage. Elle a sa place dans nos vies, m&#234;me si le retour &#224; soi et au r&#233;el reste n&#233;cessaire (Cl&#233;ment Rosset, Le r&#233;el et son double, 1976) : c'est le travail du spectateur qui voit ce film.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ressources :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Avant-sc&#232;ne du cin&#233;ma &#8211; Hommage &#224; Charles Chaplin, n&#176; 219-220, janvier 1979 : beaucoup de photogrammes du film, &#224; partir desquels on peut imaginer des situations, ou broder &#224; partir d'elles&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jo&#235;l Magny (sous la direction de) Chaplin aujourd'hui, Petite biblioth&#232;que des Cahiers du cin&#233;ma, 2003&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vincent Amiel &#8211; Le corps au cin&#233;ma, 1998 (PUF) : une tr&#232;s belle page &#171; Chaplin : le personnage &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fiche p&#233;dagogique sur le sc&#233;nario comique : &lt;a href='http://www.cinemaparlant.com/fichespeda/ft_scenariocomique.pdf' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.cinemaparlant.com/fiches...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;flexion sur la modernit&#233; du burlesque de Fr&#233;d&#233;ric Favre : &lt;a href='http://www.artcinema.org/spip.php?article39' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.artcinema.org/spip.php?a...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Citations :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Henri Bergson &#8211; Le rire, PUF, 1899&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Du m&#233;canique plaqu&#233; sur du vivant, voil&#224; encore notre point de d&#233;part. D'o&#249; venait ici le comique ? De ce que le corps vivant se raidissait en machine. Le corps vivant nous semblait donc devoir &#234;tre la souplesse parfaite, l'activit&#233; toujours en &#233;veil d'un principe toujours on travail. Mais cette activit&#233; appartiendrait r&#233;ellement &#224; l'&#226;me plut&#244;t qu'au corps. Elle serait la flamme m&#234;me de la vie, allum&#233;e en nous par un principe sup&#233;rieur, et aper&#231;ue &#224; travers le corps par un effet de transparence. Quand nous ne voyons dans le corps vivant que gr&#226;ce et souplesse, c'est que nous n&#233;gligeons ce qu'il y a on lui de pesant, de r&#233;sistant, de mat&#233;riel enfin ; nous oublions sa mat&#233;rialit&#233; pour ne penser qu'&#224; sa vitalit&#233;, vitalit&#233; que notre imagination attribue au principe m&#234;me de la vie intellectuelle et morale. Mais supposons qu'on appelle notre attention sur cette mat&#233;rialit&#233; du corps. Supposons qu'au lieu de participer de la l&#233;g&#232;ret&#233; du principe qui l'anime, le corps ne soit plus &#224; nos yeux qu'une enveloppe lourde et embarrassante, lest importun qui retient &#224; terre une &#226;me impatiente de quitter le sol. Alors le corps deviendra pour l'&#226;me ce que le v&#234;tement &#233;tait tout &#224; l'heure pour le corps lui-m&#234;me, une mati&#232;re inerte pos&#233;e sur une &#233;nergie vivante. Et l'impression du comique se produira d&#232;s que nous aurons le sentiment net de cette superposition. Nous l'aurons surtout quand on nous montrera l'&#226;me taquin&#233;e par les besoins du corps, - d'un c&#244;t&#233; la personnalit&#233; morale avec son &#233;nergie intelligemment vari&#233;e, de l'autre le corps stupidement monotone, intervenant et interrompant avec son obstination de machine. Plus ces exigences du corps seront mesquines et uniform&#233;ment r&#233;p&#233;t&#233;es, plus l'effet sera saisissant. Mais ce n'est l&#224; qu'une question de degr&#233;, et la loi g&#233;n&#233;rale de ces ph&#233;nom&#232;nes pourrait se formuler ainsi : Est comique tout incident qui appelle notre attention sur le physique d'une personne alors que le moral est en cause.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cl&#233;ment Rosset &#8211; Le r&#233;el et son double, Gallimard, 1976&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Rien de plus fragile que la facult&#233; humaine d'admettre la r&#233;alit&#233;, d'accepter sans r&#233;serves l'imp&#233;rieuse pr&#233;rogative du r&#233;el. Cette facult&#233; se trouve si souvent prise en d&#233;faut qu'il semble raisonnable d'imaginer qu'elle n'implique pas la reconnaissance d'un droit imprescriptible - celui du r&#233;el &#224; &#234;tre per&#231;u - mais figure plut&#244;t une sorte de tol&#233;rance, conditionnelle et provisoire. Tol&#233;rance que chacun peut suspendre &#224; son gr&#233;, sit&#244;t que les circonstances l'exigent un peu comme les douanes qui peuvent d&#233;cider du jour au lendemain que la bouteille d'alcool ou les dix paquets de cigarettes &#8211; &#171; tol&#233;r&#233;s &#187; jusqu'alors - ne passeront plus. Si les voyageurs abusent de la complaisance des douanes, celles-ci font montre de fermet&#233; et annulent tout droit de passage. De m&#234;me, le r&#233;el n'est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'&#224; un certain point : s'il abuse et se montre d&#233;plaisant, la tol&#233;rance est suspendue. Un arr&#234;t de perception met alors la conscience &#224; l'abri de tout spectacle ind&#233;sirable. Quant au r&#233;el, s'il insiste et tient absolument &#224; &#234;tre per&#231;u, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les diff&#233;rents aspects de l'illusion d&#233;crits ci-dessus renvoient &#224; une m&#234;me fonction, &#224; une m&#234;me structure, &#224; un m&#234;me &#233;chec. La fonction : prot&#233;ger du r&#233;el. La structure : non pas refuser de percevoir le r&#233;el, mais le d&#233;doubler. L'&#233;chec : reconna&#238;tre trop tard dans le double protecteur le r&#233;el m&#234;me dont on croyait s'&#234;tre gard&#233;. Telle est la mal&#233;diction de l'esquive, de renvoyer, par le d&#233;tour d'une duplication fantasmatique, &#224; l'ind&#233;sirable point de d&#233;part, le r&#233;el. On voit maintenant pourquoi l'esquive est toujours une erreur : elle est toujours inop&#233;rante, parce que le r&#233;el a toujours raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilles Delavaud - Charlot sc&#233;nographe, Minist&#232;re de l'Education nationale, 1986&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La frontalit&#233;, la sc&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La prise de vues frontale - o&#249; l'on pourrait voir un signe d'archa&#239;sme - est une des marques les plus constantes du style de Chaplin, jusque dans ses derniers longs m&#233;trages. (cf Les feux de la rampe)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette frontalit&#233; est sans concession et sans contrepartie. Elle n'admet nul contrechamp. La sc&#232;ne fait front, elle est comme le regard droit du film pos&#233; sur le spectateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La disposition, le maintien des acteurs (des personnages) sur la sc&#232;ne figurent ce face &#224; face du spectateur et du film.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dos aveugle, l'obsc&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que l'un ou l'autre des figurants oublie cette r&#232;gle - cette exigence de rectitude -, et il se voit aussit&#244;t par Charlot vigoureusement rappel&#233; &#224; l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les exemples cit&#233;s ici ont en commun de montrer un acteur qui, ne serait-ce qu'un instant, oublie la sc&#232;ne, se d&#233;solidarise de la repr&#233;sentation, tourne le dos au public pour se consacrer &#224; une t&#226;che purement priv&#233;e, o&#249; il est tout &#224; son affaire (ramasser son chapeau, ajuster sa chaussure...).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moment de confusion o&#249; l'acteur, confondu avec le personnage, s'arr&#234;te de jouer pour s'installer dans le visible corps sans visage, saillant, de trop.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On qualifie d'obsc&#232;ne la posture par laquelle ce dos opaque, aveugle au spectateur, vient fermer le quatri&#232;me c&#244;t&#233; de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;finitions</title>
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		<dc:creator>David Aubril</dc:creator>



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&lt;p&gt;Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007 &quot;Que dit le sens commun ? Que le burlesque est une com&#233;die o&#249; le r&#233;cit est souvent perturb&#233; par des gags visuels, c'est &#224; dire des &#233;v&#232;nements incongrus, inattendus, accidentels, pr&#233;m&#233;dit&#233;s, comiques bien s&#251;r. Et que ces gags reposent sur la gestuelle, essentiellement.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007) &quot;Un autre mot s'associe (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Le burlesque&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Que dit le sens commun ? Que le burlesque est une com&#233;die o&#249; le r&#233;cit est souvent perturb&#233; par des gags visuels, c'est &#224; dire des &#233;v&#232;nements incongrus, inattendus, accidentels, pr&#233;m&#233;dit&#233;s, comiques bien s&#251;r. Et que ces gags reposent sur la gestuelle, essentiellement.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Un autre mot s'associe g&#233;n&#233;ralement au genre burlesque : le slapstick, qui s'est constitu&#233; comme sous-genre de la com&#233;die dans les ann&#233;es 10 &#224; Hollywood, et qui en serait la forme la plus orthodoxe. Le slapstick (litt&#233;ralement : coup de b&#226;ton, le terme est h&#233;rit&#233; de la commedia dell'arte) s'oppose &#224; la joke (la plaisanterie verbale), en ce qu'il repose sur une succession rapide de gags visuels, de performances physiques, une certaine violence, des poursuites, des situations absurdes ou outranci&#232;res.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Ce qui na&#238;t au tournant du si&#232;cle, c'est l'homme m&#233;canis&#233;, dont les gestes sont s&#233;cables, recomposables et reproductibles &#224; souhait. Comme le cin&#233;ma, qui est un art m&#233;canique et reproductible. Cette nouvelle appr&#233;hension de l'homme, le cin&#233;ma burlesque va l'int&#233;grer en la combinant &#224; un h&#233;ritage remontant &#224; la commedia dell'arte. Dans l'histoire de cette tradition du comique, le burlesque est pr&#233;c&#233;d&#233; d'un &#233;pisode d&#233;cisif : moins le cirque que l'art de la pantomine, tel qu'il s'est d&#233;velopp&#233; dans l'Angleterre du 19e si&#232;cle, et dans lequel Baudelaire voyait un &quot;comique absolu&quot;. A son apog&#233;e dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle, la pantomine consistait en un spectacle th&#233;&#226;tral o&#249; se succ&#233;daient acrobaties, bouffoneries en tous genres, f&#233;eries tordues et simulations de bagarres, o&#249; l'impression de brutalit&#233; voire de violence extr&#234;me devait tout &#224; la pr&#233;cision sans faille des &#233;x&#233;cutants. C'est sur sc&#232;ne, en l'occurence au sein de la troupe comique anglaise de Fred Karno, que Charles Chaplin ou Stan Laurel feront leurs premi&#232;res armes.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;L'action burlesque perturbe le cours naturel des choses, la marche du monde, elle rel&#232;ve de l'anomalie : le gag est par nature quelque chose d'inattendu, d'anormal. C'est un d&#233;r&#232;glement, un d&#233;sordre, une opposition &#224; l'ordre. M&#234;me s'il prend l'apparence d'une miraculeuse composition, par exemple la poursuite dans Sherlock Junior, o&#249; Keaton, assis sur le guidon d'une moto sans pilote, traverse tous les obstacles par la gr&#226;ce des hasards favorables. Chaos ou perfection des agencements, le burlesque est toujours du c&#244;t&#233; de l'exc&#232;s. Premi&#232;re loi : le burlesque, c'est ce qui fonctionne trop bien, ou trop mal, un exc&#232;s de maladresse ou de virtuosit&#233;.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Dans ce va-et-vient possible entre un exc&#232;s et son contraire, il y a le signe d'une insistance. la logique du gag semble se conduire elle-m&#234;me, et les personnages et leurs corps semblent s'y accrocher. Comme une auto-traction du gag, qui s'&#233;tire, pas forc&#233;ment dans le temps, mais dans sa propre n&#233;cessit&#233;, dans l'intensit&#233; de sa propre m&#233;canique. la course-poursuite est naturellement le terrain id&#233;al de l'expression du burlesque, puisqu'elle rejoue graphiquement cette intensification du gag. Deuxi&#232;me loi : le burlesque, c'est ce qui se continue, par une forme de pers&#233;v&#233;rance t&#234;tue. Cela ne signifie pas que les actions burlesques n'ont pas de fin, mais que leur principe moteur se trouve en elles, et non en dehors d'elles, raison pour laquelle rien ne peut le retenir, le contenir.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Le monde burlesque est excessif, on l'a dit, et n'est compos&#233; que d'actions. il n'est que ce qui arrive - c'est &quot;l'ensemble des faits&quot;, pour reprendre la formule de Wittgenstein. Le terrain de jeu du burlesque, c'est le champ des activit&#233;s humaines ; il n'y a pas d'autres sources de rire que l'homme, dit Bergson, ou la trace qu'il laisse sur les choses, car les choses en elle-m&#234;me ne sont pas dr&#244;les. Aussi le burlesque ne cesse d'interroger le fait humain - qu'est-ce qu'un homme ? Les films m&#232;nent l'enqu&#234;te en confrontant l'homme &#224; son environnement qui appara&#238;t, chez tati exemplairement, un peu hostile, un peu &#233;trange, parfois d'une &#233;tonnante beaut&#233;... Le burlesque est souvent contemporain d'une inqui&#233;tude, puisque l'homme pris dans un r&#233;seau d'&#233;v&#232;nements qui vont jusqu'au bout d'eux-m&#234;mes y constate avec angoisse que le monde est plein de possibles excessifs.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Le burlesque est un triomphe et une inqui&#233;tude, un vertige, puisqu'il fait trembler le monde sur ses bases. A cela, il faut opposer une attitude. Malgr&#233; le d&#233;sordre que les gags r&#233;v&#232;lent, il faut se donner les moyens de vivre ensemble, debout. Les innombrables gags reposant sur un agencement des choses parfait autant que saugrenu (par exemple la fa&#231;ade qui tombe sur Keaton dans Steamboat Bill Jr. et La maison d&#233;montable) indiquent en secret la possibilit&#233; d'une harmonie terrestre, qui compose avec les capacit&#233;s grandioses et d&#233;risoires de l'homme, et avec ce que le monde peut proposer d'ordonnancements heureux, de miracles minuscules. Peut-&#234;tre le programme ultime de la com&#233;die, et du burlesque en particulier, est-il celui-ci : un art de vivre ensemble dans un monde toujours sur le point de se d&#233;border lui-m&#234;me, absurdement, scandaleusement.&quot; (Jean-Philippe Tess&#233;, Le Burlesque, coll. Cahiers du Cin&#233;ma / Les Petits Cahiers, &#233;d. Sc&#233;ren/CNDP, 2007)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007
&quot;R&#233;alis&#233;s en g&#233;n&#233;ral sans aucun sc&#233;nario d&#233;taill&#233; - du moins &#224; l'&#233;poque du muet -, les burlesques, litt&#233;ralement, &quot;s'&#233;crivaient&quot; &#224; mesure qu'on les tournait. Harold Lloyd, avec beaucoup d'autres, en a t&#233;moign&#233; lui-m&#234;me : &quot;Nous ne cessions de changer l'histoire au fur et &#224; mesure. Nous nous &#233;tions rendu compte qu'il est bien pr&#233;f&#233;rable, en partant sur une id&#233;e, de la modifier en cours de route. Nos sc&#233;narios &#233;taient tr&#232;s, tr&#232;s mall&#233;ables...&quot; Ailleurs, Lloyd a r&#233;sum&#233; le comique par ce mot laconique : &quot;Comment faites-vous un film comique ? m'a-t-on demand&#233; parfois. Ma r&#233;ponse, la voici : un film comique, vous ne le faites pas. Il pousse tout seul.&quot; (Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007, p. 63)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Plut&#244;t qu'une histoire ferm&#233;e sur elle-m&#234;me, le burlesque est un perp&#233;tuel jaillissement : un &#233;change ouvert entre l'imagination des cin&#233;astes et la r&#233;alit&#233; ambiante o&#249; l'une &#233;claire l'autre dans une sorte d'escalade : la recherche des gags s'inspire de faits concrets pour en tirer des cons&#233;quences in&#233;dites, celles-ci attirent l'attention sur d'autres faits... et ainsi de suite. L'oeuvre n'est pas expression d'id&#233;es pr&#233;con&#231;ues : c'est l'aventure d'une pens&#233;e en train de se former, d'un &quot;discours&quot; qui, plut&#244;t que de d&#233;velopper un sujet, l'invente librement en se d&#233;veloppant lui-m&#234;me. La logique de l'intrigue dramatique, en m&#234;me temps, fait place &#224; celle des &quot;libres associations&quot; d'id&#233;es (ou mieux d'images) ; partant des faits les plus concrets, les films empruntent rapidement des voies aussi bifurqu&#233;es, aussi naturellement tortueuses que celles d'un r&#234;ve, d'un po&#232;me... ou de la vie elle-m&#234;me. La hardiesse et la spontan&#233;it&#233; des associations sont encore favoris&#233;es par la rapidit&#233; du tournage : dans les premi&#232;res ann&#233;es du slapstick, une seule &#233;quipe autonome travaille fr&#233;quemment au rythme d'un court m&#233;trage par semaine. On n'est pas tr&#232;s loin du surr&#233;alisme et de l''&#233;criture automatique.&quot; (Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007, p. 64)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Dans les ann&#233;es dix et vingt, la soci&#233;t&#233; industrielle est toujours assez jeune et ouverte - surtout aux Etats-Unis - pour offrir &#224; l'individualit&#233; des hommes (&#224; tout le moins des hommes d'affaires) un espace o&#249; elle peut se d&#233;velopper librement, au contact d'un quotidien lui-m&#234;me encore tr&#232;s multiforme. Form&#233;s ainsi - au contraire des ternes cadres actuels - &#224; l'&#233;cole de la vie, les businessmen peuvent alors encore inventer le monde, &#224; l'image de leur exp&#233;rience singuli&#232;re. Le cin&#233;ma de l'&#233;poque, du reste, n'est que plus libre de se trouver encore largement aux mains de quelques self-made men, avant de tomber sous la coupe des monopoles. [...] Cette tendance g&#233;n&#233;rale de voir en toute chose un &#233;v&#232;nement en puissance, gros de possibilit&#233;s in&#233;dites, le slapstick l'a simplement pouss&#233;e jusqu'au d&#233;lire. Gestes, objets ou ph&#233;nom&#232;nes naturels, tous le sfaits de la vie, par quelque myst&#233;rieux magn&#233;tisme, sont constamment dans le burlesque attir&#233;s les uns vers les autres, pour s'ordonner t&#244;t ou tard en une suite de causes et d'effets spectaculaires et hautement &#233;loquents. &quot; (Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007, pp. 78-79)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Avec l'action, le burlesque exalte &#233;galement le hasard. Dans son univers anarchique, seules les lois du hasard sont en fait observ&#233;es. Elles r&#233;gissent autant l'improvisation des acteurs que le d&#233;roulement de l'histoire, plus exactement de ce qui en reste : d&#232;s que n'importe quelle peau de banane est susceptible de d&#233;clencher une catastrophe - voire une apocalypse - , celui qui cherche de l'aventure n'a qu'&#224; sortir dans la rue ; le reste se fera de lui-m&#234;me. Un h&#233;ros comique peut ne pas avoir de quoi vivre (c'est m&#234;me un cas tr&#232;s fr&#233;quent), mais il aura toujours quelque chose &#224; vivre. [...] Fr&#233;quemment, le hasard joue avec le comique un jeu &#224; ce point cynique qu'il devient absurdit&#233; pure, r&#233;duisant le r&#244;le du h&#233;ros - et de l'homme en g&#233;n&#233;ral - &#224; celui d'une &#233;ternelle victime. [...] Dans la plupart des cas, cependant, le hasard ne s'asservit le h&#233;ros du burlesque que pour mieux le servir. Divinit&#233; toute-puissante, il se manifeste de pr&#233;f&#233;rence comme un ange gardien. [...] Par son incomp&#233;tence quasi universelle, le comique a certes le don de pousser les choses &#224; montrer, &#224; ses d&#233;pens, toute leur fonci&#232;re malveillance ; elles ne vont toute fois que rarement jusqu'au bout de leur hostilit&#233;. [...] L'apparente inconscience des comiques est certes aussi une forme de sagesse : une fa&#231;on de mettre le hasard de leur c&#244;t&#233; en lui faisant confiance, et en mettant leur destin&#233;e entre ses mains. Au coeur de l'action la plus effren&#233;e, le comique agit en somnambule qui agit autant qu'il se laisse agir. [...] Dans bon nombre de burlesques, le h&#233;ros n'atteint son but qu'au moment pr&#233;cis o&#249; il n'y aspire plus ; renon&#231;ant &#224; forcer le destin, il retrouve rapidement la d&#233;sinvolture et la complicit&#233; des choses qui seules, au fond, lui manquaient pour r&#233;ussir. L&#224; encore, le burlesque rejoint le surr&#233;alisme et sa r&#233;habilitation de la spontan&#233;it&#233;. Les apparentes maladresses et malchances du h&#233;ros, vues sous cet angle, peuvent aussi n'&#234;tre que les ultimes &quot;ruses&quot; par lesquelles, malgr&#233; le v&#233;to de son Moi rationnel, il parvient &#224; &#233;x&#233;cuter les ordres de son inconscient. [...] Mais le burlesque, dans son exploitation du hasard, &#233;voque aussi une autre conception surr&#233;aliste : le hasard &quot;objectif&quot;. Rien de plus naturel, apr&#232;s tout : pour Breton lui-m&#234;me, cette notion s'apparente &#233;troitement &#224; celle d'humour objectif.&quot; (Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007, pp. 82-87)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Le hasard burlesque ne se fait pas surr&#233;aliste dans les seules co&#239;ncidences. Il produit aussi un merveilleux involontaire au niveau des images &quot;pures&quot;, sous forme de rencontres fortuites de choses et d'&#234;tres en apparence on ne peut plus &#233;loign&#233;s. De m&#234;me que l'image po&#233;tique, tout gag est au fond une telle rencontre : un t&#233;l&#233;scopage impr&#233;vu de choses h&#233;t&#233;rog&#232;nes o&#249; l'&#233;tincelle jaillit de leur d&#233;paysement. [...] Dans leur go&#251;t du d&#233;paysement, les comiques sont encore des t&#233;moins et des produits exemplaires de la civilisation moderne. Seule la grande ville, avec son entassement et ses croisements de formes de vie tr&#232;s disparates, a favoris&#233; &#224; la fois ce d&#233;paysement lui-m&#234;me et la formation d'un regard capable de le saisir. [...] Les superpositions et rencontres de toutes sortes &#233;maillent dans le burlesque &#233;galement ses poursuites. Celles-ci, &#224; la limite, ne sont que des versions acc&#233;l&#233;r&#233;es de la promenade surr&#233;aliste (ou de la &quot;d&#233;rive&quot; situationniste) en tant que chasse &#224; l'impr&#233;vu et au merveilleux au hasard des rues. &quot; (Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007, pp. 90-92)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;A l'&#233;cran, par ailleurs, les comiques trahissent un &quot;malaise dans la civilisation&quot; plus souvent qu'on ne le croirait, parfois jusque dans leurs moindres gestes. [...] L'angoisse, dans les gags du burlesque, se fait &#224; l'occasion tout &#224; fait palpable. Artaud l'a clairement discern&#233;e dans le film des Marx : &quot;Pour comprendre l'originalit&#233; puissante, d&#233;finitive, absolue d'un film comme Animal Crakers, il faudrait ajouter &#224; l'humour la notion d'un quelque chose d'inqui&#233;tant et de tragique, d'une fatalit&#233; qui se glisserait derri&#232;re lui comme la r&#233;v&#233;lation d'une maladie atroce sur un profil d'une absolue beaut&#233;.&quot;Chez presque tous les comiques, on trouve des gags &#224; ce point cauchemardesque que - de m&#234;me que l'anxi&#233;t&#233; due &#224; une premi&#232;re cigarette peut parfois nous ternir la plus belle journ&#233;e - ils marquent de leur empreinte tout le film, se terminerait-il par le plus rassurant des happy ends. [...] Il est de m&#234;me frappant que l'unique &quot;sujet&quot; d'un grand nombre de burlesques (en particulier de courts m&#233;trages) soit l'irr&#233;sistible progression d'une catastrophe. Leur tournage m&#234;me, surtout au d&#233;but du genre, devait d'ailleurs ressembler &#224; une pagaille croissante, sur laquelle le film fini proposait une sorte de t&#233;moignage ; les comiques, pour leur part, cherchant moins &#224; limiter le d&#233;sordre qu'&#224; en tirer le maximum de po&#233;sie.&quot; (Petr Kr&#224;l, Le burlesque ou la morale de la tarte &#224; la cr&#232;me, coll. Ramsay Poche Cin&#233;ma, &#233;d. ramsay, 2007, pp. 128-130)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vincent PINEL - Ecoles, genres et mouvements au cin&#233;ma, Larousse, 2000&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Burlesque&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film burlesque appartient &#224; la grande famille du cin&#233;ma comique qui se donne pour fin de divertir le public en utilisant les armes du rire ou du sourire. Si la com&#233;die cherche &#224; amuser par la peinture des m&#339;urs et des caract&#232;res dans une perspective r&#233;aliste, le burlesque se nourrit d'effets comiques inattendus et fulgurants (gags), qui. subrepticement ins&#233;r&#233;s dans le r&#233;cit, cr&#233;ent un univers absurde et irrationnel. La fronti&#232;re entre les deux genres est souvent incertaine, la com&#233;die ne s'interdisant pas les gags.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le vocable burlesque vient de l'italien burla (&#171; plaisanterie &#187;). Au XVII&#232;me si&#232;cle, il d&#233;signait un genre litt&#233;raire, la parodie des sujets nobles et de l'&#233;pop&#233;e Ce terme a &#233;t&#233; utilis&#233;, dans son acception cin&#233;matographique, d&#232;s 1910 par les Am&#233;ricains qui l'empruntaient au vocabulaire du music-hall britannique. Les Am&#233;ricains emploient aussi le mot slapstick (&#171; coup de b&#226;ton &#187;), la bastonnade constituant avec la chute corporelle et l'envoi de tartes &#224; la cr&#232;me les mat&#233;riaux embl&#233;matiques du genre.
(&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Caract&#233;ristiques&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ses origines, le film burlesque s'adressait au public modeste des classes laborieuses (et, aux &#201;tats-Unis, &#224; celui des immigrants). Ses provocations sacril&#232;ges empruntaient les allures d'un rituel de transgression. Les tabous &#233;taient all&#233;grement bafou&#233;s, les valeurs sociales et leurs repr&#233;sentants (notables, puissants, forces de l'ordre) ridiculis&#233;s. Mais cette c&#233;l&#233;bration jubilatoire du d&#233;lire, de la destruction et du chaos ne pr&#233;sentait aucun danger pour l'ordre &#233;tabli : elle offrait une fonction compensatrice et ne jouait pas sur le terrain de la &#171; r&#233;alit&#233; vraie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS, Claude-Jean Philippe
(&#8230;) Au premier regard, le cin&#233;ma a donc cr&#233;&#233; un comique sp&#233;cifique, inconcevable avant lui, visuel de nature et tir&#233; de ses seules ressources techniques. Pourtant, tr&#232;s vite, il doit avouer sa dette envers l'art du spectacle, en ce qu'il a d'essentiel et de primitif : l'art du clown, de l'acrobate, du jongleur et de l'illusionniste. Les premiers comiques fran&#231;ais, Andr&#233; Deed (Boireau), Ernest Bourbon (On&#233;sime) et Max Linder (Max), viennent du caf&#233;-concert ou du th&#233;&#226;tre de vari&#233;t&#233;s. Ils inventent la forme burlesque, h&#233;rit&#233;e du num&#233;ro de cirque et de music-hall. Chacun d'entre eux doit imaginer et typer un personnage qui se substitue d&#232;s lors &#224; sa propre personnalit&#233; Ce personnage, le public le consacre en le reconnaissant de film en film. L'anecdote importe peu. A travers une myriade d'aventures, il demeure immuable, il ne vieillit ni ne change. En m&#234;me temps il se condamne &#224; une singularit&#233; irr&#233;ductible. La com&#233;die classique ou bourge0oise (qui, au cin&#233;ma, est &#233;galement un genre f&#233;cond) r&#233;duit le personnage &#224; la r&#233;alit&#233; commune des ridicules observ&#233;s et des situations qui les r&#233;v&#232;lent. Des g&#233;n&#233;rations d'acteurs peuvent servir le m&#234;me r&#233;pertoire. Le clown, au contraire, meurt en emportant le secret de son masque, si rudimentaire soit-il.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un art de l'instant
Autre diff&#233;rence essentielle : la com&#233;die traditionnelle doit se soumettre &#224; une progression dramatique qui lie organiquement la partie au tout. Elle ne peut exclure un d&#233;roulement temporel rigoureux o&#249; le personnage s'enferre toujours plus avant dans ses travers. Au contraire, le personnage burlesque jouit d'une libert&#233; catastrophique. Fran&#231;ois Mars d&#233;finit fort bien le gag comme &#171; une incidente brutale, br&#232;ve et soudaine, qui trouve en elle-m&#234;me son accomplissement burlesque &#187;. Brutalit&#233;, bri&#232;vet&#233;, soudainet&#233;, c'est bien d'un art de l'instant qu'il s'agit. La discontinuit&#233;, fatale en d'autres domaines, est une vertu naturelle du genre. De gag en gag, d'instant en instant, &#233;galement autonomes, le personnage burlesque &#233;prouve la grandeur et les vicissitudes, toutes les illusions et la r&#233;alit&#233; m&#234;me de son libre arbitre. Bien heureusement, seule la loi du genre exige un tel affranchissement, et non l'ambition des auteurs ou des acteurs, qui se sont toujours soumis humblement &#224; la sanction du public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean-Paul Simon &#8211; Le film comique entre la &#171; transgression &#187; du genre et le &#171; genre &#187; de la transgression
Dans Le comique &#224; l'&#233;cran &#8211; Cin&#233;maction n&#176; 82, 1997&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sylvain du Pasquier montre comment, chez Buster Keaton, les gags s'attaquent au discours r&#233;aliste et en r&#233;v&#232;lent le code cach&#233;, ce par un double m&#233;canisme : pr&#233;sentation du code que conna&#238;t le spectateur et donc pr&#233;r&#233;glage de l'attente spectatorielle, perturbation de cette logique par l'exploitation d'une possibilit&#233; &#171; d&#233;plac&#233;e &#187;, d'un chemin apparemment d&#233;pourvu de sens et que la logique des possibles narratifs aurait exclu. Sens dans le non-sens, &#171; logique du gag &#187; saillant sous la logique pr&#233;sum&#233;e naturelle du sens r&#233;aliste. Finalement ce m&#233;canisme implique de la part du spectateur une double attente : une attente banalis&#233;e d'un d&#233;roulement &#171; normal &#187; de la s&#233;quence, et une attente due au fait que le spectateur sait qu'il voit un film comique et &#171; qu'il doit se passer quelque chose qui va le faire rire &#187;, cette seconde attente &#233;tant la plupart du temps &#224; peu pr&#232;s consciente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fabrice Revault d'Allonnes &#8211; &#171; Pr&#233;modernit&#233; &#187; du burlesque
Dans Le comique &#224; l'&#233;cran &#8211; Cin&#233;maction n&#176; 82, 1997&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Tout oppose donc Chaplin et Keaton. D'autant que la ma&#238;trise op&#233;r&#233;e par le premier s'accompagne volontiers de la r&#233;ussite aupr&#232;s de la femme ; tandis que la fuite effectu&#233;e par le second succ&#232;de souvent &#224; l'&#233;chec aupr&#232;s de la femme. Tout ceci faisant que la figure chaplinesque appara&#238;t pr&#233;classicisante, puisque l'homme y ma&#238;trise le monde et l'existence ; alors que la figure keatonienne appara&#238;t pr&#233;mo&#173;dernisante, puisque l'homme n'y ma&#238;trise pas le monde et l'existence (Keaton termine certes conventionnellement ses films par des happy ends, mais sans jamais montrer une ma&#238;trise ou r&#233;ussite acquise). On ne s'&#233;tonne donc pas que Chaplin &#233;voluera vers un certain classicisme, d&#233;j&#224; inscrit en filigrane dans ses r&#233;alisations burlesques ; tandis que Keaton restera tr&#232;s pr&#233;-moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; (Modernit&#233; : repr&#233;sentation du monde marqu&#233;e par son in&#233;vidence et son absurdit&#233;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vincent AMIEL &#8211; Le corps au cin&#233;ma, PUF, 1998&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on a longtemps, et depuis toujours, oppos&#233; Kea&#173;ton et Chaplin, c'est, j'en suis convaincu, dans l'intuition de ce monde qui les s&#233;pare, et qui marque l'av&#232;nement du cin&#233;ma romanesque classique. Il ne s'agit pas seulement d'une concurrence commerciale (dans les ann&#233;es 20), d'une diff&#233;rence de statut par rapport au &#171; syst&#232;me &#187; (dans les ann&#233;es 30), mais d'une perception radicalement divergente de ce que pouvait permettre la repr&#233;sentation du corps &#224; l'&#233;cran. Ces deux burlesques, &#233;lev&#233;s &#224; la m&#234;me &#233;cole du music-hall, et qui &#233;maillent leurs premiers films de num&#233;ros de sc&#232;ne, vont tr&#232;s vite incarner deux &#171; &#233;critures &#187; cin&#233;matographiques oppos&#233;es. Au moment o&#249; le cin&#233;ma se fait v&#233;ritable narrateur, choisissant l'action des personnages comme fil conducteur de son r&#233;cit et faisant de l'exemple du roman le v&#233;ritable mod&#232;le. Si Chaplin ouvre une voie qui sera extr&#234;mement usit&#233;e par la suite, il le fait en v&#233;ritable explorateur, innovant en mati&#232;re de sc&#233;nographie, en mati&#232;re de d&#233;coupage, mettant en ad&#233;quation le r&#233;cit et le personnage avec une ma&#238;trise rare pour l'&#233;poque. Et si Keaton, au contraire, choisit de privil&#233;gier le corps par rapport au personnage, il le fait d'une mani&#232;re qui restera, elle, singuli&#232;re. Entre le chaos des gags burlesques qui caract&#233;rise le genre d&#232;s l'avant-guerre et l'ordonnancement humaniste par lequel Chaplin lui donne un sens, il y a une voie &#233;troite et al&#233;atoire, qu'incarne Keaton en fournissant aux corps repr&#233;sent&#233;s une autre issue que celle de l'assimilation aux fonctions narratives. S'il est une confrontation positive entre les deux grands burlesques am&#233;ricains, c'est bien celle qui met en relief ces choix essentiels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; o&#249; le premier construit un cadre &#224; sa silhouette, organise les conditions d'un r&#233;cit qui la portera, l'autre court-circuite le r&#233;cit par le seul mouvement corporel. C'est contre l'organisation narrative que Keaton travaille, contre la logique de n&#233;cessit&#233; que le r&#233;cit romanesque est en train d'imposer au cin&#233;ma par le biais (entre autres) des impeccables mises en sc&#232;ne de Chaplin. Celui-ci use en particulier d'une organisation de l'espace tout enti&#232;re d&#233;vou&#233;e &#224; la compr&#233;hension et &#224; la lisibilit&#233; des situations. L'un des premiers, il d&#233;coupe le r&#233;ceptacle de l'action de telle mani&#232;re que celle-ci soit mise en valeur dans sa continuit&#233;, et privil&#233;gi&#233;e par rapport aux autres &#233;l&#233;ments de l'image. Ainsi une poursuite &#224; un coin de rue se d&#233;roulera en deux ou trois plans, cadr&#233;s chacun, et articul&#233;s entre eux, afin que l'action des personnages soit valoris&#233;e (plus dr&#244;le, plus violente, plus efficiente). Tout le principe est de faire en sorte que les gags ne constituent pas autant d'entit&#233;s propres, et h&#233;t&#233;rog&#232;nes les unes par rapport aux autres, mais des d&#233;veloppements int&#233;gr&#233;s, reli&#233;s, successifs. Les burlesques de toutes les &#233;poques sont confront&#233;s &#224; cette contradiction, ce d&#233;chirement, entre gag et r&#233;cit, l'un apparaissant toujours comme une excroissance parasitaire de l'autre. Mais la situation &#224; l'or&#233;e des ann&#233;es 20 est diff&#233;rente de ce qu'elle peut &#234;tre aujourd'hui, puisque c'est le r&#233;cit qui tente alors de s'imposer malgr&#233; les interruptions comiques - tandis qu'il est maintenant tout-puissant. Chaplin dans ce contexte adapte les situations burlesques &#224; la continuit&#233; du film : par un d&#233;coupage pr&#233;alable, il plie litt&#233;ralement le geste aux n&#233;cessit&#233;s d'un d&#233;veloppement fluide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alain Badiou - Cin&#233;ma, Nova &#233;ditions, 2010&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e qu'il faudrait oser une mise en sc&#232;ne farcesque du monde dominant contemporain m'est tr&#232;s ch&#232;re. Et l'id&#233;e que le burlesque au cin&#233;ma a &#233;t&#233; une forme de pr&#233;sentation de la vie populaire, de sa r&#233;sistance aux puissants, de sa victoire possible, est importante. Cela me semblait manquer au cin&#233;ma, notamment fran&#231;ais, des ann&#233;es 1970 et 1980, alors qu'il existe, dans le cin&#233;ma muet, dans le cin&#233;ma d'auteur (Tati &#233;videmment), mais aussi au th&#233;&#226;tre, une v&#233;ritable tradition fran&#231;aise du rire de d&#233;fi, du rire pamphl&#233;taire, du rire comme vision d'un autre monde possible. Cette id&#233;e vient de loin chez moi. Dans Vin nouveau, par exemple, j'avais &#233;crit un texte qui traitait de fa&#231;on farcesque le discours du pouvoir sur la guerre d'Alg&#233;rie. Cette dimension de d&#233;rision des puissants, sous la condition de la pr&#233;sence comme agent de la farce de ce que j'appelle un &#171; h&#233;ros diagonal &#187;, qui incarne la positivit&#233; du rire, la r&#233;sistance de cet &#233;clat, cette dimension manquait &#224; l'&#233;poque au cin&#233;ma fran&#231;ais. Il n'y avait plus ce personnage populaire et efficace du rire, un Charlot par exemple. Or c'est important : quand le tr&#232;s grand art croise &#224; travers le comique la critique sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean Douchet - L'art d'aimer, Cahiers du cin&#233;ma, 1987&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le dualisme du monde des faibles contre les forts, de l'individu en r&#233;volte contre la soci&#233;t&#233;. Mais ce serait un dualisme tr&#232;s primaire et sans grand fondement s'il ne s'agissait que de ces simples oppositions. La v&#233;rit&#233; est que la soci&#233;t&#233; que fustige de plus en plus Chaplin dans chacun de ses films, correspond &#224; un symbolisme tr&#232;s pr&#233;cis qu'il faut rechercher dans la tradition h&#233;bra&#239;que. Les films de Chaplin sont une variation et un approfondissement progressif du mythe d'Abel et de Ca&#239;n. L'humanit&#233;, fond&#233;e par Adam, se trouve, d&#232;s ses deux fils, scind&#233;e en deux tendances contradictoires qui se r&#233;solvent par le meurtre d'Abel par Ca&#239;n. Or la Bible nous pr&#233;sente Ca&#239;n comme agriculteur, donc s&#233;dentaire et Abel comme pasteur donc nomade. Symboliquement ils repr&#233;sentent le type des deux sortes de peuples qui ont jusqu'&#224; nos jours coexist&#233;, donc de deux mentalit&#233;s et de deux attitudes, face &#224; la vie, oppos&#233;es. Les peuples s&#233;dentaires sont amen&#233;s &#224; construire des villes (Ca&#239;n est pr&#233;sent&#233; comme fondateur de la premi&#232;re ville). Il est dans leur nature de se fixer, de se limiter dans l'espace, d'imaginer l'organisation de la cit&#233; selon une continuit&#233; temporelle qui leur semble ind&#233;finie. Ils construisent leurs &#339;uvres en fonction du temps sans se rendre compte qu'il est instable et fuyant. Loin de le ma&#238;triser, ils en deviennent de plus en plus les esclaves et produisent finalement cette soci&#233;t&#233; moderne o&#249; tout est r&#233;gl&#233; par le temps, o&#249; tout devient automatique, m&#233;canique, calcul&#233;, ordonn&#233;, pr&#233;vu. Et comme il est dans la nature de Chronos de tout d&#233;vorer et en particulier l'espace, les fils de Ca&#239;n absorbent ou an&#233;antissent de plus en plus les enfants d'Abel, les peuples errants. C'est le sens historique et social du meurtre d'Abel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fallait donc que se l&#232;ve la voix d'Abel, que David, le p&#226;tre, le nomade foudroie le g&#233;ant Goliath, le g&#233;n&#233;ral de la cit&#233; organis&#233;e, bref que naisse Chariot. Ce qui revient &#224; affirmer qu'en dehors du fait que l'&#339;uvre de Chaplin n'&#233;tait possible que par le cin&#233;ma elle &#233;tait li&#233;e &#224; deux conditions n&#233;cessaires : 1&#176; que Chaplin appartienne lui-m&#234;me &#224; un peuple errant ; 2&#176; que notre civilisation en soit arriv&#233;e &#224; ce stade o&#249; elle d&#233;truit l'&#233;quilibre de la nature de l'humanit&#233; en r&#233;duisant son dualisme &#224; un monisme. Ce qui signifie que cette &#339;uvre est le cri de col&#232;re et de protestation (le comique dramatique de Chaplin est satirique, voire pamphl&#233;taire) d'un homme &#233;pousant la r&#233;volte atavique de son peuple contre les s&#233;dentaires. Et c'est dans ce sens profond qu'il faut comprendre la fin du P&#232;lerin. En marchant &#224; cheval sur deux pays, Chariot refuse la notion de fronti&#232;re qui est une limitation artificielle, d'une appropriation par le temps de l'espace, impos&#233;e par les s&#233;dentaires. Le vagabond ne peut l'accepter : l'espace est pour lui sa raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Charlot, comme tout nomade, n'est li&#233; au temps que par l'instant. Il repr&#233;sente l'improvisation perp&#233;tuelle, la libert&#233;, la po&#233;sie&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel Chion &#8211; Jacques Tati, Cahiers du cin&#233;ma, 1987&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; La d&#233;mocratie comique &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Ce que j'ai essay&#233; de faire depuis le d&#233;but (&#8230;) c'est de donner au personnage comique plus de v&#233;rit&#233; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La v&#233;rit&#233;, c'est quoi ce mot, et que vient-il faire l&#224; ? Ne saurait-il pas, ce Tati, que le cin&#233;ma, c'est un imaginaire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est une id&#233;e puissante qu'il a et qu'il d&#233;fend : de ne plus franchir la barri&#232;re si facilement pass&#233;e dans le film comique, et souvent pour notre joie, du vraisemblable, pour baser son comique sur l'observation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des gags &#171; f&#233;&#233;riques &#187; comme celui, dans Jour de f&#234;te, de la bicyclette qui roule sans son ma&#238;tre et s'arr&#234;te toute seule au bistrot, il n'y recourra plus. C'est un march&#233; qu'il passe avec nous, et qui nous concerne, nous et notre regard sur son comique, sur son monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la d&#233;mocratie comique vers laquelle tend l'auteur (faire de chacun un Hulot) donne au spectateur et aux personnages des droits &#233;gaux, elle passe tout aussi bien &#224; l'int&#233;rieur de la &#171; troupe &#187; du film &#8211; tout le monde pouvant y &#234;tre tour &#224; tour risible et rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez lui un gag doit se d&#233;brouiller seul, il n'a qu'un temps limit&#233; pour se faire valoir et appr&#233;cier. Ce n'est pas le gag pr&#233;c&#233;dent qui va l'aider, par un effet d'annonce ou de surench&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Introduction</title>
		<link>http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?article7</link>
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		<dc:date>2011-07-02T08:09:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Aubril</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le burlesque est une des premi&#232;res formes de com&#233;die au cin&#233;ma. Le genre s'&#233;panouit entre 1910 et 1930, jouant avec la contrainte du muet pour explorer toutes les formes de comique qui ne sont pas li&#233;es &#224; la parole. Dans les premiers films burlesques, une constante : un rythme rapide o&#249; se succ&#232;dent les gags, les poursuites, les coups, les chutes... A cette fr&#233;n&#233;sie d'actions s'ajoute une po&#233;sie singuli&#232;re. Reprenant l'h&#233;ritage de la pantomime, les acteurs expriment par le spectacle silencieux des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.trusiad.fr/premiersplans/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;2011&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le burlesque est une des premi&#232;res formes de com&#233;die au cin&#233;ma. Le genre s'&#233;panouit entre 1910 et 1930, jouant avec la contrainte du muet pour explorer toutes les formes de comique qui ne sont pas li&#233;es &#224; la parole.
Dans les premiers films burlesques, une constante : un rythme rapide o&#249; se succ&#232;dent les gags, les poursuites, les coups, les chutes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cette fr&#233;n&#233;sie d'actions s'ajoute une po&#233;sie singuli&#232;re. Reprenant l'h&#233;ritage de la pantomime, les acteurs expriment par le spectacle silencieux des visages, des gestes et des corps, toute la gamme des &#233;motions humaines.
N&#233; avec le vingti&#232;me si&#232;cle, le burlesque est aussi une production de la soci&#233;t&#233; industrielle. Il montre l'homme aux prises avec le monde moderne, luttant pour faire ob&#233;ir un objet rebelle, pour emp&#234;cher une catastrophe in&#233;luctable... Ou simplement pour trouver une place dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car le h&#233;ros burlesque est un anti-h&#233;ros. Qu'il s'agisse d'un marginal, d'un maladroit ou d'un doux r&#234;veur, il est toujours diff&#233;rent des autres. Diff&#233;rent par ses gestes, ses d&#233;sirs, mais aussi par son regard sur le monde. &#192; travers des associations surprenantes, le cin&#233;ma burlesque souligne le ridicule des caract&#232;res sociaux, l'absurdit&#233; des situations, l'incongruit&#233; ou le charme myst&#233;rieux de la modernit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec l'arriv&#233;e du cin&#233;ma parlant, l'attrait pour le burlesque s'estompe.
Cependant, on retrouve l'influence de ce genre dans nombre d'oeuvres post&#233;rieures : dans le jeu silencieux de certains acteurs, dans l'apparition de situations improbables, dans la peinture de caract&#232;res exhub&#233;rants...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'h&#233;ritage du burlesque, c'est aussi un regard diff&#233;rent sur le monde, qui en souligne l'incoh&#233;rence ou la secr&#232;te po&#233;sie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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